Archives pour la catégorie Chroniques précaires

Nous sommes des islamo-gauchistes antisémites, vraiment ?

Sont-ils/elles tous devenu(e)s fous ?

Voici un « philosophe« , familier des plateaux télévisés, que l’on a parfois salué dans ces colonnes, il y a une décennie, qui éructe son mépris et sa rage contre les Gilets Jaunes, les insoumis et maintenant François Ruffin qu’il compare à Brasillach, Doriot et Déat sur les réseaux sociaux.

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Puis son adjoint de combat, son camarade de lutte, l’autre « philosophe« , également habitué des ondes radiotélévisées, vient à son secours en expliquant que la comparaison ne vaut peut être pas car 2019 n’est pas 1939 mais que Ruffin agit bien comme un nervi d’extrême droite des années 30. Notez la précision car Enthoven est précis: il ne dénonce pas l’amalgame ignoble qui compare Ruffin aux collabos français qui ont envoyé des familles juives à la mort dans les camps de concentration.

 

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Voici l’amalgame inouï, risible, indécent que ces deux-là font en fin de semaine.

Quel pétainisme de la pensée…

Puis il y a cette polémique stupide sur un hijab de running chez Decathlon. Imaginez des femmes se déguiser ainsi pour faire du sport me révulse. Imaginer qu’on les interdise dec choisir leurs vêtements, furent-ils ridicules, me révulse tout autant. Cette polémique fut ridicule, et elle se prolongea. Quiconque se retrouve à dire qu’il fallait laisser Décathlon tranquille se retrouvait accusé d’islamogauchisme virulent. L’un des rares députés macronistes à expliquer que cette affaire le mettait mal à l’aise, a aussi dit qu’il ne se sentait pas, en tant de député, de devoir juger les pratiques vestimentaires religieuses légalement autorisées en France tel le hijab ou le « serre-tête catholique« .

« Vous me posez la question pour une jeune fille de douze ans qui porterait le voile et serait élevée dans une famille musulmane. Est-ce que vous me poseriez la question sur une famille catholique, une jeune fille à qui on mettrait un serre-tête ? Bien sûr que non » Aurélien Taché, 1er mars 2019 sur France 5

La comparaison avec le serre-tête est maladroite ou stupide. On peut, on doit s’indigner que des enfants soient forcées de s’accoutrer d’un hijab ou de je-ne-sais quel costume religieux imposé. Ce député s’est laissé piéger comme un bleu en glissant du hijab dans un supermarché sportif vers la contrainte sur des mineurs. Mais cette polémique à deux balles est un autre moment de délire qui frappe notre débat.

Et puis finalement, lors d’une manifestation, un député d »opposition est frappé par la police. Et quelle est la réaction de cette députée qui présida de façon pittoyable la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’affaire Benalla ? Et bien elle déclara que c’était bien fait pour lui.

Voilà où nous en sommes, pauvres mortels.

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Les éditocrates ne sont plus journalistes

La plupart des blogueurs politiques, pour ce qu’il en reste, et tous les twittos et autres Facebookistes qui donnent leur avis politiques ne sont rien d’autres que des commentateurs politiques, des éditorialistes amateurs qui se distinguent des éditorialistes professionnels par (1) leur anonymat (parfois), (2) leur bénévolat (pas de salaire pour donner son opinion sur la vie du monde), et (3) l’absence de carte de presse (et de l’avantage fiscal qui va avec) qui va avec.

Depuis l’irruption du web, la parole de chacun se publie facilement: dans des blogs, des forums, les zones de commentaires des journaux, Twitter, Facebook, etc. Chacun.e. intéressé.e à la chose politique peut livrer et publier sans le filtre d’un média officiel ni une carte de presse son opinion sur la vie politique et l’avenir en commun.

Et du coup, que reste-t-il à ces éditocrates qui occupent nos ondes, qui peu à peu se sont approprier le commentaire politique officiel ?

Pourquoi seraient-ils plus journalistes que l’éditocrate amateur ? Pourquoi méritent-ils aujourd’hui une carte de presse ? Le monde a changé. Nous sommes tous éditocrates, nul besoin d’en statufier certains plus que d’autres.

`Le plus triste est l’impact néfaste qu’ils ont sur la profession médiatique toute entière.

Ami(e) journaliste, dégagez-les.

Laissez-les commenter, mais retirez leur leur carte de presse.

 

Merci Charlie

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Rien oublié, sauf peut etre que les Kouachi se réclamaient d’Al Qaida et pas de Daesch. Charlie Hebdo publie une chouette couverture sur ce « Peter » Chérif récemment arrêté à Djibouti puis envoyé en France cette semaine.

