Archives pour la catégorie Chroniques politiques

Insoumis, fatigué ?

La semaine dernière, on répétait à l’envie que même le brillant Ruffin commencerait à douter des capacités de la France insoumise à parvenir au pouvoir. Le problème n’est pas là.

Mélenchon reconnait la déception, dimanche dernier, par les résultats de premier tour de deux élections législatives partielles: l’abstention s’est encore creusée. Les Français deviennent -ils indifférents ? a-politiques ?

La faiblesse des mobilisations frappe tous les camps: observez la participation ridicule à l’élection de Wauquiez à la tête de LR, ou la fonte des effectifs de LREM. Le Parti socialiste ne survit que grâce à son implantation locale.

La France est-elle devenue a-politique ?

Plutôt que de gloser sur les tactiques, chacun devrait s’intéresser au fond des actions et des discours, à expliquer ce que nous vivons et voyons. Il faut pour cela inverser sans doute la hiérarchie des informations, comme cela a déjà été évoqué de nombreuses fois dans ces colonnes; prendre le temps d’écouter et de lire; s‘éviter de plonger dans le buzz (difficile), la polémique futile (difficile également), ou les commentaires de la dernière petite phrase d’un ponte de la Macronista. Plutôt que de fustiger l’opposition, les supporteurs macronistes devraient nous aider à comprendre pourquoi l’action de leur mentor est si réussie et si louable. Cet exercice, sans doute passionnant, manque de promoteurs qui ne soient pas dans la répétition d’éléments de langage ou de langue de bois.

S’intéresser à la politique de notre pays, à un moment où il n’y a plus d’enjeu électoral et le marketing macroniste nous endort, mérite un effort, presque un acharnement. Pourtant, la France politique est loin d’avoir atteint un quelconque « point d’équilibre » comme cela a pu le cas, provisoirement, dans son histoire: les inégalités s’aggravent, l’enrichissement de quelques-uns progresse. Et les réponses ou la considération de nos dirigeants aux nouveaux défis – nouvelles formes de précarisation nées de la révolution numérique, catastrophes écologiques, instabilité financière – sont si faibles voire inexistantes que l’on peut penser que la relative indifférence générale n’est que le signe d’un choc à venir, plus grave, plus fort.

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Ebdo et LeMedia, ou votre liberté de la presse

Deux médias naissent ce mois-ci. Un hebdomadaire dénommé l’Ebdo, et un média audiovisuel annoncé il y a 3 mois qui ouvre enfin son antenne sur internet après un premier appel de fond réussi de 1,5 million d’euros.

Celles et ceux qui prennent le train ont pu être surpris de le voir en tête de gondole près des caisses avec sa couverture sur la SNCF et ses accidents. Ebdo présente bien, sans pub, pédagogique, accessible, avec des sujets de fonds. Le simple mépris – presque de classe – exprimé par les confrères et consoeurs de ce jeune journal mérite qu’on s’intéresse à son cas.

La presse traditionnelle se porte mal, attaquée depuis des lustres par d’autres sources d’information plus simples, plus actifs, plus diverses. MARIANNE, hebdo chez qui votre serviteur a blogué 4 années durant, a vu ses ventes chuter de plus de 200 000 en 2013 à moins de 150 000 l’an dernier. L’OBS s’est effondré de 520 000 ex par semaine à 350 000 sur la même période. L’Express a suivi la même dégringolade (504 000 en 2013, 371 000 en2016/17, moins de 300 000 au dernier comptage). Le Point ne se défend pas mieux – 417 000 en 2013,  341 000 en 2016/17.  Valeurs Actuelles, l’incarnation médiatique de cette droite furibarde, a bien progressé, mais reste modeste – moins de 100 000 il y a 4 ans, 124 000 l’an dernier. Et que dire de Politis ou l’Humanité Dimanche ?

L’Ebdo a des ambitions modestes: 70 000 exemplaires.

J’ai pu lire cette intrigante brève sur une autre avocate dénommée Collard, soeur de Gilbert le député frontiste.

