Chanson du dimanche: self-control

Un peu de nostalgie.

 

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Richard Ferrand est un symbole

Richard Ferrand a été élu sans surprise président de l’Assemblée.

Il a eu la victoire « étriquée« . Son propre camp n’a pas entièrement voté pour lui.

Il obéira à Macron « le doigt sur la couture du pantalon ». L’Assemblée sera un corps vide où seul le bruit et la fureur exprimée par l’opposition lui donneront un minimum d’existence et une justification médiatique.

Ferrand a des casseroles judiciaires graves. Qui a pu penser au sein des macronistes que c’était une bonne idée ? N’y-avait-il pas un(e) autre député(e) ? Si Macron a pensé que c’était une bonne idée, il a prouvé une fois de plus qu’il n’est qu’un monarque, c’est-à-dire un homme qui préfère la loyauté sur la compétence. S’il n’a trouvé personne d’autre que cet homme, soupçonné de corruption, par ailleurs goujat, cela en dit long sur la décrépitude de cet aréopage qui a pris le pouvoir.

Comme l’écrit l’estimable REGARDS, « On vous aurait bien fait un Top 10 des macronistes confrontés à la justice, mais ils sont déjà treize. » Et voici donc l’un d’entre eux à l’un des sommets de cette Vème République vieillissante.

 

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Ce qu’il faut lire sur « aufstehen »

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Pour assimiler les insoumis français et leurs alliés européens potentiels à l’extrême droite souverainiste, le Parti médiatique ne s’épargne aucun effort. L’un des derniers en date a consisté à désigner comme xénophobe le récent mouvement allemand « AufStehen! » (« Debout! »). On a vu ainsi fleurir articles et éditoriaux dans toute la presse dominante, y compris chez quelques médias considérés à gauche tels Libé, Le Monde, ou France Inter.

Dans son discours de rentrée à Marseille, Mélenchon a expliqué le propos: oui, il y a des migrants; oui, il faut les aider; oui, le capitalisme aime à profiter des plus pauvres d’entre les pauvres.

Au gauche, quelques-uns ont joué aux idiots utiles de cette Macronista qui cherche à amalgamer la France insoumise avec l’extrême droite. Olivier Besancenot a rejoint Benoit Hamon pour insister sur ce clivage qu’ils auraient avec la France insoumise, alliée à Aufstehen…

Mais qui a lu le manifeste de Aufstehen ? Qui a lu autre chose que les compte-rendus de ces journaux et les analyses de ces éditocrates ? On peut penser que l’allemand est peu parler ou compris par nos éditocrates et observateurs politiques. LeMedia, dans sa version presse, corrige cette lacune en traduisant le manifeste de AufStehen.

Que chacune et chacun juge enfin sur pièces. Ce texte a été écrit et publié dans un pays qui a accueilli plus d’un million de migrants entre 2015 et 207, quand la France faisait la moue pour en accueillir 10 fois moins.

J’ai ci-près volontairement sélectionné

« Ce sont surtout les grandes entreprises et les propriétaires qui profitent de la globalisation. Du libre-échange, des privatisations et du marché européen intérieur. Pour les nantis, la promesse de l’Europe a été tenue. Les personnes qualifiées et mobiles peuvent utiliser les nouvelles libertés. Par contre près de la moitié de la population dispose d’un revenu inférieur aux années 90. Pour beaucoup la libre circulation et l’immigration se traduit par une concurrence accrue sur le marché du travail et des emplois moins rémunérés. Également pour les employés de l’est dans les abattoirs et dans la santé en Allemagne l’exploitation s’est accrue. Et pendant que les konzernes déversent de hauts dividendes, les pauvres se battent à table pour des aliments périmés.

(…)

« La destruction de la cohésion sociale, la montée des aigreurs et le sentiment d’impuissance crée un terreau pour la haine et l’intolérance. Bien que la raison principale de la peur du lendemain soit la crise de l’État social et une instabilité globale la crise migratoire a conduit aussi à de l’insécurité. Les exactions sur des personnes en raison de leur apparence ou de leur religion s’accumulent. Nous refusons le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. C’est pourquoi nous jugeons irresponsable la méthode Merkel de traitement de l’immigration. Les villes, les communes, les bénévoles sont laissés seuls. Beaucoup de problèmes déjà existants comme le manque de logements, les écoles surchargées, places en maternelle manquantes se sont aggravés. Au bout du compte, ce sont de toutes façons les plus pauvres qui trinquent.

