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On a retrouvé le programme de #Macron

C’est une boutade qui tourne sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines. Quand l’équipe du candidat « ni de gauche ni de gauche » a confirmé que le programme ne serait complètement dévoilé que vers la fin avril, la boutade est devenue une farce.

Macron, bientot leader dans des sondages qui ne mesurent pas l’absentéisme, n’a pas de programme officiel pour gouverner la France. Il braille le mot « projeeeeeet » en permanence dans décrire par le menu l’exhaustivité de ses propositions.

Un exemple récent, la semaine dernière, il a lâché 3 propositions en matière de culture, dans une longue émission sur France Culture: les bibliothèques gratuites, un pass de 500 euros offert à chaque jeune à sa majorité et une déclaration d’intention sur la priorité à consacrer à la culture. Bref, deux mesurettes et une formule creuse. Et il ose appeler cela, sur son site de campagne « un projet pour la culture. » On sait que Macron est cultivé. Aussi ses propositions paraissent elles incroyablement pitoyables.

Macron a un programme. Comme tout bon libéral, il veut en dire le moins possible. Observez ce qui est arrivé à Fillon quand on s’est tous mis à lire les mesures concrètes que sa purge libérale allait comprendre, notamment en matière de Secu.

En matière économique, Macron et Fillon apparaissent sur la même ligne. Seule la taille du suppositoire pour la tranche la moins aisée du pays diffère. Différence de degré, pas de nature.

Que Macron essaye au moins de prouver le contraire. C’est très dimple, il suffit qu’il publie enfin l’intégralité de ses propositions.

 

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« It’s the economy, stupid ! »

Le constat, pas faux, d’un ami de retour d’un court exil américain est que Trump a gagné parce qu’il a parlé économie avec plus de persuasion et d’exemples que sa rivale démocrate. Tandis que les soutiens divers et variés d’Hillary Clinton se choquaient des outrances machistes, xénophobes, homophobes et autres du milliardaire américain, Trump martelait ses arguments simplistes sur comment il ramènerait de l’emploi en Amérique. 

Nous écoutions effrayés les saloperies verbales du candidat républicain, mais une belle fraction états-unienne était touchée au coeur par ses déclarations grandiloquentes en faveur de l’emploi et de la croissance.

Si le raisonnement se tient, il pourrait se dupliquer en France.

Marine Le Pen aurait tout à perdre. Son programme économique est un mélange indigeste qui emprunte à la gauche (retraite à 60 ans, défense de la Sécu), aux nationalistes (fermetures de frontières), et à l’extrême droite bien sûr (exclusion des immigrés, etc). Nous y reviendrons. Le plus frappant de son « programme » est surtout sa faiblesse. Il se résume à très peu de propositions, un éventail largement insuffisant au regard des enjeux, comme si tout sujets impossibles à caser dans la grille de lecture « protection nationale/exclusion des étrangers » avait été sorti du champ de propositions frontiste.

L’enjeu de Marine Le Pen reste donc d’éviter de parler économie, sauf quand le propos sert son discours xénophobe.

François Fillon se croyait solide en matière économique. Il avait bâti son programme et gagné la primaire de droite sur des propositions de purge libérale qui désormais effrayent jusqu’à son propre camp. Emmanuel Macron est à peine mieux loti: entre auto-contradiction (sur les 35 heures) et mesures floues (à l’exception d’une bascule du financement de la Sécu vers l’impôt ou d’une promesse sans chiffrage ni explication de remboursement des frais de lunettes à 100%), on aura du mal à croire qu’il est si éloigné que cela de la politique de l’offre inégalitaire et inefficace que François Hollande a suivi, avec Macron, pendant 4 ans et demi.

Ces deux champions du libéralisme économique, proches dans leur approche mais différents dans leurs intensité, ont tout à perdre à parler d’économie avec trop de détails. Car l’économie, telle que les « gens » la vivent, c’est d’abord l’emploi, le salaire, le coût de la vie quotidienne, les soins.

Ces terrains là sont des pentes dangereuses pour les défenseurs du libre-échange, de la loi des puissants, de l’héritage ou de la rente.

 

 

Le jour où il faudra voter contre l’euro

Terminé

Les eurocrates n’ont pas encore  tous réalisé les dégâts de la récente séquence grecque… pour la cause européenne.

J’ai voté contre Maastricht mais pour le Traité constitutionnel de 2005. J’ai suivi les défenseurs d’une cause européenne qui plaçait la construction économique et politique devant tous les autres impératifs.

Cette semaine, la mise sous tutelle de la Grèce a cassé chez bien des gens l’idée qu’ils pouvaient encore se faire de l’Europe.

1. Pour certains, la Grèce mérite ce qui lui arrive. Voilà où en est réduit le sentiment européen: faire payer jusqu’à la lie plus petit que soi.  Pour eux, l’Europe est morte, même s’ils n’en ont pas complètement conscience.

2. Pour d’autres, la cause était entendue depuis longtemps, cette dernière séquence n’a rien apporté de neuf.  Ces gens sont à gauche ou à droite, ou en l’air.

