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La Ligue du Lol ne m’a jamais fait rire

La Ligue du LOL a frappé le microcosme en son cœur, et ce ne fut pas vraiment stupéfiant. Le machisme et le sexisme ne sont pas l’apanage d’une classe sociale, d’un milieu économique, ni d’une communauté. On trouve des jeux graveleux, du harcèlement moral et/ou sexuel, des agressions sexistes, racistes ou homophobes partout, dans toutes les classes, tous les âges, toutes les régions.

Restons en France quelques instants.

Au sein de la Ligue du Lol, il y avait au moins un blogueur que je connaissais du temps où quelques blogueuses et blogueurs se rencontraient physiquement en grand nombre, il y a une dizaine d’années. A l’époque, en 2009, on était presque tous anonymes dans la petite sphère blogosphérique politique que je fréquentais. Cet anonymat protégeait et servait un engagement politique, et non pas l’envie de se cacher pour agresser en meute. J’ai quitté en 2014 ce premier groupe numérique privé qu’il m’est été donné de rejoindre, les Leftblogs, pour des raisons politiques. Même dans ce groupe, certain(e)s d’entre nous sont longtemps resté(e)s anonymes, d’autres ne l’étaient pas. Ce groupe était mixte, précision utile.

Le blogueur que j’ai reconnu dans cette Ligue des Lol n’était pas aux Leftblogs dans mon souvenir. Mais il commentait agréablement les billets des copains et des copines. Il commentait aussi mes billets , même quand j’y exprimais un point de vue proféministe. J’ai retrouvé celui-ci, un soir où je cherchais à me mettre maladroitement dans la place d’une femme: « Ca fait du bien de prendre conscience d’une partie de ce que vivent les femmes. » Oui, ça fait du bien mon gars. Autant de bien que ça fait du mal de voir ce qui se tramait en parallèle. La Ligue du Lol n’a jamais fait ni rire ni du bien.

J’ai été peiné de voir son nom dans la liste. Je ne connaissais pas cette ligue, ni d’ailleurs aucun autre « groupe de mecs ».  S’il avait partagé son envie de moquer, de ridiculiser, d’agresser des filles, des homos ou des racisés (on n’utilisait pas ce dernier terme, mais il est à mon sens excellent, autre débat), je lui aurai dit qu’il est gros con. Je l’ai déjà dit à d’autres. Je le lui d’ailleurs aujourd’hui, si jamais il lis ces lignes: tu a été un gros con de participer à cela. Je me fiche un peu de ses excuses numériques, faibles et indécentes (qu’il écoute la fin du podcast placé en bas de ce billet, il y a quelques modèles de demande d’excuses). Beaucoup de journalistEs ont repéré et décortiqué depuis une dizaine de jours que cette affaire a éclaté non seulement les méfaits du passé mais aussi l’indécence des demandes d’excuses.

Être homme, blanc, hétéro n’est pas neutre en France: ça vous place sociologiquement au sommet de toutes les hiérarchies. Inutile d’en rajouter, inutile d’être ces beaufs intello/moqueurs qui abusent de l’anonymat sur internet pour harceler en meutes. Inutile d’être ces hypocrites. Inutile de frimer et d’exhiber votre « testostérone » qui prétendument vous place au-dessus des autres qui ne sont pas « comme vous ».

Sur son blog, Crêpe Georgette citait récemment Bourdieu: « La virilité est apprise et imposée aux garçons par le groupe des hommes au cours de leur socialisation pour qu’ils se distinguent hiérarchiquement des femmes. La virilité est l’expression collective et individualisée de la domination masculine. »

Voilà, c’est simplement résumé.

Et par un homme.

Cher ancien confrère de blog, refais ta demande d’excuses. J’ai la faiblesse de penser que même l’homme peut changer, et que donc les victimes de tes saloperies pourront te pardonner.

La découverte de ces groupes virils « assumés » m’a à peine surpris. C’est triste, mais le chemin sera long, très long.

 

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Les éditocrates ne sont plus journalistes

La plupart des blogueurs politiques, pour ce qu’il en reste, et tous les twittos et autres Facebookistes qui donnent leur avis politiques ne sont rien d’autres que des commentateurs politiques, des éditorialistes amateurs qui se distinguent des éditorialistes professionnels par (1) leur anonymat (parfois), (2) leur bénévolat (pas de salaire pour donner son opinion sur la vie du monde), et (3) l’absence de carte de presse (et de l’avantage fiscal qui va avec) qui va avec.

