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Le jour où nous avons uberisé Emmanuel Macron

Il a suffit que Jean-Luc Mélenchon explique, très tôt dans la soirée, qu’il attendrait les résultats définitifs puis une consultation sur la conduite à suivre pour le second tour de la présidentielle pour qu’ils se déchaînent.

Osons une question: l’élection présidentielle est-elle si débilisante qu’il n’y plus de place pour le libre-arbitre et le recul ?

`La revue du sujet en 9 points.

#1. Très tôt hier soir, des soutiens de Macron ont expliqué que Mélenchon était comme Le Pen. Bravo, clap, clap clap. On a applaudit. On a connu meilleure façon de rallier les mélenchonistes déçus. L’un des plus odieux tweets de cet acabit fut de Bernard-Henri Levy.

Adieu BHL.

#2. Sur les réseaux sociaux, j’ai été interpelé comme d’autres. Je pose, comme d’autres, pourtant une question simple: qui peut sérieusement penser qu’une coalition de Wauquiez à Mélenchon en passant par Hamon n’est pas la pire réponse politique à Marine Le Pen ? Marine Le Pen n’attend qu’une chose, le front républicain. Elle n’espère qu’une situation: tous contre elle. Pouvoir expliquer et brailler qu’ils sont « tous pareils », c’est son rêve et nirvana politique.

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#3. Je peux comprendre que les militants macronistes stressent. J’ai connu cela en 2012. Soutien de Hollande, j’ai senti un moment où la campagne anti-sarko était devenue  violente avec certains du Front de gauche. Comment allions nous nous rassembler après ? C’est une question qu’il faut se poser avant. Avant de caricaturer Mélenchon et ses soutiens en doubles frontistes, fans de Chavez, gagas de Poutine, affreux anti-Européens, et autres billevesées. Car après, imaginez donc que les mêmes caricaturés répondent : « chiche! Soyons la caricature que vous avez dépeint », et voici nos macronistes qui transpirent, crient, braillent et hurlent au déshonneur. C’est bien facile. C’est si peu courageux. Ce n’est simplement pas lucide.

#4. Il est trop tôt pour répondre à la question du 7 mai. Nous avons besoin de temps. J’ai besoin de temps. Même Emmanuel Macron a pris un jour off ce lundi. Pourquoi faudrait-il se plier, se coucher et sourire dès le soir de la défaite annoncer ? Une seconde campagne démarre, tout le monde le répète. Calmez-vous. Les insoumis(es) n’aiment pas les injonctions, a résumé mon amie Laure.

#5. Rien dans l’attitude de Macron dimanche soir ne méritait un ralliement rapidement. Son dîner à la Rotonde, son discours aussi creux que victorieux, un candidat qui fait acclamer son épouse, le soir où l’extrême droite rassemble plus encore que son parrain pétainiste en 2002 ? Les sourires, la joie, le champagne dans une brasserie huppée du 14ème arrondissement étaient indécents.Le journaliste Gérard Miller, soutien de Mélenchon pendant cette campagne, a parfaitement résumé notre désarroi: Mélenchon a revitalisé la politique. Même ses adversaires le reconnaissent. Macron a dévitalisé la politique. Même certains de ces soutiens s’en amusent. Dans quel monde puéril ou hors sol vivons-nous ? Macron donne l’impression de concourir à cette présidentielle comme d’autres emportent un marché. Sans plus d’affect que cela, sans plus de sincérité qu’un joli marketing. La France n’est pas un marché.

#6. Le même Gérard Miller a ajouté un point essentiel qui explique notre ras-le-bol: 2002, c’était il y a 15 ans. Et depuis 15 ans, nous avons eu Chirac, Raffarin, Sarkozy, Fillon, Hollande, Valls. Des politiques souvent à droite, rarement à gauche, toujours libérales. Et pour quel résultat ? La fille Le Pen au second tour avec 4 millions de voix de plus que son paternel en 2002. Face à l’urgence d’éviter Le Pen à l’Elysée faut-il oublier que le vainqueur désigné, Macron, approfondira une politique qui renforce quinquennat après quinquennat l’extrême droite en France ? A quoi bon ? Pourquoi n’avons nous pas le DROIT de POSER CETTE QUESTION ?!

