Archives pour la catégorie Chroniques précaires

Le Media à la rentrée, enfin.

Il s’est lancé comme il a pu.

Qui pense qu’il est simple de lancer un média ?

Il a affiché ses options politiques, contrairement aux autres qui les cachent mais nous les assènent. Ce fut sans doute son premier tort et sa plus grande qualité.

Il a aussi expliqué qu’il se voulait indépendant des forces de l’argent, qu’il serait différents du Parti médiatique. il s’est logiquement aliéné les grandes gueules de l’éditocratie dominante. Les braillards du parti médiatique n’aiment pas qu’on les défie et, surtout, ils peuvent brailler en toute tranquillité.Ils font cela à longueur d’année.

Brailler est même une preuve de vassalité bienvenue.

Bien sûr, il a fait des bêtises, commis des conneries, souvent réjouissantes. Il a été un bol d’air frais dans cette Macronista rance et dense où le temps de la lecture et de l’écoute a été autre chose que ce que nous sert à longueur de journée.

Comme chez d’autres, le Média a été transpercé par un conflit interne au début de l’été. L’ancienne patronne Sonia Chikrou, qui se défend de toute malversation, est accusée d’avoir facturé trop via sa propre société. Mediapart a sorti l’info la semaine dernière.

Dans quelques semaines, la rentrée. La nouvelle direction du MediaTV a déjà expliqué que le journal va changer aussi dans son fonctionnement interne: pas de contrats précaires, (notamment celui d’auto-entrepreneur, largement utilisé par l’ex-direction.). Pour sa saison 2, le Media a précisé à ses participants qu’ils  se verront proposer un CDI. N’imaginez le même engagement chez bien d’autres organes de presse plus installés. Le Media s’impose quand les autres disposent.

Dans quelques semaines, la rentrée, vivement cette rentrée. Il parait que le Media ne reprendrait peut être pas son JT quotidien, trop coûteux à produire. Il me semble que l’exercice était en effet lourd, trop lourd, pour un environnement qui n’a rien à voir avec celui plus encadré de la télévision. Internet est un espace bien vaste où la simple reproduction  de formats télévisuels classiques n’est pas adéquat: le format peut être court (Brut, par exemple) ou long (les Jours), sérieux (Mediapart) ou drôle (Osons Causer), posé ou polémique, mais pourquoi s’embarrasser de la forme télévisuelle classique ?

Le Media peut contribuer à fournir un autre regard, porté par le format video. Mais il a beaucoup à penser et à panser. Il faut redémarrer, se montrer peut être moins agressif contre le reste du monde sans pour autant abandonner cette rage froide qui nous saisit toutes et tous, injecter de l’humour car il faut bien rire parfois.

Longue vie !

 

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5 raisons d’aimer, ou pas, les réseaux sociaux.

Pourquoi participe-t-on aux réseaux sociaux ? On a l’éclosion, l’essor puis la (pseudo) chute des blogs politiques, l’irruption de ces « échanges » et publications sur les réseaux sociaux fut fascinante et déstabilisante. En premier lieu, de quels réseaux parle-t-on ?

Quand on parle d’hystérisation du « débat » public, voire de la disparition du débat public, Twitter, davantage que Facebook, est désigné plus généreusement à la vindicte. Twitter ne permettait initialement que 140 caractères pour s’exprimer (maintenant 280), d’où l’impression d’un raccourcissement de l’expression. Twitter est aussi moins exigeant que Facebook sur les identités. Twitter permet les saillies d’humeur, Twitter permet de masquer, bloquer, dénoncer. Twitter est un gigantesque bistrot. Twitter est caricatural. Twitter vous enferme dans vos followers.

Alors reposons la question: mais pourquoi participe-t-on aux réseaux sociaux ?

S’agissant de Twitter, je vois plusieurs plaisirs et davantage d’interrogations. L’une des dernières émissions de La Grande Table, sur France Culture, permet aussi d’y voir plus clair. Olivia Gesbert  recevait Laurence de Cock (« Les éditocrates 2. Le cauchemar continue« ) et Marylin Maeso (« Les conspirateurs du silence« ).

LdC

Voici mes 5 raisons:

    1. Parce que les réseaux sociaux permettent de diffuser ses messages. Ils aident à faire valoir des « contre-voix ». L’historienne, et Twittos, Laurence de Cock appelle cela de « l’éducation populaire ». Ce rôle publicitaire est flagrant. Sur Twitter, avec 5 ou 10 000 followers, le nombre de contacts d’un tweet atteint rapidement les 1000 ou 3000 vues. Dans le monde physique, ce serait impossible. Les réseaux sociaux permettent de contrer les argumentaires officiels, déloger la mauvaise foi, débusquer « live » les éléments de langage.
    2. Parce que les réseaux sociaux sont des sources d’information. Corollaire du point précédent, ils agissent comme des medias sans contrôle, parfois à l’excès. Grâce à eux, nous apprenons autre chose que ce que les médias dominants proposent. En ces temps de concentration capitalistique, c’est heureux.
    3. Parce qu’ils permettent de structurer une expression – réfléchie ou pas, construite ou pas. Parfois concise, comme sur Twitter, et c’est un exercice de style.
    4. Parce que les réseaux sociaux permettent d’être a-social. C’est l’un des côtés obscurs, le plus visible, le plus désagréable, celui qui décourage régulièrement. Twitter permet de cracher son venin. C’est souvent détestable. Je ne connais pas un Twittos de mes connaissances qui n’ait cédé un jour, un instant à ce travers. J’ai fait la même erreur.
    5. Parce que les réseaux sociaux sont … sociaux. C’est bête à dire, c’est trivial, mais c’est leur première réalité: on y rencontre des gens, on y développe des relations. On s’y séduit, on s’y engueule, on y rigole. Ce sont des lieux de vie.