Depuis l’irruption du web, la parole de chacun se publie facilement: dans des blogs, des forums, les zones de commentaires des journaux, Twitter, Facebook, etc. Chacun.e. intéressé.e à la chose politique peut livrer et publier sans le filtre d’un média officiel ni une carte de presse son opinion sur la vie politique et l’avenir en commun.

Et du coup, que reste-t-il à ces éditocrates qui occupent nos ondes, qui peu à peu se sont approprier le commentaire politique officiel ?

Pourquoi seraient-ils plus journalistes que l’éditocrate amateur ? Pourquoi méritent-ils aujourd’hui une carte de presse ? Le monde a changé. Nous sommes tous éditocrates, nul besoin d’en statufier certains plus que d’autres.

`Le plus triste est l’impact néfaste qu’ils ont sur la profession médiatique toute entière.

Ami(e) journaliste, dégagez-les.

Laissez-les commenter, mais retirez leur leur carte de presse.

 

Merci Charlie

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Rien oublié, sauf peut etre que les Kouachi se réclamaient d’Al Qaida et pas de Daesch. Charlie Hebdo publie une chouette couverture sur ce « Peter » Chérif récemment arrêté à Djibouti puis envoyé en France cette semaine.

Lors d’un repas de Noël, l’un de mes beaufs a tenté de m’expliquer  qu’il fallait désormais laisser faire le ménage par les Turcs et les Russes en Syrie, et que les attentats de Paris (janvier puis novembre) et ceux qui ont suivi étaient le fruit des gouvernements occidentaux. Et; que l’Europe n’avait rien à faire là-bas. Il insinuait bien davantage que la simple accusation habituelle faite à l’Amérique (en Irak), la France et le Royaume Uni (en Libye) d’avoir déstabilisé la région et facilité la création de Daesh. Mon sang s’est un peu échauffé – magie de Noël oblige, je me suis calmé et on est passé à autre chose.

Je me suis rappelé la couverture de Charlie, cette semaine. Les attentats de Paris de janvier 2015 ont été commis au nom d’Al Qaida, la succursale d’Oussama Ben Laden et Ayman al-Zawahiri, créée en 1987. Al Qaida a revendiqué le 11 septembre 2001, tenté de coulé un navire américain large d’Aden (Yémen) en octobre 2000.

Une très belle série américaine, peu politiquement correct, raconte les coulisses de la lutte ratée contre ce terrorisme islamiste, The Looming Towers.

Je la conseillerai à mon beauf.  Il y a même des sous-titres pour les sourds et les malentendants.

 

Le racisme tranquille de Laurent Obertone

Il se veut « dépassionné« . Laurent Obertone est connu pour ses ouvrages que l’extrême droite et parfois la droite furibarde, les nazis et autres identitaires adore. Il est l’un de ceux qui tentent de « rationaliser » le mythe du Grand Remplacement.  La chaîne YouTube ThinkView a récemment posté une longue interview, glaçante, de cet homme.

Il est passionné. Il faut écouter son raisonnement, déployé avec autant de calme que de rage.

« Est ce que la population de la France change ? » s’interroge-t-il, avant de répondre par l’affirmative.

« Qu’est ce que vous entendez pas changement de population? » demande son hôte, en voix off. « C’est la fameuse théorie du Grand Remplacement, des choses comme ça ? »

Obertone commence à répondre: « Voilà… On en parle beaucoup dans les médias sous ce terme. » Il poursuit, sans jamais répondre à la question de savoir s’il partage la thèse du Grand Remplacement (i.d. « Au secours, les blancs vont disparaitre!! ») chère au pétainiste Renaud Camus. Son propos, tout au long de l’entretien, est d’expliquer la supériorité intellectuelle et culturelle des « autochtones » blancs français sur les immigrés extra-communautaires (et particulièrement d’Afrique subsaharienne, une véritable obsession chez lui puisqu’il ne cite quasiment que cette contrée comme exemple pendant l’entretien), et la menace d’un remplacement généralisé des premiers par les seconds.

« Depuis à peu près 45 000 ans, les individus qui vivent en Europe sont originaires d’Eurasie. L’immigration qui concerne les individus d’origine extra-européenne est absolument inédite, n’a pas de précédent. (…) C’est un phénomène inédit par son ampleur, par ses conséquences. » Inédit ? Non. Obertone occulte l’incroyable migration forcée que fut la traite des noirs. Ou, tout récemment, les mouvements migratoires au Moyen Orient à cause des conflits notamment syriens.