(…)

Voici nos buts :

  • Une nouvelle politique pour la paix (…)
  • Des emplois sûrs, de bons salaires, une fiscalité juste et un nouvel État social dans une économie innovante (…)
  • Une économie environnementale soutenable, (…)
  • Arrêter les privatisations et ré-nationaliser, (…)
  • Une formation de haut niveau pour tous (…)
  • Sauver la démocratie (…)
  • La sécurité dans la vie quotidienne (…)
  • Une Allemagne européenne dans une Europe unie de démocraties souveraines. (…)
  • Aide à la détresse : assurer le droit d’asile pour les réfugiés. Stopper l’exportation d’armes dans les régions de tension et cesser le commerce déloyale. Aider les réfugiés de guerre et climatiques. Lutter sur place contre la pauvreté, la faim et les maladies de la misère et ouvrir des perspectives dans les pays de naissance. Égaliser les chances de vie pour tous les peuples à un haut niveau en accord avec les ressources. »

 

Pour sûr, le débat n’a pas été inventé par des éditocrates français en mal de caricatures. En Allemagne, il existe. L’irruption du mouvement aufstehen provoque et divise à gauche, et même (et surtout) au sein de Die Linke. Mais ces échanges ont été moins caricaturaux que le portrait qui en a été fait en France.  aufstehen est un mouvement, pas un parti, une initiative à suivre dans un pays où la droite conservatrice est pouvoir depuis 15 ans et où la « prospérité » prédatrice pour les voisins de l’Allemagne a été acquise au prix d’une aggravation de la précarités des plus fragiles. 

Lisez donc.

 

 

Chanson du dimanche: le cœur mort

Midnight Oil, il y a tout juste 30 ans.

 

Être Raphaël Enthoven

Raphaël Enthoven est un éditocrate, c’est-à-dire quelqu’un qui (1) dispose de tribunes médiatiques exposés, et (2) y livre son point de vue sur les affaires du monde. Comme les éditocrates des médias, Enthoven n’aime pas dévoiler d’où il parle, c’est-à-dire quelles sont ses grandes orientations politico-philosophiques – pour qui vote-t-il ? Vote-t-il ? Pour qui votera-t-il ?

Il apprécie d’ailleurs peu les anonymes qui sévissent sur les réseaux sociaux, même quand ces derniers annoncent clairement la couleur de leur engagement, quand lui, personnage public, rechigne à cette transparence. Parmi ses têtes de Turc, « les insoumis », masse homogène dans sa tête et sa bouche, tiennent une place de choix. On ne compte plus les railleries, attaques, critiques contre « les insoumis » sous la plume numérique de l’éditocrate. N’y voyez pas une prise de position politique bien sûr.

Bien sûr.

Je ne sais pas comment Enthoven réussit à amalgamer les insoumis avec la même rage qu’il consacre à dénoncer les amalgames, mais il s’en donne à cœur joie. Les insoumis sont pluriels, ils sont traversés par des débats, des désaccords et des convergences. Pour le second tour de la présidentielle de 2017, Mélenchon justement avait eu cette audace de décrire la pluralité de ses soutiens du premier tour, une pluralité, expliquait-il, qui lui imposait de laisser à chacun(e) le libre-choix de son vote face à Marine Le Pen.

Bref, « les insoumis » n’existent comme un corps homogène que chez quelques esprits faibles, dont Raphaël Enthoven.

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Enthoven défend une « pensée complexe », une pensée qui ne saurait se résumer en quelques tweets, ni même un titre pour chapeauter une interview. C’est son droit. Le monde est complexe. Le résumer est complexe.

Pourtant, parfois, Enthoven défend une complexité qui sert en fait une oppression. Par exemple, on lui reproche ce propos sur le manspreading: « le manspreading exclut le 1 % de femmes qui se livrent aussi à cette pratique, et qu’en cela, il est essentialisant. » Prenons au mot. Quand on dénonce le manspreading, qui donc concerne des hommes dans 99% des cas à lire Raphaël Enthoven, on peut considérer que le problème, puisque Enthoven reconnait que cette vulgarité beauf est un problème, est MASSIVEMENT d’origine masculine. Donc je m’interroge sur le souci que cet éditocrate a ainsi de dédier quelques précieuses minutes de son temps médiatique à expliquer qu’il ne faut pas « essentialiser » le comportement.

