Archives pour la catégorie coup de gueule

Pourquoi faut-il inverser la hiérarchie des news ?

Macron a les soutiens qu’il peut. Le PDG de la banque JP Morgan, à Davos, le trouve « incroyable« .

Merci Macron, merci patron.

Ailleurs, d’autres prennent le temps de relater, par écrit, ou l’écran, une autre réalité.

« L’inversion de la hiérarchie des news » est un sujet qui nous préoccupe depuis bientôt 11 ans cette activité blogosphérique a commencé. Il y a bien sûr une actualité, souvent la plus soudainement grave, qui s’impose à nous. Mais ensuite, le plus souvent, il s’agit de résister à des story-tellings. Macron a emboité le pas de Sarkozy, y compris dans la com’ et en plus souriant. Je suis toujours surpris, stupéfait, de lire d’anciens camarades de jeu de l’opposition anti-sarkozyste défendre par leur silence, et/ou leur railleries contre l’opposition et/ou, pire, leur soutien plus ou moins affiché à ce quinquennat néfaste.

Le story-telling libéral en économie, sécuritaire en société, vient de loin. Il n’a rien de moderne. J’ai l’impression d’être revenu en 1986.

Contre ce story-telling, une partie socialiste a enfin compris que Macron est un adversaire, mais n’ose pas encore se déclarer à l’offensive systématique. La raison à cette bêtise est une affaire de survie politique face aux insoumis, parfois de rancœur personnelle contre Mélenchon. Ces socialistes ont pourtant plus fort à faire à récupérer leur ouailles centristes qui se sont égarées dans les pattes d’un couple Macron/Collomb répugnant.

Contre ce story-telling, il faut d’autres voix qui montrent et démontent.

C’est la méthode dite du « Salaud de pauvre », qui a fait ses preuves, et qui peut se décliner sous de multiples variantes. (Elle peut utilement être complétée par la technique du « Cause toujours » quand on lui objecte des arguments imparables, tel celui de la dette de l’Allemagne abolie en 1953.).

Laurent Binet, chronique écrite pour LeMedia.

 

Voilà.

 

 

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Bloguer contre Macron ?

Elie Arié, ancien confrère de blog, et qui commente souvent/toujours de manière critique dans ces colonnes s’est interrogé récemment sur les raisons qui pouvaient me pousser à continuer une critique systématique contre Macron, une décennie après le début d’une autre chronique d’opposition.

Je ne vais pas chercher à répondre à cette psychologie de comptoir (désolé Elie). Mais j’ai une profonde fatigue à poursuivre cet exercice.

1/ Écrire, ou choisir de relayer, suscite des réactions qui en retour constituent ce qu’on appelle une relation humaine. Les commentaires ici et sur les réseaux sont un plaisir à lire, un plaisir sincère, une connexion sociale.

2/ Écrire parfois, souvent, est fatiguant et, parfois, sans intérêt. Et pourtant, cet exact jour où je terminais une chronique désagréable, la dernière en date, il y a quelques personnes que je connais et d’autres que je ne connais pas qui m’ont remercié. Il n’y a pas de quoi, pourtant. Chroniquer les bêtises et la honte de l’autre élyséen n’a rien de compliqué. Mais ces soutiens m’ont fait grand bien.

3/ Emmanuel Macron n’a pas suscité la même stupéfaction initiale que Nicolas Sarkozy. Sarko était vulgaire, rapidement bling-bling, finalement agité mais immobile. Sarko était « inefficace« . Macron semblait plus doux, plus moderne, plus équilibré. Mais finalement ce constat initial était faux. Les deux ont d’abord en commun d’être charmeurs, arrogants, et surtout odieux avec la République. Mais Macron ajoute le sourire à l’ignoble.

4/  Macron est-il ignoble ? Je le crois. La loi Travail est ignoble. La loi sécuritaire est ignoble. Le projet de loi sur l’asile et la politique de terrain contre les réfugiés sont ignobles. Ignoble, le terme n’est pas trop fort car il désigne une situation simple: Macron, avec le sourire et le soutien, pour l’heure, d’une large part d’ex-socialistes, parvient à faire passer des lois qui feront date dans les poubelles de notre histoire commune: la loi travail qui affaiblit les salariés comme jamais, et surtout les femmes, n’est pas simplement une loi « efficace« . C’est un recul historique. La pérennisation de l’état d’urgence dans notre loi commune aurait fait hurler nombre de ses soutiens actuels de la macronista (hey, Barbara Pompili, où te caches-tu ?). Le projet sur l’asile fait frémir jusqu’à l’Eglise ou des très proches de Macron. Je ne cherche aucun autre argument, ce serait inutile, que celui-là.