Et de quelles conséquences parlez-vous, Monsieur Obertone ? Ne sommes-nous pas tous humains et semblables ? Pourquoi la couleur de la peau d’un Français en France depuis 2 ou 3 générations vous importe tant ? Obertone ne répond pas tout de suite. Il tourne autour du sujet avec son regard tranquille: « Les Français les plus âgés sont très largement des autochtones, des natifs, ceux qu’on appelle les Français de souche. »

« On arrive à un discours qui est parfaitement idéologique qui refuse d’appréhender la globalité des conséquences de l’immigration » explique-t-il.

Par immigration, Obertone désigne toute personne non-eurasienne. La première étape du racisme à l’état « pur ».

Obertone relaye l’argument de l’extrême droite sur l’immigration (de couleur, vous avez compris) profite des aides sociales que les Français de souche les plus modestes financent avec leur travail. Il se contredit quand il explique que le taux d’emploi des immigrés est « nettement plus faible » et alors qu’il défend que les immigrés ont chipé le job des classes populaires « de souche« .

Pour la discrimination positive, « on se base sur l’idée d’une compétence égale à diplôme égaux. » Or, détaille Obertone, les diplômes ne se valent pas entre la France et les immigrés de couleur. Ces derniers devraient être cantonnés à des métiers d’execution dont on n’a plus besoin en France, alors qu’ils seraient en fait favorisés dans les métiers les plus « socialement valorisés ». On hallucine devant ce monde parallèle.

« Il vaut mieux ne pas travailler ici ou travailler au noir pour un boulot extrêmement ingrat et mal payé plutôt que travailler pour un boulot prestigieux en Afrique subsaharienne. »

Ne riez pas.

Obertone

Une grande partie de cette interview porte sur le grand complot, ce complot qui empêche le discours raciste de se déployer « sereinement » (sic!). « Le droit du sol nie le substrat de la société, du peuple. »

Puis soudain, il y cette question, qui brise un moment l’assurance tranquille de cet apprenti Mauras: « A partir combien de générations on devient autochtone pour vous ? »

Laurent Obertone reste interloqué « … Ah … Oh je ne sais pas. Moi je ne suis personne pour dire ça. C’est pas à moi de dire en fait qui est un bon Français. » Ah mince… J’attendais la réponse justement. Ce gars déploie un discours sur un peuple menacé, les « autochtones d’Europe », les « Eurasiens« , les blancs envahis et submergés par cette immigration de couleur (qu’il évalue à 18% de la population au total… fichtre… quelle invasion depuis 1 siècle !). Mais le voilà incapable de définir justement l’objet même de son enquête, les autochtones. En fait il se retrouve là coincé dans son racisme. Il aurait bien répondu que les autochtones sont blancs, mais ça aurait ruiné son discours « dépassionné. »

« Qu’est ce que vous redoutez de ce melting-pot avorté selon vous ? » lui demande-t-on. Obertone répond alors qu’il redoute la fin de « l’excellence culturelle » de la France.

Le discours d’Obertone est un racisme et un élitisme social à la fois. Il fait la synthèse habile entre l’argumentaire libéral qui fustige la fiscalité des plus riches et les fantasmes xénophobes de l’extrême droite: « Nous, on attire pas la qualité parce qu’on a une fiscalité délirante, les Français très qualifiés se barrent à l’étranger. (…) On est sur une immigration de quantité. »

L’heure et demi de cet entretien vaut le détour. On y voit un intellectuel raciste en pleine explication. Obertone ausculte son nombril blanc, petit-bourgeois, protégé et effrayé. C’est fascinant et terrifiant à la fois.

Ce que ces croisades contre Rokhaya Diallo disent de nous/vous

Photo le 21-04-2018 à 19.04 #2

C’est sans doute une erreur, mais je ne m’explique pas la rage. Cette rage, ce flot d’insultes, continu, quasi-quotidien contre Rokhaya Diallo est stupéfiant car il n’émane pas seulement des nazis, de l’extrême droite, des furibard(e)s fascisants, des racistes bas du Front (national), mais aussi d’autoproclamés intellectuel(le)s, laïcs, républicain(e)s.

Républicain(e)s, vraiment ?

Le désaccord de fond me semble connu, il est respectable, mais il ne devrait pas susciter ces inflammations. On devrait pouvoir débattre des discriminations.

