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De l’illégitimité en République

 

On a beaucoup parlé de l’illégitimité des nouveaux élus, à cause de l’abstention. On en a beaucoup parlé sans vouloir sans doute comprendre, par paresse, fatigue ou mauvaise foi.

Ce parlement élu est légitime d’après les institutions: à l’exception de quelques scrutins, (dont la surprenante élection de Manuel Valls grâce à un « sursaut » dans 2 bureaux de vote de Corbeil-Essonnes, cette même commune où Serge Dassault a appelé à voter Valls), le résultat des urnes n’est ni contestable ni contesté. Et les gagnants ont gagné.

Dans ce nouveau parlement élu, il y a une majorité macroniste. Elle regroupe des députés La République En Marche, des Modemistes, et quelques autres (dont Valls, encore). Ces gens vont appliquer un programme de « réforme » du code du travail sans précédent, mais aussi l’inclusion de l’état d’exception dans la loi régulière du pays. Et bien d’autres choses encore. Sur quelle majorité politique s’appuieront-ils pour faire cela ? Une quinzaine de pourcentage d’inscrits.

Rien de plus.

L’arnaque absolue.

« Notre peuple est entré dans un forme de grève générale civique dans cette élection, faisant ainsi la démonstration d’état d’épuisement d’institutions qui prétendent organiser la vie de la société avec un mode de scrutin où une minorité étriquée a tous les pouvoirs. » Mélenchon, 18 juin 2017.

Mélenchon n’a pas été « mieux » élu. Mais Mélenchon ne prétend pas mettre à bas la République sociale.

Nuance.

La France insoumise, cela n’a échappé à personne, n’a gagné ni cette présidentielle ni les législatives. Elle n’a de voix que d’opposition. Il ne s’agit pas de parler pas pour celles et ceux qui refusent de parler. Il s’agit d’expliquer à ceux qui braillent qu’ils ont gagné, qu’ils ont gagné sur peu.

Contrairement à ce que certains commentateurs libéraux ont rapidement propagé dimanche soir, Mélenchon n’a pas dit que les abstentionnistes étaient des insoumis. Il a même dit l’inverse. Il a constaté l’échec: « le pays n’a pas cru qu’il était possible de faire autrement ».

La France insoumise a perdu cette manche car elle n’a pas réussi à convaincre les abstentionnistes. Et Mélenchon ne dit pas autre chose quand il, déclare ceci:

« Je vois dans cette abstention une énergie disponible pour peu que nous sachions l’appeler au combat ».

 

Faut-il répéter ce constat évident  ? Non. Il ne faut pas. Il ne faut plus. Il faut peut-être se taire, laisser les critiques brailler, les laisser s’enferrer dans leur ressenti personnel qui n’a pas parfois plus grand chose de politique. Les mêmes qui nous demandaient d’aimer Mosco, Camba, Valls, et quelques autres chouinent parce que Mélenchon leur parle désagréable… Qu’y pouvons-nous ?

Qu’un(e) député(e) élu(e) sur 60% d’abstention ose me dire qu’elle/il a mandat pour changer l’organisation de notre vie sociale est une escroquerie.

« Il n’y a pas dans ce pays de majorité pour détruire le code du travail, réduire les libertés publiques, ni non plus pour l’irresponsabilité écologique, ni pour cajoler les riches. » Jean-Luc Mélenchon au soir du premier tour législatif.

Cette illégitimité politique est aussi un danger. Combien de gens se reconnaissent-ils dans ces jeunes ou moins jeunes bourgeois élus député(e)s de la « République en Marche » ? Combien ?  Le mouvement macroniste a même réussi à faire élire un élu guadeloupéen qu’on croirait sorti tout droit de CIVITAS.

 

 

 

Quand les jeunes voteront…

 

Cette couverture de Paris Match est à l’aune de l’enthousiasme de quelques journaux à l’égard du président Macron. On ne dira pas ici  « les médias » par souci de ne pas amalgamer des journaux si différents. Mais il y a plein d’autres journaux, physiques ou numériques, qui ne suivent pas cet emballement naïf. Mais Paris Match, comme l’Obs, l’Express, le Point, Europe 1, les Echos, et même le Monde, et encore bien d’autres, font partie aussi de ces médias dont les éditorialistes sont les plus invités à commenter l’actualité sur les ondes radio-télévisuelles. Combien de fois avez-vous vu un journaliste de Politis,  de Mediapart, de Regards, ou même des Jours apparaître chaque semaine sur une émission télévisée de grande écoute ? Fabrice Arfi et Edwy Plenel apparaissent parfois, mais c’est tout.