Macron est ignoble car il a tous les pouvoirs, obtenus sur un large fond d’abstention et, surtout, un référendum anti-Le Pen.

Comment pourriez vous penser qu’il était temps de se taire ?

Réhabilitons DSK

Il faut comprendre le propos de cette tribune, l’angoisse de quelques femmes d’un « retour au puritanisme », le besoin de se démarquer d’un mouvement de fond, l’envie de défendre quelques mâles qui ont mal.

Mais quand même…

Quelle insondable bêtise.

Pas d’autres mots pour qualifier la tribune de 100 femmes dont on ne retient que leur protestation contre les centaines de milliers de cas de harcèlements et d’agressions sexuelles. Il y en a même qui ont voulu faire cette gigantesque pirouette et accuser les « délatrices » de faire le jeu de l’islam radical.

Raaaaaaa….

Pouvez-vous simplement voir le sujet tel qu’il est ? Pouvez vous comprendre que l’attitude misogyne, machiste, dominatrice des mâles qui ne sauraient contrôler leur pulsions est la justement la première excuse des bigots musulmans qui exigent de voiler les femmes ?

Bravo à la séquence humoristique qui s’en suivit sur France inter. Il fallait a minima rire de ces bêtises.

 

 

Juger des djihadistes français en France?

C’est le sujet de la semaine, depuis qu’une jeune djihadiste française, et par ailleurs figure de ces converties prosélytes de Daech, détenue par des forces kurdes a réclamé son rapatriement en France au président Macron.

Sur le coup, j’ai jeté ceci sur Twitter.

Ma chère et tendre m’a dit la même chose. Qu’elle reste là-bas! Ce serait trop facile de réclamer son retour au chaud, pour être jugée par une justice républicaine après avoir collaboré avec l’un des pires régimes.

Mais réfléchissons bien.

La République sortirait-elle grandie en refusant de juger les siens quand ils sont ont collaboré avec un régime qui l’a attaqué ? Non.

Ne serait-ce pas le meilleur argument pour ceux-là même qui fustigent la République au nom de l’islamisme terroriste ? Ne rendrait-on pas service en procédant ainsi à la propagande de Daech ? Oui.

La République n’aurait-elle pas à gagner à voir juger en France une telle personne ? Oui.

Bref.

Et pourtant.

Pourtant au fond de moi, je n’ai parfois pas envie de faire preuve de cette pitié et de cette lucidité républicaines.

Le suicide de Kantra et les sales vœux d’Emmanuel Macron

Un jeune homme de 18 ans s’est jeté sous un train la semaine dernière . Son suicide clôturait une année politique misérable.

Kantra avait 18 ans. Il était venu du Mali pour se bâtir un avenir. Il était en situation de réussir, vraiment et s’était créé des liens, des vrais. La politique du gouvernement a ruiné cet avenir. Kantra s’est jeté sous un train. Derrière les grands discours d’Emmanuel Macron, les réalités parfois tragiques qu’engendrent ses décisions.

Ados Sans Frontière.

On lui avait refusé son contrat d’apprentissage. Son titre de séjour avait été refusé, faute de 6 mois de scolarisation avant ses 18 ans.

Hier, le Secours catholique et la Fédération de l’Entraide protestante ont écrit à Jupiter: « En voulant accélérer à outrance les procédures d’asile, en rendant quasiment impossible l’accès aux procédures sur le territoire national, en mettant sous le contrôle du ministère de l’intérieur toutes les structures d’accueil dans le but d’éloigner du territoire tous les étrangers non autorisés à y séjourner, en visant à généraliser les mesures de privation de liberté et d’éloignement par la contrainte, l’économie générale du projet constitue un renoncement sans précédent aux valeurs et aux traditions humanistes de la République ».

Jupiter a-t-il entendu ? On ne sait pas. Kantra est mort avant ses vœux. L’article du Midi Libre est paru le 30 décembre.

