Archives pour la catégorie Chroniques précaires

L’appel du 18 juin

C’était il y a 78 ans.

 

Mais aujourd’hui, c’est surtout la première épreuve du Bac pour quelque 800 000 élèves, dont la moitié attendent toujours une affectation post-bac qui leur convienne ou une affectation tout court.

Merci patron, merci Macron.

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Medine au Bataclan ?

C’est un rappeur talentueux (on parle de l’artiste), qui a décidé de se produire au Bataclan. Le gars a commis un album intitulé JIHAD, il y a longtemps. Puis une chanson titrée « BATACLAN », après les attentats.

Le voici qui va chanter deux soirs en octobre au Bataclan.

 

 

Un arabe, un rappeur, une chanson sur le JIHAD que peu ont écouté, le Bataclan, tous les ingrédients sont là. Forcément, ça fait jaser, brailler, hurler, surtout à droite et à l’extrême droite.

J’ai du écouter JIHAD. Le flow est habile, la musique est douce, le texte est talentueux. Oui, le garçon se moque de ceux qui partent au JIHAD. Oui, il leur dit que ce n’est pas la solution pour exprimer leur révolte (« Ceux qui choisissent la solution militaire, n’ont-ils pas vu qu’elle nous dessert beaucoup plus qu’elle nous sert?« ). Mais j’étais mal à l’aise à l’idée que ce rappeur aille chanter ceci sur les lieux du Bataclan.

N’y avait-il pas d’autres lieux ?

« Grâce » à cette polémique, le rappeur a du s’expliquer, et lâcher ce communiqué simple et efficace:

« Avant tout, afin de lever toutes ambiguïtés, je renouvelle mes condamnations passées à l’égard des abjects attentats du 13 novembre 2015 et de toutes les attaques terroristes, et assure avec la plus grande sincérité l’ensemble des familles des victimes de mon profond soutien, commence-t-il. Voilà 15 ans que je combats toutes formes de radicalisme dans mes albums. Un engagement qui me vaut les foudres de l’extrême-droite et de ses sympathisants, qui n’hésitent pas à détourner le sens de mes chansons ; ceux-là même aujourd’hui qui tentent d’instrumentaliser la douleur des victimes et de leur famille. Désormais notre question est la suivante : ‘Allons-nous laisser l’extrême droite dicter la programmation de nos salles de concerts voire plus généralement limiter notre liberté d’expression ?’ « 

Une fois n’est pas coutume, j’ai bien apprécié cette réaction de Benjamin Griveaux:

« Les salles sont libres de programmer qui elles veulent. (…) « la liberté de l’artiste est totale sauf s’il y a incitation à la haine raciale, s’il y a trouble à l’ordre public et ça c’est au droit de le dire. »

Dingue.

De la lutte des classes par la littérature

Louis

L’ouvrage est court et violent.

Dans une interview à Mediapart, Edouard Louis choisit un curieux extrait pour démarrer son entretien. Jean-Luc Godard, recevant son César d’honneur il y a 31 ans, remercie les « invisibles » du cinéma: « la condition de notre présence ici, c’est qu’il des gens qui travaillent pour nous, beaucoup plus que nous », résume l’écrivain.

Le projet littéraire d’Edouard Louis s’appuie sur une écriture brève mais riche. Son dernier et second ouvrage, « Qui a tué mon père« , est triste, émouvant, éprouvant, intime. Il relate son histoire avec son paternel à coup d’anecdotes fixées sur des années bien précises. Il attaque la réalité politique, c’est-à-dire des lois, des actes, des décisions de ceux qui nous gouvernent. Il désigne les conséquences concrètes, mortifères des décisions politiques: les déremboursements de médicaments pour les troubles digestifs décidés par Xavier Bertrand, ministre de Chirac, alors que son père en est accroc depuis un accident du travail. Puis la création du RSA avec son cortège de contrôles administratifs, décidé par Martin Hirsch, ministre de Sarkozy.  Il évoque la loi de Mme El-Khomri, ministre de Hollande, qui facilite les licenciements et le déplafonnement des heures sup et en premier lieu celle de son père, balayeur handicapé.

« Les dominants peuvent se plaindre d’un gouvernement de gauche, ils peuvent se plaindre d’un gouvernement de droite. Mais un gouvernement ne leur cause jamais des problèmes de digestion. »

Edouard Louis évoque Macron, ces saillies sur le « costard« , les « fainéants« , « ceux qui ne sont rien« , comme son père.

« Le mot fainéant est pour toi une menace, une humiliation. »

« Les pauvres sont trop riches, et les riches pas assez riches. »

 

 

77 % des conducteurs en grève.

