Archives pour la catégorie Culture

Ragemag s’explique, Ragemag s’excuse

Ragemag a publié un long communiqué d’explications sur lui-même, sa ligne, des polémiques récentes, d’autres plus récentes. C’est Benjamin, le rédacteur en chef, qui s’est collé à l’exercice.

Ragemag se déclare « viscéralement » anti-libéral, bien plus que votre serviteur, féministe à souhait, provocateur souvent, etc, etc. Je n’ai pas envie de décrire ce qu’est Ragemag. Benjamin explique ce qu’il n’est pas et ne saurait être.

Impliqué de manière périphérique, tardive mais sincère à cette aventure , je l’en remercie.

Ragemag est un truc de bénévoles qui est devenu autre chose de plus professionnel – même désargenté – quand cette explication a été publiée.

Cette explication est nécessaire. Elle ne sera sans doute pas suffisante pour quelques grincheux que nous connaissons, quelques appliqués de la contestation obsessionnelle qu’il ne faut plus comprendre. L’obsession combattive peut être utile quand elle s’attaque aux puissants. Sinon, elle devient dérisoire, inquiétante et pleutre.

Bon vent donc à Ragemag.

 

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Ben Laden: la torture expliquée aux enfants

ZERO DARK THIRTY sort en DVD/VOD ces jours-ci.

Et voici une guerre non terminée qui nous revient via le petit écran.

« Papa, il était caché où, Ben Laden ? » se demande l’une de nos Racailles. Ce n’était pas la question adolescente la plus difficile. Le film, que nous n’avions pas vu, démarre par une longue scène de torture (chiffon mouillée, corps suspendu, isolement bruyant, etc). Des agents de la CIA, dont Maïa, l’héroïne interprétée par la frêle Jessica Chastaing, interroge un saoudien jugé complice des attentats du 11 septembre. Nous sommes en 2003.

« Mais pourquoi font-ils ça ? »

J’ai dû répondre que la torture ne servait à rien à long terme. La vision froide et surtout introductive à tout le film de ces séquences dé-légitimise à mon sens l’action anti-terroriste des USA dans son ensemble. Ce n’est pas angélique que de faire ce constat. Il s’agit simplement de comprendre et reconnaître que ces « petits soldats du Djihad » en ont après « notre » modèle pour de multiples raisons dont la loi du Talion.

Ces scènes sont étouffantes. La CIA a reconnu avoir renseigné les scénaristes. Cette fiction très bien faite nous est balancée comme une invitation à regarder la réalité en face. Voici comment et par qui Ben Laden a été attrapé et tué.

Dans le courant du film, à un moment de découragement collectif quelque part vers 2009, Maïa justifie à l’un de ses patrons pourquoi la traque de Ben Laden lui semble décisive: « sans lui, Al Qaïda ne frappera plus aussi facilement les Etats-Unis. C’est lui qui les inspire tous. »

Il y a 7 semaines, l’attentat de Boston nous rappelait combien ce raisonnement a fini par être obsolète. L’ennemi terroriste a pris des formes plus diverses, plus isolées, plus autonomes. Le juge français Marc Trévidic l’explique très bien dans son bouquin paru en janvier.

Lundi 10 juin dans la matinée, l’aéroport de Kaboul a été attaqué. C’est un blog militaire qui nous l’apprend.

Les assaillants, au nombre de 7 et dotés d’armes automatiques et de lance-roquettes, ont réussis à s’infiltrer dans la zone en principe très sécurisée entourant la plateforme et se sont ensuite emparés de deux bâtiments d’où ils ont tiré sur l’aéroport. Et une bombe placée dans une voiture a été désamorcée par les forces de sécurité.

Rien, donc, n’a changé.

 

Merveilleux débat politique

Hier

… puis aujourd’hui…

leparisien

Et demain ?

 

#diversion

Sommes-nous désintégrés ?

C’est un film qui fait mal sur une histoire connue et anonyme. Le parcours d’un jeune maghrébin vers l’attentat suicide.

En France.

La chose n’a rien d’une superproduction hollywoodienne. Ce n’est pas l’étouffant et époustouflant ROYAUME, qui traitait d’un autre attentat suicide, gigantesque, en Arabie Saoudite.

Celui-là est plus discret, méthodique, touchant mais glaçant. C’est un film de Philippe FAUCON: LA DESINTEGRATION.

Il porte bien son titre, fortement symbolique. Le message n’est pas martelé, il est vécu au plus juste, au plus simple.

Au-delà de l’histoire, c’est notre parcours collectif, son échec et son avenir qui sont décris par petites touches et phrases cinglantes. Philippe FAUCON sait y faire, sans s’appesantir. Certaines situations feront écho à certain(e)s d’entre nous.

Le premier désarroi devant la conversion à l’Islam radical d’un jeune homme révolté par l’exclusion sociale dont il souffre se lit dans le regard de sa mère qui comprend soudain qu’il est trop tard: « mon fils, c’est bien que tu sois devenu pieux. Mais la religion se parle avec amour. »

Sommes-nous à ce point désintégrés ?