Pour ses premiers vœux, Jupiter avait mobilisé trois chaînes de télévisions nationales – TF1, France 2, France 3. Environ 55 millions de Français ont choisi de faire autre chose que de de subir ce court spectacle. Parmi les 11 millions restants qui ont regardé, combien l’avaient-ils choisi ? Jupiter a attiré moins de monde que Hollande et Sarkozy pour leur premier exercice similaire.

Pour ses premiers vœux, Jupiter a expliqué qu’il ne s’arrêtera pas d’agir. Il a surtout eu cette formule, incroyable, indécente après ce drame.

« Nous continuerons à accueillir ces femmes et ces hommes parce que la France est leur patrie« 

WHAT THE FUCK ?!?

Johnny, D’Ormesson, retour après une séquence hallucinante

Quiconque assistait aux hommages nationaux sans connaitre les deux grands disparus de la semaine dernière a du penser qu’il s’agissait de très grandes personnes que l’on célébrait-là.

D’Ormesson a eu droit aux Invalides, comme  Simone Veil, André Malraux, le Commandant Cousteau, l’Abbé Pierre, ou les victimes d’attentats islamistes. Et Johnny a rassemblée chaînes d’info, hommages télévisées et présidence de la République pour un hommage au cœur de la capitale.

Que sommes nous devenus ?

Qui était donc Jean d’Ormesson pour mériter pareil hommage ? Je ne sais plus, on ne sait plus. Il n’a pas inventé la poudre ni découvert le vaccin contre le SIDA. Il n’est pas Victor Hugo, pas même André Malraux. Il n’a pas résisté à l’oppresseur, on ne lui demandait pas cela. Il était simplement très connu et très âgé, sympathique et jamais polémique.

Il comptait quand même dans ses fidèles et amis nombre d’écrivains  cités par Macron qui sont de belles personnes mais aussi d’autres qui étaient de cette France rance si archaïque qu’on se demande pourquoi Macron s’est entiché de les célébrer dans un discours écrit comme d’habitude par ce Sylvain Fort qui aimait écrire aussi des tribunes dans Valeurs Actuelles: Jupiter a cité l’ex-Filloniste de la campagne de 2017 François Sureau; ou ces antigaullistes de droite les Hussards –  Nourissier; Berl, attentiste sous Vichy, ami de Drieu La Rochelle, rédacteur des premiers discours de Pétain; Déon, l’académicien et ancien admirateur de Pétain ; ou même Michel Mohrt, un autre ancien de l’Action Française.

Sympa, les références.

Jupiter est même allé loin dans l’hommage, presque ridicule: « nous vous demandons pardon, Monsieur, de ne pas vous avoir tout à fait écouté, pardon pour cette pompe qui n’ajoute rien à votre gloire.  » Pourquoi aurait-il fallu écouter d’Ormesson ? On pouvait apprécier l’écrivain sans oublier combien il savait être rétrograde.

Fichtre, nous pouvions être gênés, même si nous admirions l’écrivain, par cet étalage sous les ors de la République.

Mais ce n’était pas tout. D’Ormesson s’est presque fait volé la vedette par plus ridicule encore. Johnny meurt. Et quatre soirées durant, les principales chaînes de télévision nationale dédient leurs antennes à Johnny Haliday, personnage sympathique, ex-idole des jeunes et qui sera enterré dans l’un de nos paradis fiscaux, Saint Barth. Nous avons évité la cérémonie en Suisse, puisque l’artiste en avait fait sa seconde demeure en 2007 pour fuir le fisc.

« On a souvent dit que je m’étais barré pour ne pas payer d’impôts. C’est en partie vrai, mais c’est aussi parce que c’est épui­sant cette ambiance. En France, quand t’as une belle voiture, on te traite de voleur. » (Source)

Johnny a donc eu droit à toutes les attentions de la République. Brigitte Macron a même géré l’organisation protocolaire puisque la famille du défunt l’a réclamée. Les Champs Elysées ont été fermées à la circulation. Harley Davidson a pu privatiser le défilé des bikers. Et même Jupiter lui-même en est allé de son hommage au sein de l’Eglise de la Madeleine.

Johnny était-il un héros militaire, politique, scientifique, ou humaniste ? Non, rien de tout cela. Johnny était une idole yé-yé.

Il reposera d’ailleurs en paix dans une île où l’on ne paye ni ISF ni impôt sur le revenu passés 5 années de résidence. Johnny a bien mérité cela, n’est-ce-pas ?

Triste époque.

Triste monarchie jupitérienne.