Archives pour la catégorie sarkofrance

Bloguer contre l’ogre médiatique

Le Monde avait choisi de consacrer sa couverture du 7 décembre, et quelques articles du journal à l’intérieur à cet ogre médiatique, ce curieux ensemble composé des chaînes et radios d’information, des réseaux sociaux et des sites de news qui participent de cet emballement buzzométrique permanent.

Un conseiller ministériel anonyme, qu’on imagine bossant plutôt près de l’un de ses barons ministres plutôt qu’au porte-parolat ou chez la ministre de la Com’ et de la Culture, confiait ainsi: « C’est Sarkozy qui a jusqu’ici le mieux compris quel était le rôle d’un président sous la Ve, au XXIe siècle, dans ce contexte médiatique. Hollande et ses équipes savent comment ces médias fonctionnent, mais ils n’ont pas encore trouvé la bonne formule. »

« Hollande et ses équipes »… J’imagine qui est ainsi désigné.

Je suis pourtant surpris que des gens apparemment intelligents, politiquement éduqués, proches du pouvoir voire dans le pouvoir, puissent ainsi encore penser qu’il faille suivre le buzz et l’excitation pour gouverner.

Reconnaissons bien volontiers que Sarkozy fut l’homme présidentiel le plus cohérent avec cette vacuité systématique. Mais  qu’a-t-on retenu de cette étrange époque, presque une décennie, de zapping médiatique incarné au sommet de l’appareil d’Etat ?

Un président réduit à des apparitions sur-scénarisés, des discours hors sol, une agitation qui bloquait l’action, une excitation qui empêchait le recul et la décision, bref, ce fut un immense gâchis.

Notre propre expérience blogosphérique est née de ce besoin de riposter à cet encombrement manipulatoire. Aujourd’hui, la démarche demeure malheureusement la même. Sarkofrance demeure non pas tant parce que Sarkozy est là (il n’est pas là) que parce qu’il se trouve encore des journalistes et des hommes politiques pour nous encombrer l’esprit de futile et d’agitation.

Or la période est grave, elle mérite mieux qu’une « BFMisation » de notre vie citoyenne.

« Tout se vaut – ou peu s’en faut – au royaume de l’info en continu, de la réaction permanente et du direct sans filet. »

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Lampedusa: de Koz à mediapart

Le dernier conseil européen n’a servi à rien pour résoudre les prochains drames de Lampedusa. Mediapart s’en est indigné le 25 octobre dernier.

« Les promesses de solidarité avec l’Italie, l’Espagne, la Grèce et Malte, en première ligne, ont été oubliées. L’appel de la maire de la petite île italienne, Giusi Nicolini, à réformer les politiques d’accueil de l’UE « pour cesser de faire mourir des innocents », n’a pas été entendu. Pas plus que celui des survivants érythréens, empêchés de participer à la cérémonie en hommage aux victimes à Agrigente en Sicile, qui ont montré qu’ils étaient prêts à risquer leur vie pour fuir les persécutions ou la misère. »

En cause, l’absence d’assouplissement des règles d’accueil des immigrés en Europe. Je n’ai pas compris l’article. L’auteure s’énerve que l’objectif des Européens vis-à-vis de ces clandestins soit « de les intercepter avant qu’ils ne débarquent en Europe et, si possible, de les inciter à rester chez eux. »

Que faudrait-il ? Mediapart se lance: « La possibilité de modifier la politique d’immigration et d’asile européenne afin de la rendre plus hospitalière n’est pas évoquée. La question est renvoyée au mois de juin 2014, après les élections européennes programmées entre le 22 et le 25 mai. »

Permettez moi cette remarque, potentiellement explosive: n’y a-t-il donc que l’ouverture des frontières comme solution alternative ?

Début octobre, le blogueur Koz en appelait à une charité qu’il estimait nécessaire chez les chrétiens: « Le pape a dénoncé une « mondialisation de l’indifférence« , et il a bien fait. » Il poursuit avec la description précise d’une attitude nécessaire: « Oui, je pense que l’émotion est première, la compassion, la bienveillance. C’est le premier ressort de notre humanité. Oui, se laisser toucher, comme un doigt qui vient toucher ta poitrine, à toi. Cela ne veut pas dire que l’on a des solutions, des propositions. »

A Lampedusa, en quelques semaines, plus de 400 clandestins sont morts noyés en octobre 2013.

