Archives pour la catégorie coup de gueule

#JeSuisCharlie, mais comment ?

Le dernier numéro de Charlie Hebdo, le début d’un procès de quelques complices des attentats de janvier 2015 contre l’hebdomadaire, à Montrouge et à l’Hypercasher, les polémiques hallucinantes sur la députée Danièle Obono ont ravivé quelques question simples: suis-je encore « Charlie » ? Et qu’est-ce que cela veut dire ?

Samedi 4 septembre, une sénatrice écolo que j’apprécie, Esther Benbassa, a résumé son propos à la télévision d’une formule qui a suscité la protestation de ma camarade Elodie Jauneau:

« Ce matin sur @BFMTV. Oui, bien sûr, à un soutien sans réserve à #Charlie pour ce qui de la #libertédexpression telle que garantie et encadrée par la loi. Mais oui, aussi, à une exigence de #respect des personnes, croyantes ou non, et de résistance à la montée des intolérances.« 

Esther Benhassa défendait le droit au blasphème et à la caricature, mais en déclarant qu’il « fallait faire attention à ne pas blesser » les plus fragiles.

Dans son édition du 2 septembre, Charlie publie un sondage qui révèle que les Français, surtout les plus jeunes, et surtout les musulmans, sont moins convaincus qu’en 2015 que la publication des caricatures de Mahomet était justifiée au nom de la liberté d’expression. Les scores de désapprobation des attentats sont heureusement ultra-majoritaires, mais une majorité de sondés « de confession musulmane » considèrent que la publication des caricatures est une « provocation inutile ».

Certains musulmans vivent mal la publication de ces caricatures, pour deux raisons au moins: leur religion est pratiquée avec un obscurantisme délirant dans un nombre incroyable de pays. On est au Moyen Âge. Deuxièmement, en France, leur religion est vue comme aussi un rempart, une protection contre une société où le racisme est encore très présent. C’est bien dommage.

Avant les attentats de janvier 2015, et malgré mon plaisir occasionnel à lire Charlie et mon soutien lors du procès des caricatures, j’en ai eu marre de ce que j’ai perçu comme une islamophobie systématique et bourgeoise chez Charlie. Je l’ai même écrit ici dans ce blog. Et pourtant, je déteste les religions, je rigolais de mon cœur quand Cabu et les autres se foutaient des cathos, des rabbins et des imams. Mais j’ai saturé.

Puis il y a eu le 7 janvier 2015.

Depuis cette date, j’achète Charlie en kiosque toutes les semaines. Avec cette idée bien ancrée dans ma tête: Charlie est mon baromètre de la liberté, le thermomètre qu’il me faut pour mesurer si nous sommes encore en démocratie.

Charlie me montre ce que doit être la liberté d’expression telle que nous devons la défendre. Et justement, il peut être difficile d’avoir Charlie comme baromètre « et en même temps » de ne pas tomber dans deux pièges.

Primo, on n’est pas obligé d’être d’accord avec tout ce que dit ou écrit Charlie. Je ne suis pas d’accord avec Charlie sur bien des sujets – en particulier sur l’antiracisme: ils ont du mal à supporter ce que je pense être la meilleure stratégie pour lutter contre les discriminations – oser rendre visible les minorités ethniques et sexuelles pour pouvoir mesurer la réalité des discriminations. C’est un autre débat que le propos de ce billet, mais il est important.

Certes, Charlie choque, chaque semaine, les cathos, les juifs, les musulmans, les noirs, les blancs, les parents, les prudes, les bourgeois, les prolos, les jeunes, les vieux. C’est la vie, c’est Charlie. Charlie n’est pas raciste, ni antisémite. Charlie est « religionphobe« , athée, provocant, grinçant, cynique, généreux. Il y a des dessins que j’adore, d’autres que je déteste en me disant qu’ils sont gonflés. Mais je suis ravi qu’ils les publient.

Secundo, on peut refuser les injonctions des Caroline Fourest, Richard Malka et quelques autres qui nous expliquent que si l’on n’est pas exactement comme eux, on est forcément des complices islamo-gauchistes des terroristes. Les mêmes taisent leur complicité de classe avec cette Présidence des riches, les mêmes tolèrent la répression sanglante des Gilets Jaunes. Les mêmes adoptent l’exact même vocable que l’extrême droite islamophobe. Ils instrumentalisent Charlie et la liberté d’expression pour restreindre la liberté d’expression à leur seul profit.

Proclamer qu’on soutient Charlie ne signifie pas qu’on est d’accord avec tout ce qu’ils disent. Expliquer un désaccord avec Charlie ne signifie pas, ne doit pas signifier qu’on met une limite à la liberté d’expression ou de blasphème

Revenons à Esther Benbassa: non, camarade, il n’y a pas de conditions ni de précaution au blasphème, et quelque soit la religion.