 

Ce lundi, un autre média, audiovisuel celui-là, se fait jour. Le Média TV a été caricaturé comme le canal officiel de la France insoumise. Certains de ses contributeurs, venus du Figaro et d’ailleurs, apprécieront. La critique, d’ailleurs, provient plutôt d’éditorialistes si prompts à placer leur macronisme béat ou leur libéralisme naïf en tête de gondole de leurs analyses.

Aphatie

Le Media cherche à combler un vide que nous connaissons bien, que nous comblons tant bien que mal à travers d’autres videos et émissions que les biais audiovisuels des principaux médias – des « vlogs » de député(e)s, des billets pédagogiques mais ponctuels, des retransmissions de discours dont les médias audiovisuels principaux.

Depuis lundi, j’ai pris l’habitude de regarder ce JT d’un autre genre, parfois brouillon, toujours pro, et éclairant sur le fond. Et qui s’améliore chaque jour. Des têtes nouvelles, des sujets ou des angles que l’on traite peu ailleurs.

Bref, bienvenue à l’Ebdo et au Media, et que chacun se fasse son opinion.

 

Un peu d’humour dans ce monde de brutes.

Ce dernier « best of » (pardon pour l’anglicisme) de l’humour qui sévit de façon quotidienne sur France inter est incomplet mais réjouissant.  C’est un résumé de l’information qu’il faut préférer en cette rentrée, loin des clichés officiels, des mises en scène marketing, et du matraquage des services d’informations en continu.

 

 

L’actualité  est pénible non parce qu’elle est triste mais parce qu’elle traitée souvent de façon de uniforme et moutonnière.. J’ai pris la résolution de rentrée de m’épargner chaînes et radios d’informations, interviews politiques et joutes de polémistes pour préférer chercher l’information, dans son détail, là où je souhaite, quand je le souhaite, sur les sujets que je souhaite. Cela tiendra le temps qu’il faut, mais cette une façon de sortir de l’agenda médiatique.

Rédiger une chronique hebdomadaire sur le blog historique n’est pas gêné par ce dégagisme individuel. Cela ne requiert pas davantage que de servir son indignation en filtrant le bruit médiatique. Mais revenons à nos humoristes. En se moquant de l’actualité, ils font certes caisse de résonance à ce traitement de l’actualité qui nous fatigue. Ils pourraient inciter à aller chercher l’information brute qui leur a servi d’inspiration. Mais ils donnent surtout la distance nécessaire.

Lors de l’université d’été des insoumis, un atelier a fait jaser moins à cause de ce qu’il s’y est dit qu’à cause de son intitulé: « faut-il dégager les médias? »

Contre la pensée magique et honteuse de Jupiter

L’expression m’a été soufflée par une aimable consœur de la Twittosphère, la « pensée magique » de Jupiter. Effectivement, il y a une pensée magique à l’oeuvre chez Macron. une pensée si magique qu’elle fait fi de la réalité la plus évidente.

  1. La loi travail serait un compromis équilibré entre les intérêts des salariés et les intérêts des employeurs. Un compromis où les salariés trouveraient autant de motifs à satisfaction que les employeurs.
  2. Les 3 mois de concertation avec les partenaires sociaux sur la loi Travail seraient équivalents à une négociation avec les partenaires sociaux. La loi Travail serait donc le résultat d’une négociation.
  3. Les moindres détails de cette loi Travail auraient été annoncés par le candidat Macron pendant la campagne présidentielle si bien que les électeurs ont bel et bien été prévenus: Jupiter appliquerait le programme connu du candidat Macron
  4. La loi travail serait soutenue par une majorité de syndicats puisque FO et CFDT refusent de manifester le 12 septembre aux côtés de la CGT.

 

Dans la pensée magique d’Emmanuel Macron et de certains de ses soutiens, ces quatre affirmations sont des vérités. Dans le monde réel, elles sont toutes, intégralement et sans conteste, des mensonge.

