Archives pour la catégorie Chroniques précaires

Le climat insurrectionnel, les Gilets Jaunes et le stress jupitérien.

Les images des scènes de violence à Paris, de l’Arc de Triomphe aux quartiers chics et aux vitrines de Noël des grands magasins, ont effrayé, surpris, choqué, indigné. A juste titre car ce déchainement a encore fait des blessés, parfois graves.

 

J’ai regardé le traitement de cette actualité le lendemain soir, avec 24 heures de recul, sur le journal télévisé le plus regardé de France, sur TF1. Les reportages étaient assez équilibrés – notamment ce dernier qui retraçait les évènements du samedi: la présence de casseurs dès 9h, le gazage de tous les manifestants dès leur arrivée et sans distinction; le défoulement dans les rues de Paris; des gilets jaunes qui aident et protègent les CRS, d’autres qui les assaillent; des hommes sans gilets qui incendient une voiture sde police dans une rue chic; de la brutalité masculine testostéronée.

Il y avait d’autres endroits où les manifestations étaient bon-enfants, calmes et familiales.

 

Dimanche, Ruffin est allé parler devant l’Élysée, drapeau en bandoulière. La démarche est symbolique, il est venu relayer ce qu’il a entendu dans son département: rends l’ISF d’abord, camarade président. Et surtout, démissionne.

Le slogan n’est pas nouveau, mais il est rare, très rare. D’autres jacqueries, révoltes et grèves ont usé du même slogan en leur temps. Mais le climat est aujourd’hui particulier. Il n’y a que quelques idiots utiles de la Macronista pour ne pas le voir.

Ne pas se demander pour quoi une telle convergence existe, mais contre quoi. La réponse semble évidente : Emmanuel Macron « et son monde », ses réformes, la philosophie économique et politique qui les sous-tend.

Source: le Monde

 

A défaut de démission présidentielle, celle de Christophe Castaner parait évidente et nécessaire. Le ministre de l’intérieur pourrait avoir un peu de respect pour sa fonction.

 

Ce climat quasi-insurrectionnel déstabilise Macron. Jupiter se raccroche aux corps intermédiaires comme un naufragé à sa bouée. Le voici qui réclame à son premier ministre de recevoir à nouveau des gilets jaunes (n’importe lesquels pourvu qu’ils portent un gilet jaune !), et les représentants de partis politiques. Le second sur la liste à être reçu ce lundi matin est … Florian Philippot, président du groupuscule des « Patriotes« . On attend Nicolas Dupont-Aignan, et, pourquoi pas Jacques Bompard de la Ligue du Sud…

On sent la panique.

Macron cherche le pourrissement. Mais nombre de Gilets Jaunes ont déjà une vie pourrie.

Pour finir, regarder cette séquence, gênante.

 

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Oui, la manif des #Gilets Jaunes a été confuse

Qui en doutait ?

Samedi 17 novembre, les Gilets Jaunes ont montré qu’ils étaient divers, c’est peu de le dire. Il n’y a sans doute que les quelques militants macronistes pour n’y voir qu’un mouvement uni.

Certains Gilets Jaunes étaient violents, d’autres pacifiques. Ils n’étaient « ni de gauche, ni de droite ». Ils avaient des slogans contradictoires. Certains étaient détestables, d’autres étaient généreux. Nombreux n’étaient pas politisés et n’avaient jamais manifesté avant. D’autres étaient des militants chevronnés. Il y avait des homophobes et des défenseurs des  libertés individuelles, des racistes et des anti-racistes. Il y avait des syndicalistes, des petits patrons, des salariés non syndiqués, des hommes, des femmes, des enfants, des mots d’ordre en tous genres, mais une dominante, le ras-le-bol contre la politique du gouvernement.

Il y a eu plus de 500 blessés, une femme « Gilet Jaune » tuée par une automobiliste effrayée dès samedi matin, une quarantaine de blessés dont une poignée gravement.

Ça s’appelle un mouvement spontané. C’est exactement comme cela un mouvement spontané et populaire; cela ne se déroule pas toujours bien. Ce n’est pas toujours propre. Ça peut même déraper en pire; ça peut dégénérer. Mais la façon dont ce mouvement se déroule, en mal ou bien, ne change rien au fond du sujet: le ras-le-bol.

Samedi, et surtout dimanche puis lundi, il est deux choses au moins qui ne furent pas confuse, la trouille du pouvoir et des ses suppot(eur)s avant la manifestation; la morgue des mêmes à l’encontre des Gilets Jaunes après le mouvement.