Ce vieux monde fatigue.

Un jour, il va craquer d’un coup.

Mes deux Racailles regardent ces commentaires politiques télévisuels de loin. Ils votent Poutou ou Mélenchon, ils écoutent d’un air distrait et peu intéressés les théorisations tacticiennes de ces éditocrates blancs, mâles et âgés sur l’habileté ou les travers de nos dirigeants. C’est plus qu’un choc de générations, c’est une disqualification. J’y vois un parallèle avec ce qui s’est passé cette année lors des scrutins présidentiels puis législatifs. On peut rager, s’amuser, moquer ces nouveaux élus inexpérimentés, il y a eu un grand ménage, soudain, inattendu, et brutal. On dit que vers la quinzième année de chaque siècle en France, il se passe quelque chose d’étonnant (1715, 1815, 1914, 2017 ?). Je ne sais pas. Mais il y a eu un immense plan de licenciement politique.

Le vrai choc va arriver bientôt. Macron s’est élire par les vieux et les aisés. Les plus modestes et les plus jeunes ont voté contre lui, ou se sont abstenus. Quand cette génération 1995->2005 se décidera à voter, le choc sera rude.

Plus rude encore.

L’état d’urgence dans la loi, cette urgence.

Et oui, une urgence du nouveau jeune monarque. Inscrire l’état d’exception dans la loi normale, faire voter par une majorité que l’on devine gigantesque l’état d’urgence dans la loi qui gère la non-urgence.

L’état d’urgence a une spécificité bien connue: ces mesures liberticides, acceptées au nom de la défense de la nation pendant le temps limité de cette urgence, seront inscrites dans la loin de tous les jours, sans accord préalable d’un juge indépendant.

Inscrire l’urgence dans la non-urgence est dangereux.

 

Macron, réveille-toi.

Je n’aime plus trop caricaturer. C’est fatiguant. Sarko était primaire, on était primaire. Depuis la fin de Sarkofrance en mai 2012, il a même fallu passer par une étape différente, un sas de décompression où nous avons défendu Hollande, de moins en moins pendant 2 ans. Jusqu’à clasher quand Valls fut propulsé à Matignon.

Mais Valls a ramené le PS au niveau de son propre score à la primaire socialiste de 2011. Le PS est en faillite, il a fait appel aux dons ce lundi 12 juin. Valls lui-même n’est plus grand chose maintenant, ça reviendra peut être. Ou pas. Il y a fort à parier que Macron fera tout pour s’assurer que Valls reste bas, très bas, et partout. Pourtant Valls fut l’un des rares de l’ancienne équipe Hollande à s’en sortir pas trop mal à l’issue de ce premier tour législatif.

Macron a réussi tel Louis-Napoléon Bonaparte. Un référendum sur son nom, la majorité du pays à l’époque ne pouvait voter. Aujourd’hui, elle s’abstient par découragement ou indifférence.

J’ai entendu des critiques de la part de soutiens de Macron. En gros, elles se résument en une phrase: vous les Insoumis qui êtes si forts, vous n’avez qu’à vous en prendre qu’à vous même si les gens sont abstenus.

Cet argument est, comment dire… restons poli… Cet argument est débile. Au sens littéral du terme: débile, c’est-à-dire faible.

Les candidats macronistes ont fait la preuve mathématique de leur incapacité à convaincre le pays. 24 millions de personnes en âge de voter se sont abstenues. Que celles et ceux qui pensent que c’est la faute,à Mélenchon se taisent, par décence. Chaque élection présidentielle, depuis l’inversion du calendrier voulue par Jospin, amplifie le succès du vainqueur puisqu’elle décourage les supporteurs des vaincus.