 

 

Merci Virginie Despentes

« Paris, le 3 juin 2020 

Lettre adressée à mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème. 

En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre (*). Pourtant j’ai cinquante ans, j’en ai vu, des gouvernements. En France nous ne sommes pas racistes mais dans la population carcérale les noirs et les arabes sont surreprésentés. En France nous ne sommes pas racistes mais depuis vingt-cinq ans que je publie des livres j’ai répondu une seule fois aux questions d’un journaliste noir. J’ai été photographiée une seule fois par une femme d’origine algérienne. En France nous ne sommes pas racistes mais la dernière fois qu’on a refusé de me servir en terrasse, j’étais avec un arabe. La dernière fois qu’on m’a demandé mes papiers, j’étais avec un arabe. La dernière fois que la personne que j’attendais a failli rater le train parce qu’elle se faisait contrôler par la police dans la gare, elle était noire. En France on n’est pas raciste mais pendant le confinement les mères de famille qu’on a vues se faire taser au motif qu’elles n’avaient pas le petit papier par lequel on s’auto-autorisait à sortir étaient des femmes racisées, dans des quartiers populaires. Les blanches, pendant ce temps, on nous a vues faire du jogging et le marché dans le septième arrondissement. En France on n’est pas raciste mais quand on a annoncé que le taux de mortalité en Seine Saint Denis était de 60 fois supérieur à la moyenne nationale, non seulement on n’en a eu un peu rien à foutre mais on s’est permis de dire entre nous « c’est parce qu’ils se confinent mal ».  

J’entends déjà la clameur des twitteurs de service, s’offusquant hargneusement comme ils le font chaque fois qu’on prend la parole pour dire quelque chose qui ne corresponde pas à la propagande officielle : « quelle horreur, mais pourquoi tant de violence ? »

Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés. Ce mardi, je me rends pour la première fois de ma vie à un rassemblement politique de plus de 80 000 personnes organisé par un collectif non blanc. Cette foule n’est pas violente. Ce 2 juin 2020, pour moi, Assa Traoré est Antigone. Mais cette Antigone-là ne se laisse pas enterrer vive après avoir osé dire non. Antigone n’est plus seule. Elle a levé une armée. La foule scande : Justice pour Adama. Ces jeunes savent ce qu’ils disent quand ils disent si tu es noir ou arabe la police te fait peur : ils disent la vérité. Ils disent la vérité et ils demandent la justice. Assa Traore prend le micro et dit à ceux qui sont venus « votre nom est entré dans l’histoire ». Et la foule ne l’acclame pas parce qu’elle est charismatique ou qu’elle est photogénique. La foule l’acclame parce que la cause est juste. Justice pour Adama. Justice pareille pour ceux qui ne sont pas blancs. Et les blancs nous crions ce même mot d’ordre et nous savons que ne pas avoir honte de devoir le crier encore, en 2020, serait une ignominie. La honte, c’est juste le minimum. 

Je suis blanche. Je sors tous les jours de chez moi sans prendre mes papiers. Les gens comme moi c’est la carte bleue qu’on remonte chercher quand on l’a oubliée. La ville me dit tu es ici chez toi. Une blanche comme moi hors pandémie circule dans cette ville sans même remarquer où sont les policiers. Et je sais que s’ils sont trois à s’assoir sur mon dos jusqu’à m’asphyxier – au seul motif que j’ai essayé d’esquiver un contrôle de routine – on en fera toute une affaire. Je suis née blanche comme d’autres sont nés hommes. Le problème n’est pas de se signaler « mais moi je n’ai jamais tué personne » comme ils disent « mais moi je ne suis pas un violeur ». Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. En France, nous ne sommes pas racistes mais je ne connais pas une seule personne noire ou arabe qui ait ce choix. « 

Virginie Despentes

 

 

 

(*) NDR: ministre, pas secrétaire d’État.

Front populaire – #beurk

EZQN6bJWsAEWwCb

 

Entre la tribune de la gauche bourgeoise – celle qui a enfanté, nourri, propulsé Macron – et le nouveau « Front Populaire » de Onfray, on n’est pas gâté. On est même complètement pourri. Je comprends l’exaspération d’USUL contre la « gauche bourgeoise », mais ce n’est pas elle qui m’inquiète car j’espère qu’elle se souviendra qu’on a voté pour elle quand il le fallait.

Non, le vrai problème, c’est cette convergence portée par Onfray, un mélange de Printemps Rép (pour la laïcité réac et parfois raciste) et de personnalités de droite et d’extreme droite. Chevènement ou Céline Pina en  cautions « de gauche » ne suffit pas. Onfray a attiré Robert Ménard et l’odieux Alain de Benoist comme abonnés.

