Archives pour la catégorie Chroniques politiques

Être Raphaël Enthoven

Raphaël Enthoven est un éditocrate, c’est-à-dire quelqu’un qui (1) dispose de tribunes médiatiques exposés, et (2) y livre son point de vue sur les affaires du monde. Comme les éditocrates des médias, Enthoven n’aime pas dévoiler d’où il parle, c’est-à-dire quelles sont ses grandes orientations politico-philosophiques – pour qui vote-t-il ? Vote-t-il ? Pour qui votera-t-il ?

Il apprécie d’ailleurs peu les anonymes qui sévissent sur les réseaux sociaux, même quand ces derniers annoncent clairement la couleur de leur engagement, quand lui, personnage public, rechigne à cette transparence. Parmi ses têtes de Turc, « les insoumis », masse homogène dans sa tête et sa bouche, tiennent une place de choix. On ne compte plus les railleries, attaques, critiques contre « les insoumis » sous la plume numérique de l’éditocrate. N’y voyez pas une prise de position politique bien sûr.

Bien sûr.

Je ne sais pas comment Enthoven réussit à amalgamer les insoumis avec la même rage qu’il consacre à dénoncer les amalgames, mais il s’en donne à cœur joie. Les insoumis sont pluriels, ils sont traversés par des débats, des désaccords et des convergences. Pour le second tour de la présidentielle de 2017, Mélenchon justement avait eu cette audace de décrire la pluralité de ses soutiens du premier tour, une pluralité, expliquait-il, qui lui imposait de laisser à chacun(e) le libre-choix de son vote face à Marine Le Pen.

Bref, « les insoumis » n’existent comme un corps homogène que chez quelques esprits faibles, dont Raphaël Enthoven.

insoumis

Enthoven défend une « pensée complexe », une pensée qui ne saurait se résumer en quelques tweets, ni même un titre pour chapeauter une interview. C’est son droit. Le monde est complexe. Le résumer est complexe.

Pourtant, parfois, Enthoven défend une complexité qui sert en fait une oppression. Par exemple, on lui reproche ce propos sur le manspreading: « le manspreading exclut le 1 % de femmes qui se livrent aussi à cette pratique, et qu’en cela, il est essentialisant. » Prenons au mot. Quand on dénonce le manspreading, qui donc concerne des hommes dans 99% des cas à lire Raphaël Enthoven, on peut considérer que le problème, puisque Enthoven reconnait que cette vulgarité beauf est un problème, est MASSIVEMENT d’origine masculine. Donc je m’interroge sur le souci que cet éditocrate a ainsi de dédier quelques précieuses minutes de son temps médiatique à expliquer qu’il ne faut pas « essentialiser » le comportement.

Je n’ai pas envie de critiquer cette envie de trouver la vérité profonde de l’âme et de la nature humaines – est-ce parce que je suis homme que je suis/fait/pense essentiellement ceci ou cela ? Personnellement, je ne le crois pas, mais c’est un autre sujet. Mais Raphael Enthoven fait mine de ne pas comprendre que ses commentaires servent à minorer l’importance de quelques combats essentiels – la lutte contre le sexisme et la domination masculine est un. Celle contre les discriminations en est une autre.

Notre société est dominée, abîmée, agressée par des mâles blancs. C’est un fait qui se constate, malheureusement, chaque jour, heure, minute, seconde. Raphaël Enthoven, effrayé soudainement qu’un magazine de droite ait résumé l’impression que ses leçons médiatiques nous donnent, s’est indigné quand son propos est devenu le titre de l article. Et pourtant…

« J’aimerais être une femme noire pour pouvoir dire la même chose de la même manière et qu’on arrête de m’emmerder avec mon sexe ou la couleur de ma peau. Mais personne n’est parfait. »

Cette phrase, placée dans la bouche de l’éditocrate, est cocasse. Elle a fait mal à notre éditocrate. Enthoven s’acharne avec une régularité de métronome contre Rokhaya Diallo. Il se retrouve dans la même désagréable barque que Laurent Bouvet qui s’indigne de se voir accusé de racisme à force de pratiquer le même acharnement parce qu’une personnalité noire exprime son ressenti du racisme et de l’exclusion au quotidien. Cette dernière relate, notamment, avec la même régularité, comment et combien être noir(e) en France vous expose à un malaise, des incompréhensions, de la haine parfois. Un comportement louable, quand on fait partie des plus influents parmi les dominants, est de se tenir calme, ouvert, compréhensif. Ce n’est pas celui choisi par Bouvet, malheureusement.

Je n’ai qu’un conseil pour ces deux mâles blancs: calmez vous. Réservez donc votre énergie militante pour les causes des plus défavorisés.

Ce sera utile.

« Dieu a dit : il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux ; mais ça sera pas facile… Et puis il a ajouté : il y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux, ce sera très dur ! »  Coluche.

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Besancenot, Melenchon et le vrai-faux malentendu

Olivier Besancenot n’apprécie pas.

Il est agacé;.