« Le sens de la grève à la SNCF dépasse la SNCF. (…) Il y aura moins d’arrogance. chez Macron. »

Dimanche soir sur BFM TV, François Ruffin a bien résumé l’enjeu. Il y a bien sûr le projet de réforme spécifique à la SNCF – « adapter » l’entreprise à l’ouverture à la concurrence. Il y a aussi toutes les autres luttes contre des réformes sans débat (on préfère parler de « concertation« ) ou l’absence de décision, l’immobilisme coupable comme dans les Epahds ou les hôpitaux.

La grève mardi et mercredi s’annonce massive. Les lignes les plus perturbées seront les TGV. La concertation promise par le gouvernement était artificielle. Et l’ex-directrice de la stratégie de la SNCF (2002-2007) devenue ministre des transports ne peut que déclamer son mépris et son incompréhension devant l’ampleur du mouvement de grève pour ces 2 premiers jours.

C’était drôle et cocasse.

Ce début de grève est un succès.

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Traque des chômeurs, et nos ex-camarades.

Je repense à ces ex-camarades, heureux qui comme Ulysse, fustigeaient les outrances d’un Laurent Wauquiez secrétaire d’Etat à l’Emploi qui mettait en place les nouvelles sanctions contre les chômeurs refusant « deux offres raisonnables d’emploi ». A l’époque, l’affaire était d’autant plus scandaleuse que la France s’engouffrait dans la Grande Crise.

Une décennie plus tard, Laurent Wauquiez est devenue la caricature de lui-même et le gouvernement macroniste a repris son dispositif pour l’aggraver davantage. Les sanctions seront plus rapides.

Pourtant, le chômage de masse n’a pas baissé, on s’amuse simplement de mouvements statistiques où un chômeur sans activité (catégorie A) est transféré dans une autre catégorie (B,C, etc) à la faveur d’un stage ou d’un emploi précaire et partiel. Les seniors sont davantage au chômage à cause des réformes des retraites de Sarkozy puis de Hollande, en attendant celle de Macron, qui toutes ont suivi cette absurde injonction – l’allongement de la durée de cotisations sans interruption (maladie ou chômage). La proportion de chômeurs indemnisés reste faible, l’indemnisation est plafonnée à deux années peu importe le nombre d’années de cotisation. Elle n’atteint pas le SMIC en moyenne, et pour 40% des chômeurs elle est même en dessous ou au niveau du seuil de pauvreté.

Last but not least, Macron a facilité les licenciements avec sa loi travail votée par ordonnance.

Comme Ulysse, certains ex-camarades, soutiens ou même élus de cette Macronista, voyagent de contrées politiques en contrées politiques sans jamais s’interroger sur le sens politique de leur voyage.

Il n’est jamais trop tard pour reconnaître son erreur et cesser d’être infâme avec les plus fragiles.

La bataille du rail, oui. Mais laquelle ?

Emmanuel Macron lance donc une « bataille du rail », un combat de tartuffe qu’il a lui-même résumé en juillet dernier lors d’une rencontre encadrée avec une poignée de cheminot: l’effacement d’une partie de la dette de la SNCF par l’Etat en échange de la disparition du statut des cheminots.

Parlons donc du statut des cheminots.  Le déficit annuel de leur régime de sécu (3,3 milliards, stable), ne sera pas résorbé par une éventuelle « réforme » à cause de la structure d’âge de cette profession. Ce statut a ses spécificités, ses avantages et ses contraintes comme quelques centaines ou milliers d’autres. Les députés sont de beaux exemples. Le président Macron en est un autre (pourquoi n’a-t-il pas décidé de supprimer les frais de retraite spéciale dont bénéficient les anciens présidents (un appart de fonction, une voiture avec chauffeur, 7 salariés permanents, etc) ?

Que dire du statut fiscal de toutes celles et tous ceux qui ont de l’argent à placer en Bourse ? Les revenus générés sont désormais moins taxés que les revenus du travail d’un cheminot.

Le statut des cheminots…

Bizarrement, on en parle plus que l’avantage fiscal des journalistes. On l’évoque systématiquement dès qu’il faut parler de la SNCF, peu importe le sujet.

Pourquoi ? Parce qu’il devenu un épouvantail facile pour faire glisser l’opinion en faveur d’une « réforme » de la SNCF.

Cette fois-ci, pour justifier la fermeture d’un tiers de lignes « non rentables« , l’augmentation de certains tarifs de seconde classe, et, last but not least, la privatisation de certaines lignes et l’ouverture à la concurrence de quelques autres à cause d’une décision européenne, on agite le statut des cheminots à la face du public.