Archives pour la catégorie Chroniques précaires

L’exaspération

La religion.
Je n’ai jamais voulu agresser mes copines et copains croyants, peu importe leur croyance. Mais finalement, la nausée est venue à cause de l’islam radical. Ce dimanche, quelques fondamentalistes cathos sont allés faire leur prière de rue.
Cet été déjà, une autre avait dégénéré quand l’un des fidèles s’était soudainement levé pour frapper violemment un passant qui l’avait sans doute provoqué.

 

Autre lieu, autre nausée. Bruno Le Maire, anciennement candidat de droite républicain et digne, fait hué le nom de Najat Vallaud-Belkacem sous l’accusation fallacieuse que la dite ministre voudrait proposer l’apprentissage de l’arabe dès la 6ème: « Il faut dire à Najat Vallaud-Belkacem qui veut faire apprendre l’arabe en classe de CP, qu’en France en CP on enseigne le français« , a-t-il déclaré.

C’est faux.

L’attitude Le Maire est indigne.

« Non il n’y a pas d’arabe obligatoirement enseigné à l’école en CP à partir de cette rentrée 2016. (…) Ça fait partie des nombreux fantasmes qui fort heureusement s’évanouissent à la rentrée scolaire quand les enfants rentrent en classe et que les parents voient ce qu’on y fait. » Najat Vallaud Belkacem.

Sarkozy, lundi, enfin inculpé dans l’affaire, avérée, de cette gigantesque fraude aux dépenses électorales en 2012. Son avocat dénonce un complot politique. Depuis quand un candidat à la présidentielle choisit-il de ruiner la réputation de la Justice ? Avez-vous entendu le camp socialiste faire de même avec Cahuzac ? Non.

La nausée, encore.

La nausée est la réaction politique la plus évidente, la plus rapide, la plus dangereuse.

Burkini, j’hésite

« Sur cette histoire de Burkini, j’hésite entre vouloir emmerder les islamistes en leur refusant une bonne occasion de se plaindre. Et vouloir emmerder les islamistes en les empêchant d’exhiber leurs tares sur la plage. »

Le symbole Amada Traoré

Au début,  cela ressemble à une bavure. Des policiers arrêtent un « jeune-noir-de-banlieue-qui-décède-au-commissariat« . On coche toutes les cases du cliché sinistre, du drame qui soulève l’indignation légitime des uns et les railleries racistes des autres.

La couverture de ce drame a été disons … aléatoire. Il a fallu de la mobilisation des proches et des amis pour que le sujet devienne un fait national. Il faut dire que ce drame est arrivé quatre jours après l’attentat de Nice, le 19 juillet.

Depuis la mort d’Adama, on a compris que le jeune homme a été arrêté alors que c’était son frère qui était recherché. On n’a toujours pas d’explication officielle sur les causes de son décès. Des manifestations ont eu lieu. Une manifestation a été empêchée.

Dimanche dernier, c’est un article du New York Times qui fait sensation. Son auteur reproche aux autorités françaises de mépriser la vie de la victime, de ne pas donner de moyens à l’enquête, bref, d’une négligence coupable.

1. Qualifions sa mort de meurtre d’homicide puisque tout porte à croire qu’il est mort à cause de l’intervention policière. Même involontaire, un meurtre homicide reste un meurtre homicide . Il yb a eu une première autopsie qui évoquait une possible asphyxie. puis une seconde. Mais il faut attendre. Attendre les résultats des analyses. C’est pour fin août, pas demain, ni après-demain. Fin août.

2. Je n’ai pas consacré une seule ligne de commentaires à ce sujet depuis qu’il est arrivé. je ne crois pas que le meurtre d’Adama Traoré soit le résultat d’un racisme délibéré des forces de l’ordre. Vous souvenez-vous de cette séquence, une parmi d’autres ?

 

3. Les commentaires que je lis ici ou là sur les réseaux sociaux émanant de la fachosphère sont sans surprise. Amada Traoré était noir, et cela suffit à le qualifier pour subir toutes les outrances racistes nécessaires de la part de cette racaille.

4. Le gouvernement est-il simplement maladroit, nul ou complice ? Les soutiens d’Amada Traoré  ne réclament que la vérité. Reconnaître une bavure aurait été plus simple, simplement honnête. Au lieu de quoi, l’affaire s’est cristallisée , pour le pire.