Il a l’indignation sincère.

« Ce ne sont pas les immigrés qui font pression sur les salaires, mais le taux de profit que les capitalistes extirpent du travail des salariés, français ou immigrés, en France comme dans le monde entier. Salutations internationalistes »

Besancenot réagissait à ce propos de Mélenchon, qui lui-même réagissait aux prises de position de Sahra Wagenknecht.

Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux !

Besancenot a tort.

Ou il fait mine d’avoir tort.

Il ne s’agit pas de dire que « les immigrés volent le travail des Français« . On laisse cela à Le Pen. Car Mélenchon a commencé par une autre déclaration, dans le même discours, au même moment, quasiment dans la même phrase, que Besancenot ne répète pas:

Je veux parler d’un sujet qui serait, dit-on, difficile pour nous : les vagues migratoires. Nous refusons que la politique nationale soit entièrement happée par une peur qu’on chercherait à répandre : non, il n’y a pas d’«invasion».

Le capitalisme a ce talent de savoir discriminer entre les pauvres et les plus pauvres. Opposer les ”locaux” et immigrés.

Ne pas le comprendre est surprenant.

Salutations.

 

Quand Mélenchon lance la campagne des Européennes

UE

 

Avant que Jean-Luc Mélenchon ne parle ce samedi 25 août à Marseille devant 3000 personnes, on a entendu beaucoup de bêtises sur la campagne des élections européennes de la France insoumise. L’objectif premier des leaders macronistes était simple, assimiler les insoumis et d’une façon générale toute opposition à leur programme (d’ailleurs quel est-il ?) à du nationalisme étriqué et/ou populisme dangereux; tenter de faire croire qu’insoumis et frontiste, Melenchon et Le Pen, c’est finalement la même chose; ou que Mélenchon veut sa revanche de la présidentielle (allez vous répéter cet argument à chaque élection ? #lol).

« Dites-moi monsieur , quels sont vos alliés pour une coalition européenne ? Parce que nous nous pouvons vous répondre. Nous sommes des internationalistes. Nous avons fait une coalition européenne : «Maintenant le peuple !» »

Ce samedi-là à Marseille, Mélenchon a donc répondu et clarifié, n’en déplaise à certains adeptes du TINA.

1/ Mélenchon a évoqué l’immigration, et notamment l’alliance avec Die Linke, ou plutôt avec le mouvement lancé par Sahra Wagenknecht, laquelle avait rappelé récemment que « Plus de migrants économiques, cela signifie plus de concurrence pour les bas salaires dans le secteur de l’emploi. » En France, quelques grincheux macronistes se sont précipités pour l’assimiler à Le Pen. Les mêmes qui applaudissent au vote du Code de la Honte, qui excusent l’attentisme criminel de Jupier face aux migrants, ceux-là donc donnent des leçons « d’accueil » à nos voisins d’Outre-Rhin lesquels ont accueilli près d’un million de migrants en une année: « honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux ! »

« Nous refusons que la politique nationale soit entièrement happée par une peur qu’on chercherait à répandre : non, il n’y a pas d’«invasion» », a répété Méluche. « (…) Si vous voulez faire quelque chose d’utile en matière d’immigration, arrêtez de demander aux paysans africains de s’intégrer dans le marché mondial, arrêtez de faire des traités de pêche qui détruisent les réserves halieutiques. »

Sur le devoir d’humanité, nulle hésitation: « L’Aquarius, c’est quoi ? C’est 191 personnes qui ont été sauvées de la noyade. Nous disons : bravo l’Aquarius ! Bravo l’Aquarius ! Le soutien à ceux qui sont dans la détresse est un devoir pour nous ! »

2/ Les élections européennes seront-elles un référendum anti-Macron ? Nul ne sait. Doivent-elles l’être ? Assurément. Pour deux raisons simples. Primo, Macron s’est auto-érigé en modèle et champion de la Commission européenne, de cette conception libérale, pro-marché, anti-écologiste, anti-sociale de l’Europe. Macron défend une vision passéiste de la construction européenne, une conception qui néglige le rapport de forces et acce^te le consensus systématique du plus petit dénominateur commun: « Monsieur n’existe pas. Il est juste le copiste de la Commission européenne. Sa «réforme» du code du travail est une demande de la Commission. De même que sa «réforme» de la . »

Les élections européennes seront l’occasion de voter pour ou contre le glyphosate, pour ou contre privatiser les barrages, pour ou contre l’Europe de la Défense, pour ou contre la régulation de la finance, pour ou contre le protectionnisme européen.

Bref, cette élection est évidemment, également, et avant tout une élection pour ou contre Macron tant ce dernier incarne l’affaiblissement de la République sociale et populaire.

« Nous allons faire de l’élection européenne un référendum anti-. Nous allons inviter les Français à lui mettre une raclée. Démocratique. »

 

 

 

 

 

23 août, le pacte de la honte ?