Mais certain(e)s pensent que poser un regard qui prend en compte les différences de couleur de peau, de cultures, d’origine sur notre société et qui veut déconstruire cette vision idéale de la République qui dépasse les couleurs de peau et son propre racisme à certains moments de son histoire, serait une démarche forcément raciste. Ce n’est pas mon opinion.

Rokhaya Diallo, qui porte cette double argumentation, et parce qu’elle porte cette double argumentation, est traitée d’à peu près tous les noms à chaque prise de parole publique: « cinglée », « débile », « raciste », « haineuse », « folle », etc. Les insultes fusent et ferment le débat. Elle a beau expliqué que les races biologiques n’existent pas, que les races sont un concept sociologique, culturel, politique, par ailleurs principalement développé par les colons européens si l’on mesure l’ampleur du colonialisme d’origine européenne (spéciale dédicace pour les (vrais) racistes), cela ne suffit pas.

Rokhaya Diallo fait un constat que je partage: un mâle blanc hétérosexuel a peu de risque de se sentir ostracisé, méprisé, moqué, dominé dans notre société à cause de ces trois caractéristiques précises – mâle, blanc, hétéro. J’ai du mal à comprendre que l’on conteste cela. Nous devons déconstruire cette idéologie, car c’en est une. Nous devrions la déconstruire tranquillement, mais c’est un autre débat sur lequel nous reviendrons.

Rokhaya Diallo s’attire d’autres haines, parfois des mêmes personnes, parce que son antiracisme la conduit à défendre le voile au nom du féminisme. Je suis en désaccord avec elle sur ce point. Le voile est une bêtise, une arriération; qu’une femme le considère comme une protection est une défaite. Mais j’entends aussi son argument, sans avoir besoin de brailler qu’elle est complice de Daesch ou de je ne sais quoi. J’entends cet argument, par ailleurs défendu par d’autres qu’on qualifiera encore plus difficilement d’agent de Daesch: « La régression ne réside pas dans le fait de porter le voile, mais dans celui d’imposer aux femmes une norme vestimentaire. » Entendre l’argument signifie simplement que je n’éprouve pas le besoin de hurler, brailler, crier, mais simplement que j’ai envie de comprendre pourquoi certaines femmes pourraient penser que le voile est une défense, et qu’est-ce qu’on pourrait faire pour qu’elles cessent de le penser.

Bref.

Le weekend dernier, je suis tombé sur une énième polémique. J’ai compris que Rokhaya Diallo faisait l’objet d’une croisade.

Une croisade assurément contre-productive.

Elle a tout mon soutien, même quand je ne suis pas d’accord avec elle. A l’inverse, certain(e)s de ses accusateurs/trices ont désormais tout mon mépris, même si parfois je suis d’accord avec eux/elles.

 

 

Merci pour ce moment, Nicolas Hulot.

Voilà, c’est fait.

 

Après la démission de Nicolas Hulot, voilà ce qui reste de la politique écologiste du gouvernement Macron, de l’hypocrisie et du brassage de vent.

 

 

La démission de Hulot est un bol d’air.

Il ne s’agit pas trouver tous les mérites à un homme après l’avoir critiqué 15 mois durant.Hulot reste Hulot, il reste ce qu’il est. Il est criticable pour ce qu’il a fait et, surtout, n’a pas fait.

Mais on peut applaudir sa décision de démission, et comment il l’a mis en scène. Son retrait est fracassant, et à la hauteur de l’écoeurement qui a du le saisir après 15 mois au gouvernement.

Nous pouvons comprendre cet écœurement, nous devons le comprendre. Nous le  partageons chaque jour, chaque heure, chaque minute.

Hulot a giflé Macron et ses suppôts de la pire et de la meilleure des façons qui soit: brutalement et sans prévenir. Il est le premier à le faire, le premier dans cet ensemble informe et désormais infirme qu’est la Macronista, cet ensemble politique composé d’archi-convaincus et de mous sceptiques, d’anciens centristes devenus extrémistes du libéralisme violent et d’opportunistes du pouvoir à claquer la porte en dénonçant l’hypocrisie du prétendu « nouveau monde. »

Espérons que cette démission serve d’électro-choc chez quelques macronistes, mais surtout dans l’opinion. La défense de l’environnement devrait être un sujet transverse, qui influe sur toutes les politiques d’un  gouvernement.

Merci pour ce moment, Nicolas Hulot, un merci sincère et sans arrière pensée.