Archives pour la catégorie coup de gueule

Le racisme tranquille de Laurent Obertone

Il se veut « dépassionné« . Laurent Obertone est connu pour ses ouvrages que l’extrême droite et parfois la droite furibarde, les nazis et autres identitaires adore. Il est l’un de ceux qui tentent de « rationaliser » le mythe du Grand Remplacement.  La chaîne YouTube ThinkView a récemment posté une longue interview, glaçante, de cet homme.

Il est passionné. Il faut écouter son raisonnement, déployé avec autant de calme que de rage.

« Est ce que la population de la France change ? » s’interroge-t-il, avant de répondre par l’affirmative.

« Qu’est ce que vous entendez pas changement de population? » demande son hôte, en voix off. « C’est la fameuse théorie du Grand Remplacement, des choses comme ça ? »

Obertone commence à répondre: « Voilà… On en parle beaucoup dans les médias sous ce terme. » Il poursuit, sans jamais répondre à la question de savoir s’il partage la thèse du Grand Remplacement (i.d. « Au secours, les blancs vont disparaitre!! ») chère au pétainiste Renaud Camus. Son propos, tout au long de l’entretien, est d’expliquer la supériorité intellectuelle et culturelle des « autochtones » blancs français sur les immigrés extra-communautaires (et particulièrement d’Afrique subsaharienne, une véritable obsession chez lui puisqu’il ne cite quasiment que cette contrée comme exemple pendant l’entretien), et la menace d’un remplacement généralisé des premiers par les seconds.

« Depuis à peu près 45 000 ans, les individus qui vivent en Europe sont originaires d’Eurasie. L’immigration qui concerne les individus d’origine extra-européenne est absolument inédite, n’a pas de précédent. (…) C’est un phénomène inédit par son ampleur, par ses conséquences. » Inédit ? Non. Obertone occulte l’incroyable migration forcée que fut la traite des noirs. Ou, tout récemment, les mouvements migratoires au Moyen Orient à cause des conflits notamment syriens.

Et de quelles conséquences parlez-vous, Monsieur Obertone ? Ne sommes-nous pas tous humains et semblables ? Pourquoi la couleur de la peau d’un Français en France depuis 2 ou 3 générations vous importe tant ? Obertone ne répond pas tout de suite. Il tourne autour du sujet avec son regard tranquille: « Les Français les plus âgés sont très largement des autochtones, des natifs, ceux qu’on appelle les Français de souche. »

« On arrive à un discours qui est parfaitement idéologique qui refuse d’appréhender la globalité des conséquences de l’immigration » explique-t-il.

Par immigration, Obertone désigne toute personne non-eurasienne. La première étape du racisme à l’état « pur ».

Obertone relaye l’argument de l’extrême droite sur l’immigration (de couleur, vous avez compris) profite des aides sociales que les Français de souche les plus modestes financent avec leur travail. Il se contredit quand il explique que le taux d’emploi des immigrés est « nettement plus faible » et alors qu’il défend que les immigrés ont chipé le job des classes populaires « de souche« .

Pour la discrimination positive, « on se base sur l’idée d’une compétence égale à diplôme égaux. » Or, détaille Obertone, les diplômes ne se valent pas entre la France et les immigrés de couleur. Ces derniers devraient être cantonnés à des métiers d’execution dont on n’a plus besoin en France, alors qu’ils seraient en fait favorisés dans les métiers les plus « socialement valorisés ». On hallucine devant ce monde parallèle.

« Il vaut mieux ne pas travailler ici ou travailler au noir pour un boulot extrêmement ingrat et mal payé plutôt que travailler pour un boulot prestigieux en Afrique subsaharienne. »

Ne riez pas.

Obertone

Une grande partie de cette interview porte sur le grand complot, ce complot qui empêche le discours raciste de se déployer « sereinement » (sic!). « Le droit du sol nie le substrat de la société, du peuple. »

Puis soudain, il y cette question, qui brise un moment l’assurance tranquille de cet apprenti Mauras: « A partir combien de générations on devient autochtone pour vous ? »

Laurent Obertone reste interloqué « … Ah … Oh je ne sais pas. Moi je ne suis personne pour dire ça. C’est pas à moi de dire en fait qui est un bon Français. » Ah mince… J’attendais la réponse justement. Ce gars déploie un discours sur un peuple menacé, les « autochtones d’Europe », les « Eurasiens« , les blancs envahis et submergés par cette immigration de couleur (qu’il évalue à 18% de la population au total… fichtre… quelle invasion depuis 1 siècle !). Mais le voilà incapable de définir justement l’objet même de son enquête, les autochtones. En fait il se retrouve là coincé dans son racisme. Il aurait bien répondu que les autochtones sont blancs, mais ça aurait ruiné son discours « dépassionné. »

« Qu’est ce que vous redoutez de ce melting-pot avorté selon vous ? » lui demande-t-on. Obertone répond alors qu’il redoute la fin de « l’excellence culturelle » de la France.