 

L’appel du 18 juin

C’était il y a 78 ans.

 

Mais aujourd’hui, c’est surtout la première épreuve du Bac pour quelque 800 000 élèves, dont la moitié attendent toujours une affectation post-bac qui leur convienne ou une affectation tout court.

Merci patron, merci Macron.

Medine au Bataclan ?

C’est un rappeur talentueux (on parle de l’artiste), qui a décidé de se produire au Bataclan. Le gars a commis un album intitulé JIHAD, il y a longtemps. Puis une chanson titrée « BATACLAN », après les attentats.

Le voici qui va chanter deux soirs en octobre au Bataclan.

 

 

Un arabe, un rappeur, une chanson sur le JIHAD que peu ont écouté, le Bataclan, tous les ingrédients sont là. Forcément, ça fait jaser, brailler, hurler, surtout à droite et à l’extrême droite.

J’ai du écouter JIHAD. Le flow est habile, la musique est douce, le texte est talentueux. Oui, le garçon se moque de ceux qui partent au JIHAD. Oui, il leur dit que ce n’est pas la solution pour exprimer leur révolte (« Ceux qui choisissent la solution militaire, n’ont-ils pas vu qu’elle nous dessert beaucoup plus qu’elle nous sert?« ). Mais j’étais mal à l’aise à l’idée que ce rappeur aille chanter ceci sur les lieux du Bataclan.

N’y avait-il pas d’autres lieux ?

« Grâce » à cette polémique, le rappeur a du s’expliquer, et lâcher ce communiqué simple et efficace:

« Avant tout, afin de lever toutes ambiguïtés, je renouvelle mes condamnations passées à l’égard des abjects attentats du 13 novembre 2015 et de toutes les attaques terroristes, et assure avec la plus grande sincérité l’ensemble des familles des victimes de mon profond soutien, commence-t-il. Voilà 15 ans que je combats toutes formes de radicalisme dans mes albums. Un engagement qui me vaut les foudres de l’extrême-droite et de ses sympathisants, qui n’hésitent pas à détourner le sens de mes chansons ; ceux-là même aujourd’hui qui tentent d’instrumentaliser la douleur des victimes et de leur famille. Désormais notre question est la suivante : ‘Allons-nous laisser l’extrême droite dicter la programmation de nos salles de concerts voire plus généralement limiter notre liberté d’expression ?’ « 

Une fois n’est pas coutume, j’ai bien apprécié cette réaction de Benjamin Griveaux:

« Les salles sont libres de programmer qui elles veulent. (…) « la liberté de l’artiste est totale sauf s’il y a incitation à la haine raciale, s’il y a trouble à l’ordre public et ça c’est au droit de le dire. »

Dingue.

De la lutte des classes par la littérature

Louis

L’ouvrage est court et violent.

Dans une interview à Mediapart, Edouard Louis choisit un curieux extrait pour démarrer son entretien. Jean-Luc Godard, recevant son César d’honneur il y a 31 ans, remercie les « invisibles » du cinéma: « la condition de notre présence ici, c’est qu’il des gens qui travaillent pour nous, beaucoup plus que nous », résume l’écrivain.

Le projet littéraire d’Edouard Louis s’appuie sur une écriture brève mais riche. Son dernier et second ouvrage, « Qui a tué mon père« , est triste, émouvant, éprouvant, intime. Il relate son histoire avec son paternel à coup d’anecdotes fixées sur des années bien précises. Il attaque la réalité politique, c’est-à-dire des lois, des actes, des décisions de ceux qui nous gouvernent. Il désigne les conséquences concrètes, mortifères des décisions politiques: les déremboursements de médicaments pour les troubles digestifs décidés par Xavier Bertrand, ministre de Chirac, alors que son père en est accroc depuis un accident du travail. Puis la création du RSA avec son cortège de contrôles administratifs, décidé par Martin Hirsch, ministre de Sarkozy.  Il évoque la loi de Mme El-Khomri, ministre de Hollande, qui facilite les licenciements et le déplafonnement des heures sup et en premier lieu celle de son père, balayeur handicapé.

« Les dominants peuvent se plaindre d’un gouvernement de gauche, ils peuvent se plaindre d’un gouvernement de droite. Mais un gouvernement ne leur cause jamais des problèmes de digestion. »

Edouard Louis évoque Macron, ces saillies sur le « costard« , les « fainéants« , « ceux qui ne sont rien« , comme son père.

« Le mot fainéant est pour toi une menace, une humiliation. »

« Les pauvres sont trop riches, et les riches pas assez riches. »

 

 

77 % des conducteurs en grève.

« Le sens de la grève à la SNCF dépasse la SNCF. (…) Il y aura moins d’arrogance. chez Macron. »

Dimanche soir sur BFM TV, François Ruffin a bien résumé l’enjeu. Il y a bien sûr le projet de réforme spécifique à la SNCF – « adapter » l’entreprise à l’ouverture à la concurrence. Il y a aussi toutes les autres luttes contre des réformes sans débat (on préfère parler de « concertation« ) ou l’absence de décision, l’immobilisme coupable comme dans les Epahds ou les hôpitaux.

La grève mardi et mercredi s’annonce massive. Les lignes les plus perturbées seront les TGV. La concertation promise par le gouvernement était artificielle. Et l’ex-directrice de la stratégie de la SNCF (2002-2007) devenue ministre des transports ne peut que déclamer son mépris et son incompréhension devant l’ampleur du mouvement de grève pour ces 2 premiers jours.

C’était drôle et cocasse.

Ce début de grève est un succès.

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