Je n’ai pas envie de critiquer cette envie de trouver la vérité profonde de l’âme et de la nature humaines – est-ce parce que je suis homme que je suis/fait/pense essentiellement ceci ou cela ? Personnellement, je ne le crois pas, mais c’est un autre sujet. Mais Raphael Enthoven fait mine de ne pas comprendre que ses commentaires servent à minorer l’importance de quelques combats essentiels – la lutte contre le sexisme et la domination masculine est un. Celle contre les discriminations en est une autre.

Notre société est dominée, abîmée, agressée par des mâles blancs. C’est un fait qui se constate, malheureusement, chaque jour, heure, minute, seconde. Raphaël Enthoven, effrayé soudainement qu’un magazine de droite ait résumé l’impression que ses leçons médiatiques nous donnent, s’est indigné quand son propos est devenu le titre de l article. Et pourtant…

« J’aimerais être une femme noire pour pouvoir dire la même chose de la même manière et qu’on arrête de m’emmerder avec mon sexe ou la couleur de ma peau. Mais personne n’est parfait. »

Cette phrase, placée dans la bouche de l’éditocrate, est cocasse. Elle a fait mal à notre éditocrate. Enthoven s’acharne avec une régularité de métronome contre Rokhaya Diallo. Il se retrouve dans la même désagréable barque que Laurent Bouvet qui s’indigne de se voir accusé de racisme à force de pratiquer le même acharnement parce qu’une personnalité noire exprime son ressenti du racisme et de l’exclusion au quotidien. Cette dernière relate, notamment, avec la même régularité, comment et combien être noir(e) en France vous expose à un malaise, des incompréhensions, de la haine parfois. Un comportement louable, quand on fait partie des plus influents parmi les dominants, est de se tenir calme, ouvert, compréhensif. Ce n’est pas celui choisi par Bouvet, malheureusement.

Je n’ai qu’un conseil pour ces deux mâles blancs: calmez vous. Réservez donc votre énergie militante pour les causes des plus défavorisés.

Ce sera utile.

« Dieu a dit : il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux ; mais ça sera pas facile… Et puis il a ajouté : il y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux, ce sera très dur ! »  Coluche.

Les élections européennes sont-elles un piège ?

Nombreux sont celles et ceux qui se sentent profondément européens, qui n’ont rien contre le concept de fédération ou d’union, et qui pourtant se sentent mal à l’aise de façon croissante à l’encontre de l’Union européenne telle qu’elle existe. Ces Européens-ci ne se reconnaissent pas dans l’accusation de « nationalisme » ni de « souverainisme«  » dont les eurobéats libéraux les affublent.

Pour le prochain scrutin, certains tentent déjà de placer le débat dans une opposition binaire – pour ou contre l’Union européenne, nation contre union. J’ai pu constater combien le simple fait d’émettre un doute, par exemple de critiquer la façon indigne dont l’Union européenne s’est comportée avec l’un des siens, la Grèce, débouchait rapidement sur des accusations de souverainisme étriqué. Critiquez Juncker, et vous voici complice d’Orban. Critiquez l’attitude conjointe des gouvernements italien et français à l’égard des migrants de Méditerranée (où l’équipe Macron s’est objectivement, factuellement aligné sur la position xénophobe des neo-fascistes italiens), et vous voici sommez de justifier si et comment vous voulez sortir de l’intégralité des accords de l’Union européenne.

Cette manière de caricaturer l’Europe n’est pas rendre service à l’Europe.

Prenez le Breixit. C’est certainement une belle bêtise, voté sur fond d’abstention record, défendue par des racailles néo-libérales ET nationalistes qui pour la plupart se sont ensuite débinées. La gauche Corbyn s’est abimée dans un affrontement quasiment identique à celui que les macronistes souhaitent nous imposer pour le prochain scrutin: droite contre droite/extrême droite.

Fustigez le dumping social ou fiscal, et les eurobéats s’exclameront: « mais tu es contre la  libre circulation des biens et des personnes ?!? »

La libre circulation des biens et des personnes ? Tiens, parlons-en. Parlons donc des migrants. L’Europe version Macron a choisi de s’aligner sur les positions nationalistes de fermeture des frontières, la réduction du droit d’asile et la traque des sans-papier. Les mêmes – Orban, Salvini, Macron – vont aujourd’hui nous faire le jeu de la fausse opposition.

Quand on défend le marché unique, la libre concurrence des Etats les uns contre les autres, « et en même temps » la traque des migrants et la réduction des droits sociaux, il semble qu’un peu d’humilité et de silence serait les bienvenus.

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles. "Ce n'est pas le désaccord qui gêne mais la façon dont il s'exprime."