« Justice pour Adama, sans justice vous n’aurez pas la paix » (source)

 

 

 

 

 

Mensonges sur les « crimes de réfugiés »

Il suffit d’une succession de 4 attentats en Allemagne, sans rapport les uns avec les autres, pour que la fachosphère  (relayée par nombre et nombre d’inquiets survoltés) s’autorise à raconter n’importe quoi à propos des crimes commis par des migrants, réfugiés et autres immigrés.

Si la France n’a reçu que quelques centaines de réfugiés de la crise irako-syrienne, l’Allemagne en a accueilli plus d’un million l’an passé, une augmentation de +440% par rapport à l’année précédente.

Il n’en faut pas plus pour que la fachosphère se répande sur le Net à la moindre occasion pour brailler que ces réfugiés en masse engendrent une augmentation des crimes et délits en masse, que nombre d’entre eux ne sont que des jihadistes dissimulés, sans parler du « Grand Remplacement » dont ils menacent la survie de cette cohorte de suprémacistes blancs à la grammaire aléatoire.

Reprenons.

  • Il y a 10 jours, un jeune réfugié syrien se réclamant de Daech a gravement blessé 4 personnes dans un train en Bavière.
  • Vendredi, un germano-iranien de 18 ans a tué 9 personnes. Manque de « chance » pour nos fachos, le jeune homme n’était pas réfugié, mais plutôt dépressif, « amok » et son acte n’a aucun rapport avec Daech. Nos fachos crient bien sûr au complot.
  • Samedi, un jeune réfugié syrien tue à la machette une jeune femme. C’était en fait un drame passionnel. Le crime n’a attiré une telle couverture médiatique qu’en raison de l’identité de l’auteur.
  • Dimanche, un autre réfugié syrien, dont on avait refusé la demande d’asile, se fait sauter devant un festival de musique dans la ville d’Anspach. Celui-là se réclame aussi de Daesh.

 

Je vous laisse imaginer les messages que l’on peut lire sur les réseaux sociaux émanant de d’une poignée de la fachosphère et autres partisans de la « remigration« .

 

Il faut encore rappeler quelques statistiques pour sortir des fantasmes.

  1. L’Allemagne enregistre entre 6,8  millions de crimes et délits par an (chiffres 2014).
  2. La proportion de crimes et délits attribués à des réfugiés est de 1,7%.
  3. En 2015, les crimes et délits attribués à des réfugiés ont atteint 208 000, en hausse de 79%. Le nombre de réfugiés a lui augmenté de 440%.
  4. Si le nombre de crimes et délits commis en Allemagne était stable en 2015 (les chiffres ne sont pas connus), la proportion attribuable aux réfugiés serait donc de … 3%.
  5. Parmi ces 208 000 actes de délinquance, « les cas de violences graves, délinquance à caractère sexuel et de crimes ou tentatives de crime« , rappelait le Monde en février dernier, sont rares: 1 688 actes de délinquance à caractère sexuel (dont 458 cas de viol ou d’agression sexuelle), 28 meurtres (dont 27 migrants tués), et 222 tentatives de crimes.
  6. Les 28 meurtres sont à comparer aux 2200 meurtres commis en Allemagne par an (chiffres 2014).
  7. Les 2000 actes violents commis par des réfugiés sont à comparer aux 184 000 actes violents commis en Allemagne au global.

 

Un crime est crime. Mais un fantasme reste un fantasme.

 

 

 

« Viens, on rentre à la maison, il y a encore eu un attentat »

 

Nous étions à un bal « populaire« , mêlant des locaux aux touristes, une grosse centaine de personnes qui se trémoussait sans autre enjeu que l’amusement. On dansait sur des tubes esseulés, que le couple habituel de musiciens-chanteurs-animateurs chantaient depuis le kiosque de la place, au pied de l’église et pas loin de la mairie. Parfois, ils ajoutaient de la fumée pour faire style.

Pour ce 14 juillet 2016, les adolescents étaient partis à la fête foraine un peu plus loin. On ne danse pas sur Jean-Jacques Goldman ou Vent de Folie quand on a 15 ans. Pas encore.

Nous étions en famille et avec des ami(e)s, heureux de railler le choix des chansons, amusés de s’amuser aussi simplement.