 

 

Il fallait suivre les comptes officiels de la macronista qui recensaient avec application les dérapages des Gilets Jaunes, et uniquement ceux-là, pour les accompagner parfois d’insultes. Pas un mot sur le fond des souffrances

Il fallait voir cette mobilisation soudaine de ces éditocrates qui s’étaient tus avant la manif, effrayés par ces sondages qui donnaient 75% de soutiens au mouvement. Les voilà ragaillardis dans leur mépris de classe maintenant que le Grand Raz-de-Marée n’a pas eu lieu dans la rue.

Ils sont lâches et ils se lâchent.

 

Ce que ces croisades contre Rokhaya Diallo disent de nous/vous

Photo le 21-04-2018 à 19.04 #2

C’est sans doute une erreur, mais je ne m’explique pas la rage. Cette rage, ce flot d’insultes, continu, quasi-quotidien contre Rokhaya Diallo est stupéfiant car il n’émane pas seulement des nazis, de l’extrême droite, des furibard(e)s fascisants, des racistes bas du Front (national), mais aussi d’autoproclamés intellectuel(le)s, laïcs, républicain(e)s.

Républicain(e)s, vraiment ?

Le désaccord de fond me semble connu, il est respectable, mais il ne devrait pas susciter ces inflammations. On devrait pouvoir débattre des discriminations.

Mais certain(e)s pensent que poser un regard qui prend en compte les différences de couleur de peau, de cultures, d’origine sur notre société et qui veut déconstruire cette vision idéale de la République qui dépasse les couleurs de peau et son propre racisme à certains moments de son histoire, serait une démarche forcément raciste. Ce n’est pas mon opinion.

Rokhaya Diallo, qui porte cette double argumentation, et parce qu’elle porte cette double argumentation, est traitée d’à peu près tous les noms à chaque prise de parole publique: « cinglée », « débile », « raciste », « haineuse », « folle », etc. Les insultes fusent et ferment le débat. Elle a beau expliqué que les races biologiques n’existent pas, que les races sont un concept sociologique, culturel, politique, par ailleurs principalement développé par les colons européens si l’on mesure l’ampleur du colonialisme d’origine européenne (spéciale dédicace pour les (vrais) racistes), cela ne suffit pas.

Rokhaya Diallo fait un constat que je partage: un mâle blanc hétérosexuel a peu de risque de se sentir ostracisé, méprisé, moqué, dominé dans notre société à cause de ces trois caractéristiques précises – mâle, blanc, hétéro. J’ai du mal à comprendre que l’on conteste cela. Nous devons déconstruire cette idéologie, car c’en est une. Nous devrions la déconstruire tranquillement, mais c’est un autre débat sur lequel nous reviendrons.

Rokhaya Diallo s’attire d’autres haines, parfois des mêmes personnes, parce que son antiracisme la conduit à défendre le voile au nom du féminisme. Je suis en désaccord avec elle sur ce point. Le voile est une bêtise, une arriération; qu’une femme le considère comme une protection est une défaite. Mais j’entends aussi son argument, sans avoir besoin de brailler qu’elle est complice de Daesch ou de je ne sais quoi. J’entends cet argument, par ailleurs défendu par d’autres qu’on qualifiera encore plus difficilement d’agent de Daesch: « La régression ne réside pas dans le fait de porter le voile, mais dans celui d’imposer aux femmes une norme vestimentaire. » Entendre l’argument signifie simplement que je n’éprouve pas le besoin de hurler, brailler, crier, mais simplement que j’ai envie de comprendre pourquoi certaines femmes pourraient penser que le voile est une défense, et qu’est-ce qu’on pourrait faire pour qu’elles cessent de le penser.

Bref.

Le weekend dernier, je suis tombé sur une énième polémique. J’ai compris que Rokhaya Diallo faisait l’objet d’une croisade.

Une croisade assurément contre-productive.

Elle a tout mon soutien, même quand je ne suis pas d’accord avec elle. A l’inverse, certain(e)s de ses accusateurs/trices ont désormais tout mon mépris, même si parfois je suis d’accord avec eux/elles.

 

 

Le politiquement correct de l’extrême droite

L’extrême droite pollue les ondes de cette rentrée audiovisuelle, mais il faut bien évidemment la laisser faire, déverser sa rage, vomir sa haine. Cela s’appelle la démocratie, et ces thuriféraires seraient trop heureux de brailler à la censure.

Sur les plateaux télévisés, voici Charlotte d’Ornellas, de Valeurs Actuelles et Boulevard Voltaire. Elle s’est récemment distingué avec une saillie sur le racisme anti-blanc (nous aurons l’occasion d’y revenir).

Plus récemment encore, elle s’est rapidement démarquée du lot des braillards en prenant une dizaine de minutes d’antenne sur CNEWS dans l’émission de Pascal Praud pour déblatérer contre un propos de Manuel Valls que l’intéressé n’a jamais proféré.