Le discours d’Obertone est un racisme et un élitisme social à la fois. Il fait la synthèse habile entre l’argumentaire libéral qui fustige la fiscalité des plus riches et les fantasmes xénophobes de l’extrême droite: « Nous, on attire pas la qualité parce qu’on a une fiscalité délirante, les Français très qualifiés se barrent à l’étranger. (…) On est sur une immigration de quantité. »

L’heure et demi de cet entretien vaut le détour. On y voit un intellectuel raciste en pleine explication. Obertone ausculte son nombril blanc, petit-bourgeois, protégé et effrayé. C’est fascinant et terrifiant à la fois.

Publicités

Ce que ces croisades contre Rokhaya Diallo disent de nous/vous

Photo le 21-04-2018 à 19.04 #2

C’est sans doute une erreur, mais je ne m’explique pas la rage. Cette rage, ce flot d’insultes, continu, quasi-quotidien contre Rokhaya Diallo est stupéfiant car il n’émane pas seulement des nazis, de l’extrême droite, des furibard(e)s fascisants, des racistes bas du Front (national), mais aussi d’autoproclamés intellectuel(le)s, laïcs, républicain(e)s.

Républicain(e)s, vraiment ?

Le désaccord de fond me semble connu, il est respectable, mais il ne devrait pas susciter ces inflammations. On devrait pouvoir débattre des discriminations.

Mais certain(e)s pensent que poser un regard qui prend en compte les différences de couleur de peau, de cultures, d’origine sur notre société et qui veut déconstruire cette vision idéale de la République qui dépasse les couleurs de peau et son propre racisme à certains moments de son histoire, serait une démarche forcément raciste. Ce n’est pas mon opinion.

Rokhaya Diallo, qui porte cette double argumentation, et parce qu’elle porte cette double argumentation, est traitée d’à peu près tous les noms à chaque prise de parole publique: « cinglée », « débile », « raciste », « haineuse », « folle », etc. Les insultes fusent et ferment le débat. Elle a beau expliqué que les races biologiques n’existent pas, que les races sont un concept sociologique, culturel, politique, par ailleurs principalement développé par les colons européens si l’on mesure l’ampleur du colonialisme d’origine européenne (spéciale dédicace pour les (vrais) racistes), cela ne suffit pas.

Rokhaya Diallo fait un constat que je partage: un mâle blanc hétérosexuel a peu de risque de se sentir ostracisé, méprisé, moqué, dominé dans notre société à cause de ces trois caractéristiques précises – mâle, blanc, hétéro. J’ai du mal à comprendre que l’on conteste cela. Nous devons déconstruire cette idéologie, car c’en est une. Nous devrions la déconstruire tranquillement, mais c’est un autre débat sur lequel nous reviendrons.

Rokhaya Diallo s’attire d’autres haines, parfois des mêmes personnes, parce que son antiracisme la conduit à défendre le voile au nom du féminisme. Je suis en désaccord avec elle sur ce point. Le voile est une bêtise, une arriération; qu’une femme le considère comme une protection est une défaite. Mais j’entends aussi son argument, sans avoir besoin de brailler qu’elle est complice de Daesch ou de je ne sais quoi. J’entends cet argument, par ailleurs défendu par d’autres qu’on qualifiera encore plus difficilement d’agent de Daesch: « La régression ne réside pas dans le fait de porter le voile, mais dans celui d’imposer aux femmes une norme vestimentaire. » Entendre l’argument signifie simplement que je n’éprouve pas le besoin de hurler, brailler, crier, mais simplement que j’ai envie de comprendre pourquoi certaines femmes pourraient penser que le voile est une défense, et qu’est-ce qu’on pourrait faire pour qu’elles cessent de le penser.

Bref.

Le weekend dernier, je suis tombé sur une énième polémique. J’ai compris que Rokhaya Diallo faisait l’objet d’une croisade.

Une croisade assurément contre-productive.

Elle a tout mon soutien, même quand je ne suis pas d’accord avec elle. A l’inverse, certain(e)s de ses accusateurs/trices ont désormais tout mon mépris, même si parfois je suis d’accord avec eux/elles.

 

 

Merci pour ce moment, Nicolas Hulot.

Voilà, c’est fait.

 

Après la démission de Nicolas Hulot, voilà ce qui reste de la politique écologiste du gouvernement Macron, de l’hypocrisie et du brassage de vent.

 

 

La démission de Hulot est un bol d’air.