C’était « avant« .

Rentré plus tôt d’un coup de cycle à la maison, je retrouve ma mère  scotchée devant la télé. Une chaîne d’information parle d’un camion fou à Nice, et des « dizaines de morts ».

ça recommence.

La douche est glacée.

La fête est terminée.

Je reprends ma bicyclette, retourne  sur la place du village, et accroche ma douce qui dansait encore.

« Viens, on rentre à la maison, il y a encore eu un attentat. »

Je suis né, sans y vivre, à Nice. Elle a étudié à Nice. C’est la France qu’on frappe avec, pour la première fois, des enfants, des familles toutes entières.

La petite troupe d’amis rentre à la maison.

Ma meilleure copine blogueuse est en rage, comme nous.

Elle poste, comme moi.

Les autres ont la tristesse rentrée.

Quand on se couche une heure plus tard, le comptage est à 60 morts « au moins ». On se remémore forcément le Bataclan et cette funeste nuit du 13 novembre.

Daech n’a rien revendiqué. On n’écoute plus la télévision. On sait que c’est un drame. Le reste n’est que voyeurisme macabre.

Mon corps réagit moins qu’en novembre. Je ne suis plus choqué, je suis toujours en rage. Nous sommes comme tel Israël, un pays où la guerre prend cette forme soudaine , civile et sans bombardements, ni combats de soldats ni déclarations préalables. Un pays où les civils ont pris cette habitude de l’attentat au quotidien.

Nous sommes en guerre mais celle-là est longue.

Hollande, le 14 juillet et le nouveau prolétariat 

C’est ma fille qui me l’a tendu d’une main, alors que nous partions sans elle en vacances.

« Tiens, ça va te plaire. Mais laisse le post it dessus, c’est quelques phrases pour me rappeler. »

Je n’ai pas été surpris par son geste, et simplement fier.

L’ouvrage se titre « moi Anthony, ouvrier aujourd’hui », collection « raconter la vie » aux éditions du Seuil.  Il débute par ces quelques lignes, qui disent tout, toute la promesse d’un récit simple mais difficile, aux antipodes du story-telling libéral outrancier que nous entendons ou lisons à longueur de journées sur les médias de l’Establishment.

« Je m’appelle Anthony, j’ai 27 ans. J’ai quitté l’école en 2nde, en 2003. Il paraît que je suis dans les 10% de jeunes qui ont tout lâché. Evidemment, je regrette maintenant, car le paie cher. »

Anthony raconte sa vie d’ouvrier. Une transition brutale de l’adolescente vers le mondu travail, en bas de l’échelle, tout en bas. Le garçon raconte ses 10 premières années de vie professionnelle: l’absence de diplôme, la multiplication des petits boulots précaires, le SMIC horaire et ses « bonus » de 0,72 centimes l’heure; le passage du permis de conduire, l’auto-équipement en vêtements contre le froid quand l’employeur fait défaut; le diplôme de cariste avec l’espoir, déçu, qu’il changera tout.

Anthony raconte la rage de devoir se taire, de devoir subir. Le refus de se comporter en esclave face à une multitude de petits chefs et autres intermédiaires (missions locales, pôle emploi, etc) qui cherchent d’abord à faire plier l’individu pour qu’il rentre dans le rang.

Son récit est celui d’une résistance contre l’avilissement.

Je terminai ce livre alors que Hollande allait livrer son allocution du 14 juillet. On ne peut parler d’interview quand les questions sont, comme avant sous Sarkozy, si complaisantes et sans droit de suite. C’était une allocution.

Hollande ce jeudi n’a pas parlé de précarité, de pauvreté, de prolétariat (le terme est absent du vocable social-libéral). Il a loué le CICE, celui-même qui permet à des entreprises d’empocher qq exonérations de charges sociales tout en licenciant comme avant.

Hollande, ce jeudi, bien coiffé, était hors sol. Il tenta de nous appitoyé sur la dureté de sa charge, en ces temps d’attentats et de massacres en masse. Il a raison sur la charge. Mais personnaliser ainsi encore davantage une fonction présidentielle qui a fait la preuve de son impuissance à gérer le collectif autrement que par la traitrise, le 49-3 et la manipulation a quelque chose d’anachronique et de détestable.

Qui pourrait lui dire ?