Koz n’est pas de gauche. La question, en l’occurrence, n’a d’ailleurs pas grande importance. Nous ne sommes pas proches, loin de là. Mais son propos résonne.

Droit du sol, droit d’asile: lâchez-vous.

François Hollande laisse donc bosser Manuel valls sur une réforme du droit d’asile. Pourquoi pas, me direz-vous ? Puisque l’affaire Leonarda aurait révélé des « failles » dans le dispositif; puisque les réponses aux demandeurs tardent tant…

Selon Antonin André d’Europe 1, « deux mesures sont d’ores et déjà arbitrées. Le gouvernement veut réduire les délais de réponse aux demandeurs d’asile de 18 mois actuellement à entre 6 et 9 mois, et limiter le nombre de recours possible. » On reste prudent. Antonin André est un journaliste capable de tweeter ceci cet après-midi:

Plus à droite sur l’échiquier, l’UMP s’est auto-saisit du droit du sol. Copé veut déposer une proposition de loi pour interdire la naturalisation aux enfants de clandestins nés en France.

Où est le sujet ? Cette manifestation du dernier égoïsme à la mode dans les franges frontistes nous replonge dans l’excitation anti-immigrée qui fait florès dans les sondages, les médias, et une large part du corps politique. On attends la une de l’Express (la semaine prochaine) et de Valeurs Actuelles; le sondage de BFMTV qui demandera à l’internaute anonyme ce qu’il en pense; l’édito de Caroline Roux sur Europe 1 qui s’interrogera sur l’hésitation hollandaise en la matière. Sans oublier, évidemment, Mélenchon ou je-ne-sais-qui avec son mégaphone qui nous traitera collectivement de racistes si l’on ne le suit pas.

Bref, 11 ans et 6 mois tout juste après le 21 avril que tout le monde connaît, c’est comme si l’histoire se répétait, en plus fort, en plus grave. Comme si personne ne souhaitait que cela se calme, comme si personne ne souhaitait autre chose que l’affrontement braillard.

C’en est devenu lassant, ici comme ailleurs, de répéter combien la République a tout à perdre à s’empêtrer dans des débats identitaires au point d’en oublier le reste. Cinq années durant, j’ai écrit, comme d’autres, qu’il fallait cesser d’instrumentaliser la lutte contre la délinquance et l’immigration – funeste association du discours désormais dominant.

Voici donc que l’UMP a décidé de réouvrir ce énième débat identitaire .

Najat Vallaud-Belkacem a livré sur son blog un juste billet:

« Ouvrir un tel débat aujourd’hui, ce n’est pas ouvrir la réflexion sur la politique d’immigration dans notre pays, encore moins participer utilement au redressement de la France, mais bien attaquer de front la République et ses valeurs, la France et son histoire, son identité profonde. »

Lisez la suite.

Ou lâchez-vous, mais sans nous.

 

Ce que je lis sur moi

Trois commentaires sur le blog principal Sarkofrance, parmi d’autres. Trois illustratifs d’une incompréhension persistante que je ne m’explique pas.

« Il n’en demeure pas moins que lorsque Nicolas Sarkozy se parjurait, on avait ici un réquisitoire en règle, désormais on est davantage dans la plaidoirie. »

 

Quel scoop ! Je suis plus indulgent avec Hollande qu’avec Sarkozy. Comment dire… Celui qui suit est plus ironique, comme son auteur. Mais sur le fond, il me permet de rebondir sur un point: il me paraît toujours aussi difficile de faire passer la complexité d’une position – tantôt critique, tantôt laudative – qu’elle concerne le pouvoir en place, ou l’opposition de gauche. A moins que sur ce blog, celles et ceux qui comprennent s’abstiennent finalement de commenter.