3. Pour d’autres encore, la Grèce aurait dû être sauvée, aidée, soutenue. Mais l’Europe a enfoncé la Grèce la tête dans le sable. Les éditocrates qui célébraient la reddition grecque n’ont pas compris les dégats pour la cause européenne. Pour mon humble part, je voterai contre l’euro, contre cette Europe, la prochaine fois qu’il m’en sera donné l’occasion.

A bon entendeur …

 

 

 

 

Ces grands moments de solitude médiatique

On vous expliquera, ici ou ailleurs, plus tard sans doute, comment les médias captent les conversations sociales pour dériver leurs propres traitements de l’actualité nationale vers les sujets porteurs.

Il y a des outils pour cela.

Pour l’heure, en moins d’une semaine, nous avons eu en tête de gondole de l’actualité nationale…

Le coup de couteau de Nabilla, l’atterrissage de Philea, un faux tigre/vrai lynx en liberté en Seine et Marne, les intempéries dans le Var, la psychose Ebola en Ile-de-France.

La loupe grossissante de l’information continue n’en finit pas de faire des ravages.

Pourtant, parfois, on tombe sur une information brève, peu commenter et réjouissante. Comme celle-ci attrapée dans le journal Les Echos, vendredi 14 novembre 2014:

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A en croire ce sondage, les Français interrogés aimeraient en savoir plus et mieux sur l’état de nos finances, le sort de l’économie, bref, l’actualité qui compte pour leur emploi et leur pouvoir d’achat.

Sans blague…

 

Le mauvais débat sur les allocs familiales

Il était assez stupéfiant, ce jeudi 16 octobre 2014, d’entendre certains échanges médiatiques après le compromis trouvé au sein de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale à propos des allocations familiales: les allocations familiales seraient réduites de moitié pour les familles gagnant plus de 6.000 euros par mois; divisées par 4 pour celles à plus de 8.000 euros par mois.

Coincé dans une voiture pendant la fameuse tranche de la fin d’après midi, j’ai tout le loisir d’écouter France Inter, Europe 1 (où Claude Bartolone était interviewé) et consorts.

Malheureusement, il n’y eut aucune voix journalistisque assez forte pour clamer que c’est le jeu démocratique: des députés discutent, débattent, et cela ne sert à rien de faussement s’indigner sur de prétendus revirement au sommet (en l’occurrence chez Hollande) qui n’ont pas eu lieu. C’est même assez dramatique de constater que pour une fois qu’une affaire législative suit son cours démocratique normal, quelques aboyeurs médiatiques s’autorisent à faire croire que ce n’est pas le cas.

Mieux, la disposition n’est même pas encore votée, encore moins en application. Il ne s’agit que d’un vote de commission.

Sur le fond, on ne fut pas mieux loti.

Rendre progressif le montant des allocations familiales a déchaîné, hier comme l’an passé, des cris d’orfraie sur le thème de l’universalité.

Ecouter le patron de la CGT hurler contre une mesure qui concernera 10 ou 20% des ménages les plus favorisés (dont votre serviteur), avait quelque chose de cocasse et de ridicule.

Entendre l’ineffable Jacques Myard (UMP) prétendre qu’il s’agissait d’une attaque contre la natalité française était encore plus cocasse et ridicule. Quel couple à 6000 euros mensuels hésite à faire un second enfant en fonction du montant des allocations familiales ?

De qui se moque t on ?

Nous avons défendu qu’il fallait que les plus riches contribuent davantage car les comptes publics sont déficitaires et la pression fiscale sur ces mêmes plus riches a diminué depuis 30 ans (niches fiscales, réduction des tranches supérieures de l’IR, etc) (je fais court).

Que ce réajustement passe par la baisse de certaines prestations et subventions pour ces plus riches, ou par une hausse de leurs impôts est une question de méthode sans grand intérêt. Mais il y avait quand même hier soir certains journalistes et amateurs pour nous dire que la rupture de « l’universalité » était un grave problème…

Drôle et triste à la fois.

 

 

Un prix Nobel de l’Economie si libéral

Franchement, je ne connaissais pas les écrits ni les recherches du nouveau prix Nobel de l’Economie – « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel  » -, de surcroît français, un certain Jean Tirole. A en croire les rapports professionnels et amateurs qui ont été faits sur l’impétrant, il est plutôt/franchement/vraiment néolibéral.

Le plus curieux, comme d’habitude, est que l’homme n’a visiblement jamais été salarié d’une entreprise privée. Vivre de l’argent public, pour fustiger les dépenses publiques, est-ce un métier ? Curieux. Jean Tirole a fondé en 2007 la « Toulouse School of Economics » (TSE). TSE, rappelle le Monde, est une fondation de droit privée « regroupant des établissements publics, dont les membres fondateurs sont l’Université Toulouse 1 Capitole, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), mais dont une bonne partie des financements est apportée par des entreprises privées. »

Sans blague.

Quelques aimables confrères s’agacent qu’on fustige trop vite le récemment promus par la Banque de Suède au nom d’Albert Nobel. Pourtant, le sujet est un peu différent.

Au moment même où nous apprenions collectivement la récompense (et l’existence) de Jean Tirole, il s’est trouvé nombre de médias bien influents pour répéter sur les ondes combien, de surcroît, il avait raison de penser ce qu’il pensait puisqu’il était désormais prix Nobel.

Nous étouffons.