Onfray a rassemblé une belle brochette de soutiens. Ce rassemblement est glauque à souhait.

Pour ma part, je ne débat pas avec Philippe de Villiers, ni avec l’extrême droite. Je suis trop vieux pour cela. Je me fous de « sauver la France » si c’est pour me retrouver avec des racailles d’extrême droite.

Les joutes politiques que j’aime servent à mobiliser ceux qui sont proches mais démotivés, ceux qui sont proches mais pas alignés.

Pas ceux de l’autre bord.

Les débiles de Génération identitaire sont souverainistes – est-ce que ça en fait des gens fréquentables ?

Ben non. Ce sont racailles.

Comme le dit Charlie hebdo, « Nom trompeur, ligne politique floue et fausse victimisation, la revue de Michel Onfray « Front populaire », n’a décidément pas grand chose pour plaire. »

 

1er mai – les marionnettes de la Macronie

On se la remet ? Allez… On se la remet.

On se souviendra longtemps que le chanteur Christophe fut l’une des victimes du COVID19.

Christophe est mort quand Macron expliquait, justifiait, mentait.

 

Régimes spéciaux, arguments spécieux

« Nous allons supprimer les régimes spéciaux, tranquillement. »
Edouard Philippe.
 
Des régimes spéciaux, il y en a beaucoup. Par exemple, les revenus financiers ont un sacré régime spécial, un impôt et des cotisations plafonnés.
Si vous vendez des actions, les cotisations sociales seront plus basses que sur votre salaire, si vous en avez un.
Les foyers populaires, c’est-à-dire la majorité des gens du pays, ont moins d’actions, moins ou rarement des placements. Donc moins de revenus financiers que les plus riches. En général, ils n’ont aucun voire aucun revenu financier du tout.
Les foyers aisés (dont je fais partie) ont tous des revenus financiers. Plus on est riche, plus ces revenus sont importants. Plus on est riche, moins on paye d’Impôt, c’est grâce à Macron.
Quand on est riche, on peut aussi se faire conseiller. On « optimise ». Plus on est riche, plus le taux de contribution est bas. Est-ce que ce régime spécial est normal ?
Un ami m’a demandé pourquoi j’accepterai que les cheminots auraient un régime spécial de retraite. J’aurai du lui répondre qu’il faudrait comparer toutes les vies. J’aurai du lui répondre que les cheminots sont divers: certains conduisent des trains, n’importe quand dans l’année. Ils sont plus divorcés que la moyenne. D’autres travaillent uniquement de nuit. J’aurai du lui dire que j’aimerai connaitre les avantages qu’il a lui et que d’autres n’ont pas. Je lui ai simplement répondu que la réforme des retraites vise à faire des économies.
Les policiers aussi ont un régime spécial. Je ne pense pas à leur retraite. Je pense aux quelques racailles en uniforme qui frappent en toute impunité. Macron m’a donné la haine et la peur des flics. Je n’ai jamais eu aucun problème avec la police. J’apprécie et j’admire leur travail. Mes héros de fiction sont tous des flics. Mais depuis 18 mois, la police s’incarne dans ces gens casqués qui frappent et mutilent des civils.
Régime spécial, aucune condamnation, jamais.
Dans les pays où l’on travaille plus longtemps, on vit moins longtemps.
En France, l’espérance de vie en bonne santé stagne depuis une décennie, soit peu ou prou l’entrée en vigueur de la réforme Sarko qui a reculé l’âge de départ en retraite.
Pour les réformes de retraite, des cadres sup expliquent aux autres gens qu’il faut qu’ils bossent plus longtemps. Imaginez l’inverse.
Imaginez qu’un ouvrier demande à un cadre sup de gagner moins, ou de payer plus d’impôt. Ou simplement de se taire.

Ce syndicat d’officiers de police est dangereux

Sur les réseaux sociaux, un syndicat d’officiers de police accusent celles et ceux qui critiquent les violences policières, et en particulier le journaliste David Dufresne, et même des députés de la république de toutes sortes d’insultes: complicité des islamistes, staliniens, alliés des Black Blocs, etc. Tout y passe, sans mesure, sans recul.

En à un peine un an, à cause de son incompétence crasse et d’une frayeur insondable devant l’ampleur, la violence et la spontanéité des manifestations, le clan macroniste a décrédibilisé la police. Les flics sont à bout, les suicides dans leur rangs sont nombreux.

Mais les déclarations publiques de ce syndicat d’officiers, une minorité armée d’agités qui commande, font froid dans le dos.