« Hollande est optimiste, Juan est admiratif et le soleil brille…Tout va au mieux dans le meilleurs mondes. »

La phobie sarkozyste revient régulièrement dans les critiques. C’est l’occasion de clarifier ce point: (1) Sarkozy m’a occupé l’esprit trop longtemps (2007-2012), donc forcément, je reconnais que cela laisse des traces; (2) Néanmoins, je m’étais fait à sa disparition après le 6 mai dernier; (3) Nous n’avons pas fini de payer son mandat; à l’instar d’une droite qui nous rappelle la retraite à 60 ans près de 30 ans après son adoption; ou les 35 heures plus de 15 ans après leur entrée en vigueur, je pense qu’on peut rappeler ce passé encore bien plus récent et le comparer avec ce que nous vivons; (4) notre microcosme est devenu amnésique, obnibulé par l’instant présent et la réflexion courte; rappeler d’où nous venons, ce que nous avons vécu, aide à éclaircir le présent. Enfin, last but not least, Nicolas Sarkozy me paraît être la meilleure des caricatures du monde politique actuel: narcissique, pressé, agité, inconstant, zappant, sans repère sauf sa classe et prêt à tout.
« Vous nous montrez vos limites de commentateurs de la vie politique française.
Vous faites une phobie constante sur Sarkozy (qui correspond à certains de vos adeptes) et qui vous empêche de voir les enjeux et surtout de l’incapacité de ce gouvernement socialiste à résoudre les problèmes des Français. »

DSK conseille Cahuzac

Pourquoi éprouve-t-on cet étrange sentiment de manquer de surprise ?

« Dominique a été utile pour que Jérôme comprenne qu’il y a une vie après la politique »

DSK conseillerait Cahuzac. L’information est (1) sans grand intérêt politique, (2) non confirmée par les deux intéressés. Ce sont encore des « proches » qui s’expriment. Ils ont été vus au bar d’un grand hôtel, le Royal Monceau, à Paris. On leur trouve des points communs: Stéphane Fouks – le communicant désormais caché d’Euro-RSCG; Anne Hommel qui travailla pour l’un puis l’autre.

Ils ont même ce « proche » en commun qui livre donc beaucoup à la presse, en l’occurrence le Monde.

« C’est d’abord le temps, les épreuves, le réel qui ont amené Jérôme à réfléchir, glisse un proche des deux hommes. Mais c’est vrai que Strauss lui a démontré qu’il y avait une vie après la politique. Ça a été des éléments de crantage extrêmement importants pour Jérôme. »

DSK conseillerait Cahuzac.

Quand on vous dit que certains ne tournent plus rond.

Insécurité : de quoi parle-t-on ?

A lire régulièrement les bulletins de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, on peut être statistiquement frappé du hiatus entre les discours et la couverture médiatique de la délinquance, d’une part, et sa réalité, même appréhendée de façon parcellaire par ces bilans, d’autre part.

De quoi nous parle-t-on, dans les médias, souvent audiovisuels, et les discours ? D’affrontements entre bandes ? L’ONDRP en a recensé 341 de janvier à octobre. De prises d’otages ? Il y en a eu 42 à fin octobre, sur 12 mois. De règlements de comptes de truands ? 42 à nouveau ! D’homicides ? L’ONDRP en a recensé 49 (en 12 mois !) à l’occasion de vols, et 626 (dont 51 contre des enfants de moins de 15 ans) pour d’autres motifs.

Ces données sont à rapprocher des violences physiques : 462 000 actes sur un an, pour l’essentiel des vols violents, avec ou sans armes (119 000), des coups et blessures « divers » (192 000 en un an), des violences sexuelles (23 000), des menaces ou chantages (81 000).

Si l’on élargit l’analyse au « sentiment d’insécurité« , les résultats sont encore plus effroyables : il y aurait près de 4,7 millions de vols ou tentatives de vols par an en France, à rapprocher des 1,8 millions vols effectivement recensés par les forces de l’ordre. En 2007-2008, « plus de 310 000 femmes de 18 à 75 ans ont été victimes de violences sexuelles », dont 225 000 de la part d’une personne extérieure à leur ménage, note l’ONDRP… Alors que les statistiques officielles n’enregistrent « que » 23 000 violences sexuelles au global (tous sexes confondus)… Plus de 2 millions de personnes (âgées de 18 à 75 ans) se déclarent victimes de violences physiques sur deux ans…

Que comprendre ?

Une seule chose : on nous ballade avec des exemples anecdotiques.