La dame avait confondu une imitation de Nicolas Canteloup …

Sans rire.

 

Aux Etats-Unis, Charlotte d’Ornellas aurait été bannie des plateaux. Et Pascal Praud aurait sans doute perdu son job de brailleur professionnel pour CNEWS.

 

Forcément, une bourde pareille attire l’intérêt. Et voici Daniel Morin qui se lâche avec talent et provocation.

 

Le plus drôle vient après. Sur les réseaux sociaux, Fdesouche s’indigne du propos, aussitôt suivi par une horde de quelques-un(e)s des milliers de Twittos qui le suivent sur cet réseau.

Que des fachos en appellent au politiquement correct était ce soir là… cocasse et gentiment délicieux.

 

Besancenot, Melenchon et le vrai-faux malentendu

Olivier Besancenot n’apprécie pas.

Il est agacé;.

Il a l’indignation sincère.

« Ce ne sont pas les immigrés qui font pression sur les salaires, mais le taux de profit que les capitalistes extirpent du travail des salariés, français ou immigrés, en France comme dans le monde entier. Salutations internationalistes »

Besancenot réagissait à ce propos de Mélenchon, qui lui-même réagissait aux prises de position de Sahra Wagenknecht.

Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux !

Besancenot a tort.

Ou il fait mine d’avoir tort.

Il ne s’agit pas de dire que « les immigrés volent le travail des Français« . On laisse cela à Le Pen. Car Mélenchon a commencé par une autre déclaration, dans le même discours, au même moment, quasiment dans la même phrase, que Besancenot ne répète pas:

Je veux parler d’un sujet qui serait, dit-on, difficile pour nous : les vagues migratoires. Nous refusons que la politique nationale soit entièrement happée par une peur qu’on chercherait à répandre : non, il n’y a pas d’«invasion».

Le capitalisme a ce talent de savoir discriminer entre les pauvres et les plus pauvres. Opposer les ”locaux” et immigrés.

Ne pas le comprendre est surprenant.

Salutations.

 

Le Media à la rentrée, enfin.

Il s’est lancé comme il a pu.

Qui pense qu’il est simple de lancer un média ?

Il a affiché ses options politiques, contrairement aux autres qui les cachent mais nous les assènent. Ce fut sans doute son premier tort et sa plus grande qualité.

Il a aussi expliqué qu’il se voulait indépendant des forces de l’argent, qu’il serait différents du Parti médiatique. il s’est logiquement aliéné les grandes gueules de l’éditocratie dominante. Les braillards du parti médiatique n’aiment pas qu’on les défie et, surtout, ils peuvent brailler en toute tranquillité.Ils font cela à longueur d’année.

Brailler est même une preuve de vassalité bienvenue.

Bien sûr, il a fait des bêtises, commis des conneries, souvent réjouissantes. Il a été un bol d’air frais dans cette Macronista rance et dense où le temps de la lecture et de l’écoute a été autre chose que ce que nous sert à longueur de journée.

Comme chez d’autres, le Média a été transpercé par un conflit interne au début de l’été. L’ancienne patronne Sonia Chikrou, qui se défend de toute malversation, est accusée d’avoir facturé trop via sa propre société. Mediapart a sorti l’info la semaine dernière.

Dans quelques semaines, la rentrée. La nouvelle direction du MediaTV a déjà expliqué que le journal va changer aussi dans son fonctionnement interne: pas de contrats précaires, (notamment celui d’auto-entrepreneur, largement utilisé par l’ex-direction.). Pour sa saison 2, le Media a précisé à ses participants qu’ils  se verront proposer un CDI. N’imaginez le même engagement chez bien d’autres organes de presse plus installés. Le Media s’impose quand les autres disposent.

Dans quelques semaines, la rentrée, vivement cette rentrée. Il parait que le Media ne reprendrait peut être pas son JT quotidien, trop coûteux à produire. Il me semble que l’exercice était en effet lourd, trop lourd, pour un environnement qui n’a rien à voir avec celui plus encadré de la télévision. Internet est un espace bien vaste où la simple reproduction  de formats télévisuels classiques n’est pas adéquat: le format peut être court (Brut, par exemple) ou long (les Jours), sérieux (Mediapart) ou drôle (Osons Causer), posé ou polémique, mais pourquoi s’embarrasser de la forme télévisuelle classique ?

Le Media peut contribuer à fournir un autre regard, porté par le format video. Mais il a beaucoup à penser et à panser. Il faut redémarrer, se montrer peut être moins agressif contre le reste du monde sans pour autant abandonner cette rage froide qui nous saisit toutes et tous, injecter de l’humour car il faut bien rire parfois.

Longue vie !