#7. On nous explique que ce n’est pas gagné. C’est vrai. Marine Le Pen peut gagner. Je vous l’écrit chers Insoumis(es), je ne veux pas de Marine Le Pen à l’Elysée. Parce qu’il y a l’Immonde en face. Marine Le Pen est immonde. Nul doute, nulle confusion. Mais je ne veux pas de Macron élu à 80%. 2002 est loin. Pas deux fois. Macron doit transpirer du slip, fut-il en soie.

#8. On nous explique que la France serait affaiblie si Marine Le Pen échouait de peu le 7 mai prochain. Vraiment ? Je n’en suis pas si sûr. J’adorerai un vote blanc massif, un de ceux qui priverait le vainqueur de crier qu’il a été plébiscité. Mais c’est un joli risque à courir , n’est-ce pas ?

#9. Le Pen est un danger national. Nous prendrons autre chose que les urnes si cette racaille parvient à l’Élysée. J’avais quinze ans quand je me suis dit cela après l’élection d’un groupe parlementaire frontiste à l’Assemblée. Pourquoi continuer à suivre les injonctions de vote anti Le Pen et qu’importe le résultat 30 ans plus tard ? Se poser cette question mérite-t-il l’opprobre ?

Pourquoi devrions-nous céder, applaudir et nous taire dès le soir du 1er tour ?

Finalement, ce fut cocasse. dimanche soir, et le lundi qui a suivi, Emmanuel Macron a été uberisé. Mélenchon a en effet annoncé que nous voterions sur internet. Et il n’y aura que 3 choix: blanc, abstention ou Macron.

Macron dépend d’un clic.

Emmanuel, bienvenue dans ton monde moderne.

Le 7 mai, je voterai Macron, ou pas.  Dans les deux cas, j’aurai un goût de vomi dans la bouche.

 

Et soudain, ils se taisent. Ou pas.

Bientôt deux jours que la campagne du premier tour s’est arrêtée. Les candidats se taisent. Leurs partisans officiels aussi. Les bureaux de vote sont un sanctuaire silencieux.

Dimanche matin, il y avait la queue devant les bureaux de vote, malgré un beau temps éclatant. Est-ce le signe d’une mobilisation ?

Cette trêve ne concerne que peu les citoyens; ça débat même fort intérieurement. Mais pour qui donc vais-je voter ?

Les autorités tolèrent même l’expression politique numérique des citoyen(ne)s ordinaire(s) jusqu’à la dernière minute. La presse écrite n’est même soumise à aucune interdiction à l’exception de publication de sondages. On cherche en vain des sondages comme un drogué manquerait sa dose.

Vendredi, les courbes sondagières étaient si proches entre les 4 candidats qu’on murmure déjà que le résultat ne sera peut-être pas connu dès 20 heures ce dimanche 23 avril.

Ce serait déjà un cataclysme, la preuve illustrée dans les urnes d’un pays fracturé.

 

 

48 heures de tranquillité ?

Ils vont se taire, jusqu’à dimanche soir. Le Pen, Fillon et consorts vont se taire. Un an ou plus que j’attends ce moment de calme et de sérénité. La fin d’une campagne officielle et le silence qui s’impose alors aux candidats est un bonheur.

Le drame des Champs Elysées a rendu plus urgent encore ce besoin de silence. La récupération ignoble et débile – au sens propre du terme – par Le Pen et Fillon était cette goutte qui manquait pour faire déborder notre vase.

Sans attendre les résultats de l’enquête, Le Pen a profité de son moment pour répéter des propositions réchauffées, impossibles, totalitaires ou contre-productives: expulser imméduatement tous les fichés S étrangers (alors qu’ils sont justement fichés pour que nos renseignements généraux travaillent sur leur cas et déjouent des projets d’attentats) est l’oeuvre d’un pompier pyromane. Quant à Fillon, il a été pris en flagrant délire en pleine émission télévisée jeudi soir, en cédant à la facilité de suspendre sa campagne, l’exact résultat souhaité par les terroristes.

Chacun dans son style, Fillon et Le Pen sont les idiots utiles du djihadisme, nous y reviendrons.

Cette campagne s’achève, et les candidats se taisent enfin.

Merci, et bonne nuit.

Merci Macron, merci patron.

Surtout, merci Fakir.

Tout est dit sur la réincarnation de Jean Lecanuet.