Lors d’un repas de Noël, l’un de mes beaufs a tenté de m’expliquer  qu’il fallait désormais laisser faire le ménage par les Turcs et les Russes en Syrie, et que les attentats de Paris (janvier puis novembre) et ceux qui ont suivi étaient le fruit des gouvernements occidentaux. Et; que l’Europe n’avait rien à faire là-bas. Il insinuait bien davantage que la simple accusation habituelle faite à l’Amérique (en Irak), la France et le Royaume Uni (en Libye) d’avoir déstabilisé la région et facilité la création de Daesh. Mon sang s’est un peu échauffé – magie de Noël oblige, je me suis calmé et on est passé à autre chose.

Je me suis rappelé la couverture de Charlie, cette semaine. Les attentats de Paris de janvier 2015 ont été commis au nom d’Al Qaida, la succursale d’Oussama Ben Laden et Ayman al-Zawahiri, créée en 1987. Al Qaida a revendiqué le 11 septembre 2001, tenté de coulé un navire américain large d’Aden (Yémen) en octobre 2000.

Une très belle série américaine, peu politiquement correct, raconte les coulisses de la lutte ratée contre ce terrorisme islamiste, The Looming Towers.

Je la conseillerai à mon beauf.  Il y a même des sous-titres pour les sourds et les malentendants.

 

Le climat insurrectionnel, les Gilets Jaunes et le stress jupitérien.

Les images des scènes de violence à Paris, de l’Arc de Triomphe aux quartiers chics et aux vitrines de Noël des grands magasins, ont effrayé, surpris, choqué, indigné. A juste titre car ce déchainement a encore fait des blessés, parfois graves.

 

J’ai regardé le traitement de cette actualité le lendemain soir, avec 24 heures de recul, sur le journal télévisé le plus regardé de France, sur TF1. Les reportages étaient assez équilibrés – notamment ce dernier qui retraçait les évènements du samedi: la présence de casseurs dès 9h, le gazage de tous les manifestants dès leur arrivée et sans distinction; le défoulement dans les rues de Paris; des gilets jaunes qui aident et protègent les CRS, d’autres qui les assaillent; des hommes sans gilets qui incendient une voiture sde police dans une rue chic; de la brutalité masculine testostéronée.

Il y avait d’autres endroits où les manifestations étaient bon-enfants, calmes et familiales.

 

Dimanche, Ruffin est allé parler devant l’Élysée, drapeau en bandoulière. La démarche est symbolique, il est venu relayer ce qu’il a entendu dans son département: rends l’ISF d’abord, camarade président. Et surtout, démissionne.

Le slogan n’est pas nouveau, mais il est rare, très rare. D’autres jacqueries, révoltes et grèves ont usé du même slogan en leur temps. Mais le climat est aujourd’hui particulier. Il n’y a que quelques idiots utiles de la Macronista pour ne pas le voir.

Ne pas se demander pour quoi une telle convergence existe, mais contre quoi. La réponse semble évidente : Emmanuel Macron « et son monde », ses réformes, la philosophie économique et politique qui les sous-tend.

Source: le Monde

 

A défaut de démission présidentielle, celle de Christophe Castaner parait évidente et nécessaire. Le ministre de l’intérieur pourrait avoir un peu de respect pour sa fonction.

 

Ce climat quasi-insurrectionnel déstabilise Macron. Jupiter se raccroche aux corps intermédiaires comme un naufragé à sa bouée. Le voici qui réclame à son premier ministre de recevoir à nouveau des gilets jaunes (n’importe lesquels pourvu qu’ils portent un gilet jaune !), et les représentants de partis politiques. Le second sur la liste à être reçu ce lundi matin est … Florian Philippot, président du groupuscule des « Patriotes« . On attend Nicolas Dupont-Aignan, et, pourquoi pas Jacques Bompard de la Ligue du Sud…

On sent la panique.

Macron cherche le pourrissement. Mais nombre de Gilets Jaunes ont déjà une vie pourrie.

Pour finir, regarder cette séquence, gênante.

 

Oui, la manif des #Gilets Jaunes a été confuse

Qui en doutait ?

Samedi 17 novembre, les Gilets Jaunes ont montré qu’ils étaient divers, c’est peu de le dire. Il n’y a sans doute que les quelques militants macronistes pour n’y voir qu’un mouvement uni.

Certains Gilets Jaunes étaient violents, d’autres pacifiques. Ils n’étaient « ni de gauche, ni de droite ». Ils avaient des slogans contradictoires. Certains étaient détestables, d’autres étaient généreux. Nombreux n’étaient pas politisés et n’avaient jamais manifesté avant. D’autres étaient des militants chevronnés. Il y avait des homophobes et des défenseurs des  libertés individuelles, des racistes et des anti-racistes. Il y avait des syndicalistes, des petits patrons, des salariés non syndiqués, des hommes, des femmes, des enfants, des mots d’ordre en tous genres, mais une dominante, le ras-le-bol contre la politique du gouvernement.