On cherche toujours cette longue liste, aussi longue au moins que celle dévolue au patronat, des avantages que les salariés gagnent avec cette loi funeste. J’en ai trouvé un, la revalorisation de 25% des indemnités de licenciement. Mais pour le reste, en comparaison de chaque avancée concrète et explicite accordée aux employeurs, nous n’entendons que deux réponses: la première, le « ruissellement ». Si les entreprises gagnent des avantages identifiés, les salariés eux doivent patiemment attendre que les effets indirects de cette loi sur l’emploi leur bénéficient. La seconde réponse est que les entreprises ne sont pas ce lieu de confrontation.

Uberlol.

Second point, la concertation n’est pas une négociation. Les mots ont un sens, malgré la novlangue. Le premier désaccord significatif de l’auteur de ces lignes avec Hollande fut l’ANI, qui était pourtant un véritable accord négocié entre partenaires sociaux puis qui rapidement adoubé en loi par le gouvernement Ayrault début 2013. Je me souviens de ce billet comme si c’était hier, et surtout du temps qu’il m’a fallu pour l’écrire, malgré sa trivialité. C’était l’effort et la tristesse conjugués pour constater que ce quinquennat avait donc dérivé. Avec Macron, nul atermoiement, Jupiter n’a pas même daigné laisser les partenaires sociaux négocier quoique ce soit, ni entre eux, ni avec lui. L’imposture démocratique – qu’il s’agisse de démocratie sociale ou politique – est totale. Le coup d’Etat est avéré.

Troisième point, cette loi Travail a été cachée, masquée dans ses moindres détails par le candidat Macron. Les précautions que lui et ses sbires ont prises pour cacher aux Français ce qu’il voulait vraiment faire ont été hallucinantes, jusqu’à porter plainte en justice aux premières fuites, en passant par l’annonce tardive d’une programme flou (à part le recours aux ordonnances, et encore) début mars.

Quatrième point, il n’y a que des paresseux, des éditocrates incompétents qui ne connaissent rien de la vie en entreprise pour se réfugier derrière le sur-commentaire de qui participe et qui ne participe pas aux manifestations. Il y a aussi quelques insoumis à s’énerver sur le sujet alors que ce n’est pas l’important. L’essentiel est de savoir ce que chaque syndicat a à redire contre cette loi Travail. Et quand vous additionnez les propos de FO, de la CFDT, de la CGC, de la CGT et de quelques autres, vous obtenez une vision bien claire du désastre annoncé.

 

L’article publi-rédactionnel de 6media pour Macron dans le Point

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Une agence de pub a rédigé un article titré « Macron, l’homme le plus puissant du monde » que le Point a publié tel quel dans sa rubrique politique.

Mais avant, petit détour par les États-Unis où l’un des plus prestigieux quotidiens américains détruit ce qu’il reste de l’image de Jupiter outre-Atlantique.

Le fameux quotidien Washington Post s’est interrogé sur les raisons de l’effondrement d’Emmanuel Macron si rapidement dans les côtes sondagières… Pire que Hollande.

#1. Le système politique français, quasi-autocratique puisque le Président a presque tous les pouvoirs, y compris celui de dissoudre le législatif, fait qu’il endosse tous les torts aux yeux de l’opinion. C’est insuffisant, mais c’est bien mérité.

« (…) The decline can be explained in part by France’s system of government, in which the president enjoys far broader powers than many of his Western peers — including the power to dissolve Parliament. As a result, he receives all the credit or all the blame whenever either is due.« 

#2. Le clan Macron ne s’est pas habitué à la procédure parlementaire, et son groupe de députés n’est pas aussi soudé qu’il n’y paraît.

#3. La personnalité de Jupiter: Le quotidien explique que « c’est la personnalité de Macron qui a contribué à lui aliéner les citoyens ordinaires ». Et le Washington Post de retracer les 3 mois de caprices princiers – refus de parler à la presse, interventions grandiloquentes sous les fastes de Versailles – et de surnommer à son tour Macron de “Jupiter of the Elysee, »

« For many, though, it’s Macron’s personality that has done the most to alienate ordinary citizens. »

Cet article du Washington Post est important car il est factuel et désastreux pour l’image outre-Atlantique de Jupiter. Le même Jupiter avait fait communiquer par son agence de com’ 6medias le résultat d’un sondage improbable qui le plaçait comme « la personnalité le plus puissant du monde ».