Il y a 79 ans se signait le pacte de non-agression entre l’Allemagne nazie et l’URSS. Hitler, Staline, la belle alliance des deux hydres du totalitarisme moderne. Il y a des explications de real-politik cruelle évidentes à ce pacte – Hitler et Staline croyaient chacun de leur côté qu’ils n’étaient pas prêts à se faire la guerre. Le boucher nazi voulait nettoyer l’Ouest, le boucher russe voulait moderniser son armée que ses innombrables purges et son incurie avaient déstabilisées.

Ce pragmatisme a eu d’autres conséquences dont ces deux là: (1) en France, le silence des communistes aux premières heures de la guerre face à l’offensive nazie, même si les militants communistes ont ensuite plus que pris leur part dans la résistance; (2) à l’étranger, la collaboration de l’URSS avec les nazis comme cette « livraison à la Gestapo d’un millier environ de communistes allemands réfugiés sur son sol et de quelque 60 000 autres Allemands, juifs pour la plupart, qui fuyaient le nazisme« .

Staline qui fait livrer des résistants communistes aux nazis…

De temps à autre, un esprit polémiste tente de renvoyer dos à dos tous les communistes à cette histoire qui, pourtant, est aussi déchirée que ce que l’on constate chez d’autres camps politiques de cette période.

 

Le Watergate d’Emmanuel Macron

Cette affaire ressemble au Watergate.

Les faits stricto sensu sont évidemment très différents – le Watergate était l’un des sièges du Parti démocrate où des poseurs de micro ont été arrêtés. La double enquête journalistique a permis de remonter quasiment directement … à la Maison Blanche.

Dans l’affaire des barbouzes de l’Elysée, on retrouve ce même lien direct entre des délinquants et le bureau même du chef de l’Etat.

C’est triste et fascinant, incroyable, peu croyable.

« Et en même temps »…

Le sentiment de toute puissance semble habiter la Macronie depuis sa création ex-nihilo.

 

 

 

5 raisons d’aimer, ou pas, les réseaux sociaux.

Pourquoi participe-t-on aux réseaux sociaux ? On a l’éclosion, l’essor puis la (pseudo) chute des blogs politiques, l’irruption de ces « échanges » et publications sur les réseaux sociaux fut fascinante et déstabilisante. En premier lieu, de quels réseaux parle-t-on ?

Quand on parle d’hystérisation du « débat » public, voire de la disparition du débat public, Twitter, davantage que Facebook, est désigné plus généreusement à la vindicte. Twitter ne permettait initialement que 140 caractères pour s’exprimer (maintenant 280), d’où l’impression d’un raccourcissement de l’expression. Twitter est aussi moins exigeant que Facebook sur les identités. Twitter permet les saillies d’humeur, Twitter permet de masquer, bloquer, dénoncer. Twitter est un gigantesque bistrot. Twitter est caricatural. Twitter vous enferme dans vos followers.

Alors reposons la question: mais pourquoi participe-t-on aux réseaux sociaux ?

S’agissant de Twitter, je vois plusieurs plaisirs et davantage d’interrogations. L’une des dernières émissions de La Grande Table, sur France Culture, permet aussi d’y voir plus clair. Olivia Gesbert  recevait Laurence de Cock (« Les éditocrates 2. Le cauchemar continue« ) et Marylin Maeso (« Les conspirateurs du silence« ).

LdC

Voici mes 5 raisons:

    1. Parce que les réseaux sociaux permettent de diffuser ses messages. Ils aident à faire valoir des « contre-voix ». L’historienne, et Twittos, Laurence de Cock appelle cela de « l’éducation populaire ». Ce rôle publicitaire est flagrant. Sur Twitter, avec 5 ou 10 000 followers, le nombre de contacts d’un tweet atteint rapidement les 1000 ou 3000 vues. Dans le monde physique, ce serait impossible. Les réseaux sociaux permettent de contrer les argumentaires officiels, déloger la mauvaise foi, débusquer « live » les éléments de langage.
    2. Parce que les réseaux sociaux sont des sources d’information. Corollaire du point précédent, ils agissent comme des medias sans contrôle, parfois à l’excès. Grâce à eux, nous apprenons autre chose que ce que les médias dominants proposent. En ces temps de concentration capitalistique, c’est heureux.
    3. Parce qu’ils permettent de structurer une expression – réfléchie ou pas, construite ou pas. Parfois concise, comme sur Twitter, et c’est un exercice de style.
    4. Parce que les réseaux sociaux permettent d’être a-social. C’est l’un des côtés obscurs, le plus visible, le plus désagréable, celui qui décourage régulièrement. Twitter permet de cracher son venin. C’est souvent détestable. Je ne connais pas un Twittos de mes connaissances qui n’ait cédé un jour, un instant à ce travers. J’ai fait la même erreur.
    5. Parce que les réseaux sociaux sont … sociaux. C’est bête à dire, c’est trivial, mais c’est leur première réalité: on y rencontre des gens, on y développe des relations. On s’y séduit, on s’y engueule, on y rigole. Ce sont des lieux de vie.