Qui a rappelé que les candidats de la République En Marche ont rassemblé moins d’électrices et d’électeurs que Macron au premier tour de l’élection présidentielle ? Moins de 7 millions de voix, au total, la désertion est collective, générale, totale. Les perdants du 1er tour présidentiel ont davantage morflé que le gagnant Macron.

Par indifférence, une majorité du pays s’est livrée dans des conditions rocambolesques à un homme sans parti ni programme autre que la continuation de celui de son prédécesseur, mélangé avec celui du prédécesseur d’avant, et sans contre-pouvoir.

In fine, la France a donné une vraie leçon au monde démocratique: celle d’une démission collective.

Qui n’est pas dévasté ?

La fin de la démocratie ?

 

A J+1 d’un premier tour d’élection législative, 4 constats.

 

#1. L’abstention grimpe, et surtout dans les quartiers populaires et chez les plus jeunes. Au total, plus de 50% de nos électeurs ne se sont pas déplacés. Le résultat de ce premier tour est donc illégitime pour toutes celles et tous ceux qui pensent que la légitimité n’est pas qu’une affaire de loi, de constitution mais aussi de soutien populaire. Si cette abstention se confirme au second tour, cette Assemblée nationale sera la PLUS MAL ÉLUE DE LA VEME RÉPUBLIQUE depuis 1969C’est un hold-up. Environ les trois-quarts de nos adultes ne se reconnaissent pas dans le programme Macron. La suite se règlera donc dans la rue.

C’est terrifiant.

 

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« Il n’y a pas de majorité dans ce pays pour détruire le code du travail, réduire les libertés publiques, ni non plus pour l’irresponsabilité écologique, ni pour cajoler les riches, toutes choses qui figurent au programme du Président. » explique Mélenchon. Il a raison, c’est factuel.

#2. Oui, la France insoumise n’a pas suffisamment convaincu. Ses candidats rassemblent encore 11% des suffrages. Ils n’auront pas 11% des députés.

Il faudrait un miracle.

Nous voterons pour que ce miracle ait lieu, ou bien nous nous abstiendrons.

#3. Le parti socialiste n’a pas encore disparu, mais nous y sommes presque. Sa déroute est d’abord une question financière. Il va lui manquer beaucoup pour maintenir le parti à flots. Le PS, surtout, n’est plus en situation de réclamer un soutien. Il n’y a aucune réjouissance dans ce constat.

Mais il est temps de tourner cette page-là, qui, après le quinquennat Hollande, nous a amené là où nous sommes: un ancien fidèle de Hollande va conduire l’exacte politique que Sarkozy espérait.

#4. Le renouveau porté par la « République En Marche » vise à conduire une politique que nos grands-parents ont réussi à contre-carrer en 1936. Le Front populaire a voté la suprématie des conventions collectives, rien que cela .

Le projet de réforme du code du travail vise à affaiblir exactement cela.

La République des patrons est en marche.

 

Qui sera notre Rachel Maddow?

La présidence Trump  est un spectacle qui mérite des medias bien accrochés. Même FoxNews, qui se débarrasse peu à peu de ses chroniqueurs blancs, âgés, mysogines et racistes, est en passe de devenir une chaine d’opposition tant cette présidence vire au grotesque dangereux.

Mais la surprise du moment est la Rachel Maddox. Cette étoile montante, gay, souriante et déterminée, est en passe de devenir un phénomène. Il faut voir son show sur MSNBC (via le câble en France, internet sinon). Elle déroule face caméra des faits, des questions, des réponses et des non réponses. Elle s’acharne sur ses invités quand ils ne répondent pas, mais elle les laisse parler et dérouler leur raisonnement jusqu’au bout. Elle préfère exhiber des articles de presse d’investigations de consoeurs et confrères plutôt que des micro-trottoirs ou des billets d’éditocrates.

En France, ce simple format serait écarté par nos experts en Television car trop fade, pas assez spectaculaire, pas assez « Breaking News ».

Le show quotidien de Rachel Maddow  dépasse désormais ses rivaux de Foxnews. Le sourire désarmant de Maddow, son propos assuré, la précision et la pertinence de ses interrogations suffisent à expliquer un succès grandissant et réjouissant.

 

 

 

En France, j’ai peine à trouver le/la journaliste de presse télévisée équivalent.