Macron a dépassé Sarko, si vite, que cela en est surprenant. Ce narcissisme prend même des voies publicitaires que Sarko n’avait pas osé. L’article du Point n’est pas signé de la rédaction. Comme tout bon article de « brand content », c’est une agence, 6media, qui l’endosse pour le compte de l’Elysée.

Sur son site, l’agence 6media,  qui endosse cet article du Point, explique ce qu’est le « Brand content« , c’est-à-dire les articles sponsorisés.

Production sur mesure de contenus de marque dédiés à un annonceur.

Sur la base du cahier des charges de l’annonceur :

  • sélection des sujets pertinents,
  • rédaction sur mesure d’articles,
  • choix des visuels sur le thème de l’article dans bases photos existantes
  • intégration des contenus
  • mises en avant de l’opération spéciale sur le site du client.

L’agence respect tout à fait ces principes. Le début de l’article publié sans mention de ce sponsoring politique publicitaire dans les colonnes du magazine est édifiant:

« Plus fort que Serena Williams et Mark Zuckerberg. À 39 ans, Emmanuel Macron arrive en tête vendredi du classement des personnalités de moins de 40 ans les plus puissantes du monde, classement réalisé chaque année par le magazine économique Fortune. En 2016, il y figurait en quatrième position, mais aujourd’hui le chef de l’État devient le premier Européen à décrocher la première place de ce palmarès, depuis la création de celui-ci en 2012. »

 

 

PS: Merci à l’immense Mr Poireau pour m’avoir mis la puce à l’oreille.

 

Macron, piètre manager

Alors qu’il chute dans les sondages comme jamais, certains au Figaro s’interrogent sur son style présidentiel. C’est sans doute plus commode pour éviter de questionner la politique annoncée et menée depuis le scrutin du 7 mai.

« C’est la première fois en politique qu’un chef de l’État dirige ses équipes en introduisant des méthodes de management venant du monde de l’entreprise » explique ainsi une experte dans les colonnes du Figaro. Et à quoi voit-on cela ? A travers une foule de détails, apprend-on (il est très directif, il interpelle ses ministres même en pleine nuit, etc) qui s’apparente à du micro-management mal placé plutôt qu’à du management. Quelques signes supplémentaires de cette incapacité à diriger sereinement sans doute, que nous constatons depuis un trimestre.

Le vrai sujet de Jupiter est ailleurs: son autocratisme personnel lui joue des tours. Ajoutez à cela que son socle électorale est hyper-réduit, que son programme est impopulaire et qu’il n’a fait aucun geste, bien au contraire, vers ses oppositions, et vous avez un résultat attendu: la dégringolade.

Mélenchon est persuadé d’une nouvelle crise, très proche, plus proche que le vent de dégagisme qui a frappé les scrutins présidentiel et législatifs de 2017. Je ne suis pas aussi sûr. S’il a raison d’expliquer que « l’un après l’autre, tous les compartiments de la société ont été mis ou remis en tension » (qui ne se sent pas agressé ou blessé par les premiers 100 jours de Macron: chômeurs, retraités, humanistes, socialistes, écologistes, professeurs, militaires, fonctionnaires en général, etc), je ne suis pas sûr que cela suffise à déclencher une crise. La France a horreur des révolutions même si elle déteste toujours ses monarques.De surcroît, chaque appel à une assemblée constituante pour tirer le trait de cette Vème République délégitimée est caricaturée en chavézisme sanglant même par les prétendus centristes de ce pays.

Nous avons besoin de passer sereinement à autre chose, un autre régime, une autre façon de concevoir les lois, une autre façon de représenter le peuple. L’immense abstention que quelques bétas ont pris pour une adhésion passive au macronisme devrait suffire à en comprendre l’urgence.

Bref, le chemin sera long .