Il ne s’agit pas trouver tous les mérites à un homme après l’avoir critiqué 15 mois durant.Hulot reste Hulot, il reste ce qu’il est. Il est criticable pour ce qu’il a fait et, surtout, n’a pas fait.

Mais on peut applaudir sa décision de démission, et comment il l’a mis en scène. Son retrait est fracassant, et à la hauteur de l’écoeurement qui a du le saisir après 15 mois au gouvernement.

Nous pouvons comprendre cet écœurement, nous devons le comprendre. Nous le  partageons chaque jour, chaque heure, chaque minute.

Hulot a giflé Macron et ses suppôts de la pire et de la meilleure des façons qui soit: brutalement et sans prévenir. Il est le premier à le faire, le premier dans cet ensemble informe et désormais infirme qu’est la Macronista, cet ensemble politique composé d’archi-convaincus et de mous sceptiques, d’anciens centristes devenus extrémistes du libéralisme violent et d’opportunistes du pouvoir à claquer la porte en dénonçant l’hypocrisie du prétendu « nouveau monde. »

Espérons que cette démission serve d’électro-choc chez quelques macronistes, mais surtout dans l’opinion. La défense de l’environnement devrait être un sujet transverse, qui influe sur toutes les politiques d’un  gouvernement.

Merci pour ce moment, Nicolas Hulot, un merci sincère et sans arrière pensée.

 

 

Pédophiles catholiques

Je n’ose imaginer la réaction « populaire« , médiatique, politique si l’on avait appris que dans un seul État, par ailleurs de petite taille, quelques 300 responsables musulmans avaient été convaincus de pédophilie. Où sont passés Laurent Wauquiez, Eric Ciotti, Marine Le Pen, pour n’en citer que trois des plus bas du front ?

Le scandale qui frappe la hiérarchie catholique en Pennsylvanie est suffoquant. Un millier d’enfants, et la plupart des prêtres accusés n’auront même pas de procès car les faits sont prescrits

« Des prêtres violaient des petits garçons et des petites filles et les hommes d’église qui étaient leurs responsables n’ont rien fait. Durant des décennies », indique le rapport, qui évoque des agressions sexuelles, dont certaines victimes présumées avaient moins de dix ans. Il cite le cas d’un prêtre ayant abusé de cinq soeurs, dont la plus jeune n’avait que 18 mois au début des faits présumés. » (lire la suite)

L’inaction du pape François, ce pape plus « cool » que les précédent, surprend à peine. C’est de l’incurie, commente à juste titre Mediapart.

« Nos » institutions religieuses – musulmane, juive, chrétienne – ne sont pas seulement les vestiges de la domination masculine, le temple des mœurs rétrogrades, certaines logent, cachent et protègent des criminels.

 

5 raisons d’aimer, ou pas, les réseaux sociaux.

Pourquoi participe-t-on aux réseaux sociaux ? On a l’éclosion, l’essor puis la (pseudo) chute des blogs politiques, l’irruption de ces « échanges » et publications sur les réseaux sociaux fut fascinante et déstabilisante. En premier lieu, de quels réseaux parle-t-on ?

Quand on parle d’hystérisation du « débat » public, voire de la disparition du débat public, Twitter, davantage que Facebook, est désigné plus généreusement à la vindicte. Twitter ne permettait initialement que 140 caractères pour s’exprimer (maintenant 280), d’où l’impression d’un raccourcissement de l’expression. Twitter est aussi moins exigeant que Facebook sur les identités. Twitter permet les saillies d’humeur, Twitter permet de masquer, bloquer, dénoncer. Twitter est un gigantesque bistrot. Twitter est caricatural. Twitter vous enferme dans vos followers.

Alors reposons la question: mais pourquoi participe-t-on aux réseaux sociaux ?

S’agissant de Twitter, je vois plusieurs plaisirs et davantage d’interrogations. L’une des dernières émissions de La Grande Table, sur France Culture, permet aussi d’y voir plus clair. Olivia Gesbert  recevait Laurence de Cock (« Les éditocrates 2. Le cauchemar continue« ) et Marylin Maeso (« Les conspirateurs du silence« ).