Il y a eu plus de 500 blessés, une femme « Gilet Jaune » tuée par une automobiliste effrayée dès samedi matin, une quarantaine de blessés dont une poignée gravement.

Ça s’appelle un mouvement spontané. C’est exactement comme cela un mouvement spontané et populaire; cela ne se déroule pas toujours bien. Ce n’est pas toujours propre. Ça peut même déraper en pire; ça peut dégénérer. Mais la façon dont ce mouvement se déroule, en mal ou bien, ne change rien au fond du sujet: le ras-le-bol.

Samedi, et surtout dimanche puis lundi, il est deux choses au moins qui ne furent pas confuse, la trouille du pouvoir et des ses suppot(eur)s avant la manifestation; la morgue des mêmes à l’encontre des Gilets Jaunes après le mouvement.

 

 

Il fallait suivre les comptes officiels de la macronista qui recensaient avec application les dérapages des Gilets Jaunes, et uniquement ceux-là, pour les accompagner parfois d’insultes. Pas un mot sur le fond des souffrances

Il fallait voir cette mobilisation soudaine de ces éditocrates qui s’étaient tus avant la manif, effrayés par ces sondages qui donnaient 75% de soutiens au mouvement. Les voilà ragaillardis dans leur mépris de classe maintenant que le Grand Raz-de-Marée n’a pas eu lieu dans la rue.

Ils sont lâches et ils se lâchent.

 

Ce que ces croisades contre Rokhaya Diallo disent de nous/vous

Photo le 21-04-2018 à 19.04 #2

C’est sans doute une erreur, mais je ne m’explique pas la rage. Cette rage, ce flot d’insultes, continu, quasi-quotidien contre Rokhaya Diallo est stupéfiant car il n’émane pas seulement des nazis, de l’extrême droite, des furibard(e)s fascisants, des racistes bas du Front (national), mais aussi d’autoproclamés intellectuel(le)s, laïcs, républicain(e)s.

Républicain(e)s, vraiment ?

Le désaccord de fond me semble connu, il est respectable, mais il ne devrait pas susciter ces inflammations. On devrait pouvoir débattre des discriminations.

Mais certain(e)s pensent que poser un regard qui prend en compte les différences de couleur de peau, de cultures, d’origine sur notre société et qui veut déconstruire cette vision idéale de la République qui dépasse les couleurs de peau et son propre racisme à certains moments de son histoire, serait une démarche forcément raciste. Ce n’est pas mon opinion.

Rokhaya Diallo, qui porte cette double argumentation, et parce qu’elle porte cette double argumentation, est traitée d’à peu près tous les noms à chaque prise de parole publique: « cinglée », « débile », « raciste », « haineuse », « folle », etc. Les insultes fusent et ferment le débat. Elle a beau expliqué que les races biologiques n’existent pas, que les races sont un concept sociologique, culturel, politique, par ailleurs principalement développé par les colons européens si l’on mesure l’ampleur du colonialisme d’origine européenne (spéciale dédicace pour les (vrais) racistes), cela ne suffit pas.

Rokhaya Diallo fait un constat que je partage: un mâle blanc hétérosexuel a peu de risque de se sentir ostracisé, méprisé, moqué, dominé dans notre société à cause de ces trois caractéristiques précises – mâle, blanc, hétéro. J’ai du mal à comprendre que l’on conteste cela. Nous devons déconstruire cette idéologie, car c’en est une. Nous devrions la déconstruire tranquillement, mais c’est un autre débat sur lequel nous reviendrons.

Rokhaya Diallo s’attire d’autres haines, parfois des mêmes personnes, parce que son antiracisme la conduit à défendre le voile au nom du féminisme. Je suis en désaccord avec elle sur ce point. Le voile est une bêtise, une arriération; qu’une femme le considère comme une protection est une défaite. Mais j’entends aussi son argument, sans avoir besoin de brailler qu’elle est complice de Daesch ou de je ne sais quoi. J’entends cet argument, par ailleurs défendu par d’autres qu’on qualifiera encore plus difficilement d’agent de Daesch: « La régression ne réside pas dans le fait de porter le voile, mais dans celui d’imposer aux femmes une norme vestimentaire. » Entendre l’argument signifie simplement que je n’éprouve pas le besoin de hurler, brailler, crier, mais simplement que j’ai envie de comprendre pourquoi certaines femmes pourraient penser que le voile est une défense, et qu’est-ce qu’on pourrait faire pour qu’elles cessent de le penser.

Bref.

Le weekend dernier, je suis tombé sur une énième polémique. J’ai compris que Rokhaya Diallo faisait l’objet d’une croisade.

Une croisade assurément contre-productive.

Elle a tout mon soutien, même quand je ne suis pas d’accord avec elle. A l’inverse, certain(e)s de ses accusateurs/trices ont désormais tout mon mépris, même si parfois je suis d’accord avec eux/elles.