Ces clips de campagne officielle

Finalement, il fallait les voir, un à un. Depuis 10 jours, les 11 candidats de ce premier tour d’une présidentielle exécrable ont tous un clip de campagne à diffuser à la télévision publique. On dit que l’exercice est désuet. Je ne le crois pas. Environ la moitié du pays et une gros tiers des adultes de ce pays ne regardent pas les videos sur Facebook ou YouTube. Nos JT font toujours des scores d’audience inégalés. Bref, la TV a encore une place installée surpuissante, surtout auprès du public plus âgé.

Regarder ces clips officiels donnent quelque frisson, de l’ennui aussi.

Macron, Mélenchon, Le Pen se distinguent: ils avancent certaines de leurs propositions. Pas les autres candidats. Le Pen est terrifiante. Elle ne s’est pas foulée, comme si l’exercice ne l’intéressait pas. Elle déroule ses arguments avec une violence et une rage froides. Elle fustige la « dépense publique nocive » (comme Fillon), la « fraude fiscale et sociale » (comme Sarko), elle soigne « les personnes âgées » (comme Sarko). Elle promet de tout « remettre en ordre« , elle qui se planque de la police et de la justice quand on lui demande de s’expliquer sur ses emplois fictifs.

 

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Hamon flotte, il vole au-dessus des nuages, il est désaxé par rapport à cette campagne. Il est presque touchant. Mais son clip est brillamment réalisé.

 

Quand vous écoutez Fillon, vous pensez inévitablement à la poignée de millions d’euros d’argent public que ce gars a ponctionné pour salarier femme et enfants pour petits travail ou soupçon d’emploi fictif. Vous pensez à ses mensonges successifs dans cette affaire. Vous pensez à ses costumes offerts, à ses prestations de conseil pour des labos pharmaceutiques.

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Dans son clip, Macron abuse de des slogans contre les quels on ne peut exprimer aucun désaccord, des bonnes formules tautologiques et triviales, c’est même sa marque de fabrique depuis qu’il est en politique: « faire avancer les choses avec tout le monde et pour tout le monde ». Son clip ressemble aussi à ceux de Sarkozy en 2007, tant sur le fonds (« mettre la France en marche, c’est remettre le travail en marche ») que sur la forme.

Le meilleur clip de campagne de Macron est celui-ci, réalisé par Osons Causer. Oui, osons causer du bilan de Macron.

 

Mélenchon va droit au but. Il ne fait pas l’apologie de Chavez ni de Poutine comme ses contempteurs de la dernière ligne droite aiment le caricaturer. Il déroule les grandes lignes d’un programme connu et publié depuis 6 mois.

 

Comment rater un débat à 11 candidats

Il était 20h45 quand je me suis failli à regarder le débat retransmis par BFM et CNEWS entre les 11 candidats à l’élection présidentielle qualifiés pour le premier tour. Il était ensuite minuit, et les candidats n’avaient chacun parlé en moyenne de 15 minutes.

#1. Ce débat a été une tannée, un fiasco, une bêtise, un concours de formules en peu de caractères. On retiendra quelques saillies, quelques vannes, quelques expositions plus directes que la moyenne (Poutou: « Fillon, que des histoires. Plus on fouille et plus on sent la corruption et la triche. (…) On a aussi Marine Le Pen, pareil, on pique dans les caisses publiques et le FN, qui est antisystème, ne s’emmerde pas car se protège grâce à l’immunité parlementaire, donc peinard. « )

#2. Il est impossible d’exposer des programmes en moins de 15 minutes au bout de 3H.

#3. Oui, il y a des « petits candidats » dont nous n’avons que faire. Mais comment ont-ils pu se qualifier ? L’un d’entre eux, Lasalle, paraissait alcoolisé. Asselineau ou Cheminade dans des mondes parallèles. Poitou largué.

#4. D’idées ou de propositions il fut question, mais impossible de les mémoriser. Impossible aussi d’en débattre sur place, à coup de 90 secondes ou 2 minutes d’intervention.

Ma seule satisfaction fut cette proposition de Marine Le Pen d’installer des crèches dans les mairies et qui sonne le glas de la crédibilité de son discours (faussement) laïcard.

« Vous voulez mettre des symboles religieux dans nos mairies ? C’est ça votre laïcité ? » Mélenchon à Le Pen.