Fillon sifflé, Macron inquiet, Le Pen cachée

Marine est au courant de tout. C’est le titre d’un ouvrage de deux journalistes, de Marianne et Médiapart. La blonde présidente est mal entourée. Ses amis les plus fidèles se rincent sur de juteux contrats de com’ pour le FN, trinquent au Reich et « négationisent » tranquillement. Même Louis Aliot s’en émeut sur Twitter.

La suite, s’il y a une suite, se déroulera dans un procès pour détournement de fonds de public ou abus de biens sociaux.

Emmanuel est au courant de tout. Une affaire toute bête, l’une de celles auxquelles on ne fait pas gaffe quand on navigue dans les sommets, entre grands de ce monde. Il était encore ministre, et décida à la dernière minute de faire une belle soirée avec notre argent lors d’un show high-tech à Las Vegas, cela ne s’invente pas. Le budget, faramineux pour un exercice aussi vain, 380 000 euros, fut confié sans appel d’offre à Havas. Le directeur de communication de Macron était chez Havas au même moment.

La vie est belle.

François est au courant de tout. Ses costumes offerts, l’enveloppe parlementaire versée à ses enfants qui lui reversent en retour, les conférences rémunérées par des labos, les vols en jet de la République pour rentrer le weekend dans la Sarthe, etc, etc. François sait tout, mais il ne comprend pas pourquoi on le siffle . Il était encore jeune quand Chirac recevait des valises de billets, ou faisait employer des cadres du RPR par la Mairie de Paris.  François sait tout, mais il ne comprend pas pourquoi on n’écoute pas quand il promet l’impunité zero, la lutte contre les « voyous », et une charte contre les conflits d’intérêt.

La vie est belle.

Le problème Fillon

Imaginez qu’il soit votre candidat naturel.

Il a embauché sa femme avec de l’argent public pour un salaire de cadre sup.

Il a embauché ses deux enfants étudiants , mais la fille moins  cher que le garçon, avec de l’argent public pour un salaire de cadre sup également.

Il s’est fait offrir pour 33 SMICs de costumes taillés sur mesure.

Il a facturé des prestations de conseil à des labos avant de suggérer de privatiser la Sécu.

Il a bénéficié d’un prêt de 32 fois le SMIC, sans intérêt, par l’employeur de sa femme.

Sa femme est soupçonné d’emploi fictif à deux reprises.

Il a utilisé le jet de la République pour se rendre à la maison, à deux heures de train de Paris.

 

 

Qui soutient vraiment Macron ?

Il n’y a rien de grave, rien de sale, rien de méchant.

Juste une clarification qui mériterait enfin d’autres clarifications qui, malheureusement, n’arrivent pas.

Les soutiens de Macron d’abord. Comme le relève précisément le Monde, Macron rassemble une partie de socio-libéraux,  des élus (ex)socialistes, de l’UDI, de feu le RPR; des économistes libéraux en tous genres, quelques grands patrons. Il y a Alain Minc, il manque Pierre Gattaz.

Il n’y a rien de grave, rien de sale, rien de méchant. Il s’agit de clarification. Il s’agit de comprendre qui s’apprête à remporter l’élection présidentielle (si l’on en croit les sondages) ou, plutôt, qui s’apprête à s’effondrer devant Marine Le Pen au second tour de la même élection.

Il y a encore des éditorialistes consentants pour affecter Macron à la « gauche« , comme l’envie de prolonger un feuilleton droite/gauche qui n’a plus lieu d’être. Macron lui-même répète qu’il n’est ni de gauche, ni de droite, et vice-versa.

Il est surtout l’adversaire rêvé pour une candidate frontiste qui l’attend le pied ferme: jamais élu, déjà ministre, co-responsable du bilan Hollande, au coeur du pouvoir financier. Macron est à Le Pen ce qu’Hillary était à Trump, l’expérience et un parti politique en moins.

Attaqué sur sa cohérence politique, Macron a eu cette réponse curieuse, à peine surprenante sur TF1 dimanche soir: d’abord, la moitié des député(e)s seront nouveaux. Un premier renoncement sur la volonté de « tout changer » il y a quelques mois. Ensuite, le gouvernement sera de « 15 membres maximum, avec des personnes de la société civile et des personnes du monde politique venant de la gauche, du centre, de la droite. » Quelle cohérence ? Enfin, le bullshit de communicants, une bouillie de pubards: « Depuis 30 ans, on assiste à l’alternance de la droite et la gauche qui balaye tout de manière automatique. Là ce sera la véritable alternance, celle d’une nouvelle méthode de gouvernement, parce que je vais réunir pour être efficace des femmes et des hommes de bon sens« 

Amen.

Contre la pression des sondages

Les sondages pourrissent l’élection plus que jamais. Ils obligent les unes et les autres à se positionner sur une réalité fictive, des enquêtes aux échantillons faibles, des résultats matraqués quotidiennement comme la réalité du pays.

Les sondages créent cette pression collective sur l’individu qui en perd son libre-arbitre.

Il y a peu, dîner entre amis et l’inévitable question: en cas de second tour Fillon/Le Pen, tu votes qui ? Personne, je m’abstiens. Et d’abord, pourquoi me posez vous la question ? A cause des sondages. L’autre question tombe. Et si c’est Macron ?

Mais pourquoi donc devrais-je répondre à 50 jours… du premier tour ? A cause des sondages.

Les sondages nous mettent en vrille. Ils polluent, ils fatiguent, ils influencent. Ce n’est pas tant leurs erreurs qui sont en cause que l’influence quotidienne, méthodique. Le matraquage incessant, le trouble qu’ils jettent sur le débat politique.

Si j’étais président, j’interdirais les sondages avant les présidentielles.

Chanson du dimanche: « bang bang »

Tu m’as tiré dessus.

 

Les bonnes affaires de Marine Le Pen

Cet homme a gagné plus de 40 000 euros de rémunération sur fond public en tant qu’assistant parlementaire, pour 3 mois de « travail« . La somme donne déjà le tournis. Quand on ajoute qu’il y a soupçon d’emploi fictif…

Thierry Légier est en fait le garde du corps de Marine Le Pen, et l’un des soupçonnés d’emploi fictif qui valent à la présidente du FN une prochaine mise en examen.

La liste des crapuleries et autres accusations est longue. Il faut lire cette enquête de Society Magazine cette semaine, qui fait parler quelques-uns de  ce tiers d’élus locaux frontistes qui ont démissionné de leur mandat, dégoutés. 400 élus sur 1500 !

Vingt emplois fictifs au frais de l’Etat, une fraude organisée, pensée, mise en oeuvre sciemment.

Sa présidente refuse une convocation de la justice au motif que cela dérange sa campagne. Même hors campagne, elle a toujours refusé de répondre et de se défendre. Quelle idée se fait-elle de la justice ? Demanderait elle une immunité plus grande encore que celle que la République procure même à ses crapules ?

Douze frontistes ou proches du FN sont déjà mis en examen pour fraude au financement des campagnes électorales de 2014 et 2015.

Le FN n’a pas besoin d’être diabolisé.

On voit tout de suite ce dont il est capable.

 

 

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles. "Ce n'est pas le désaccord qui gêne mais la façon dont il s'exprime."