LdC

Voici mes 5 raisons:

    1. Parce que les réseaux sociaux permettent de diffuser ses messages. Ils aident à faire valoir des « contre-voix ». L’historienne, et Twittos, Laurence de Cock appelle cela de « l’éducation populaire ». Ce rôle publicitaire est flagrant. Sur Twitter, avec 5 ou 10 000 followers, le nombre de contacts d’un tweet atteint rapidement les 1000 ou 3000 vues. Dans le monde physique, ce serait impossible. Les réseaux sociaux permettent de contrer les argumentaires officiels, déloger la mauvaise foi, débusquer « live » les éléments de langage.
    2. Parce que les réseaux sociaux sont des sources d’information. Corollaire du point précédent, ils agissent comme des medias sans contrôle, parfois à l’excès. Grâce à eux, nous apprenons autre chose que ce que les médias dominants proposent. En ces temps de concentration capitalistique, c’est heureux.
    3. Parce qu’ils permettent de structurer une expression – réfléchie ou pas, construite ou pas. Parfois concise, comme sur Twitter, et c’est un exercice de style.
    4. Parce que les réseaux sociaux permettent d’être a-social. C’est l’un des côtés obscurs, le plus visible, le plus désagréable, celui qui décourage régulièrement. Twitter permet de cracher son venin. C’est souvent détestable. Je ne connais pas un Twittos de mes connaissances qui n’ait cédé un jour, un instant à ce travers. J’ai fait la même erreur.
    5. Parce que les réseaux sociaux sont … sociaux. C’est bête à dire, c’est trivial, mais c’est leur première réalité: on y rencontre des gens, on y développe des relations. On s’y séduit, on s’y engueule, on y rigole. Ce sont des lieux de vie.

 

La faute du CRIF.

M. Kalifat, président du CRIF et ancien membre du Bétar., s’est fendu d’un tweet la veille d’une marche blanche interdisant à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon de venir à l’hommage à Mireille Knoll. Le lendemain, aussitôt Mélenchon et quelques représentants de la France insoumise étaient arrivés Place de la Nation qu’une dizaine de jeunes gens musclés du groupuscule de la LDJ sont venus siffler, chahuter, bousculer la délégation.

« Le manifestant qui rameute tout le monde en direction de Mélenchon, n’est vraiment pas un manifestant comme les autres. Depuis le milieu des années 2000, celui qui se fait appeler “Eliahou” est le porte-parole et le chef de la “branche politique” de… la Ligue de Défense Juive (LDJ). Intervenant au nom de la Ligue dans les médias communautaires ou pilotant le site web de la LDJ, Eliahou est connu comme le loup blanc dans les cercles de la communauté juive » Source: StreetPress

Le CRIF est la cause de tout cela, c’est honteux.

C’est une faute morale. L’assassinat odieux, criminel, sans doute antisémite d’après les premiers éléments de l’enquête, méritait de l’union nationale. Quel contraste avec les suites de l’attentat de Trèbes: quand un énième fou d’islam tue dans l’Aude, la classe politique se divise, à cause del’exception notable et outrancière de Wauquiez et de Le Pen. Quand une rescapée de la rafle du Vel d’Hiv meurt et que la classe politique est enfin unanime mais c’est une organisation auto-proclamée représentante de la douleur qui excommunie.

Le fils de Mireille Knoll a eu les mots justes.

« Nous appelons tout le monde, je dis bien tout le monde. Les gens qui ont une mère peuvent me comprendre, or tout le monde a une mère. (…) Le CRIF fait de la politique, moi j’ouvre mon cœur »

Le CRIF a commis une faute morale. Mais aussi une faute politique: il n’a pas saisi qu’il y avait là l’occasion unique, sans doute depuis Carpentras, de rassembler enfin. En tentant de délivrer des « permis d’hommage » ici ou là, dont des milliers, des centaines de milliers, des millions se sentirons exclus malgré leur sympathie, leur proximité, le CRIF a commis une faute morale, humaniste, politique.

« Il ne faut pas confondre un petit groupe avec la masse des braves gens qu’il y a là. Ce n’est pas un sujet. La famille et tous les gens qui se sont regroupés savaient qu’on voulait être là avec eux. C’est ça qui compte. Pas une bataille rangée dans la rue »Jean-Luc Mélenchon, le soir de la marche blanche.

Cher monsieur Kalifat, chers représentants du CRIF, vous n’êtes pas seuls à savoir que l’antisémitisme tue, que l’islasmisme est d’abord antisémite, que la Bête immonde est prêt à rebondir.

Mais vous êtes indignes.

« Toi et moi avons de prime abord pas mal de choses en commun. Tu es juif, je suis juif. Tu es (la plupart du temps) séfarade, je le suis également. Autre point commun: j’aime Israël, tu prétends l’aimer de toutes tes forces, toi aussi. Et pourtant je dois t’avouer que malgré ces quelques similitudes de façade, tout nous sépare, toi et moi.

(…)

Honte à toi.

Je ne te vomis pas parce que tu fournis aux antisémites de bonnes raisons de me haïr (ils n’ont pas besoin de toi pour cela, tu n’es qu’une corde à leur arc), je te vomis parce que la grande masse des Français qui n’ont pas de préjugés contre moi, serait tentée, devant tes exactions, de m’associer à toi et de se dire «En fin de compte, c’est vrai que ces juifs se croient tout permis».

(lire en intégralité)