Tous les Articles par Juan Sarkofrance

Salir Hollande ?

C’est un échange de tweet, que j’ai rattrapé, hier, plus tard. Tout est venu d’un tweet de l’ami Bembelly. Il fustigeait la récup de Mister Valls qui allait célébrer la rupture du jeun du Ramadan.

Bembelly s’est pris quelques remarques désagréables de sympathisants socialistes heurtés par cette critiques. Ils/Elles ont largement le droit d’être agacés, gênés, heurtés, fatigués des critiques croissantes contre Valls, Hollande, et l’équipe gouvernementale.

Je crois très sincèrement qu’ils se trompent d’analyse.

1. Il faut séparer les critiques qui ont un agenda politique clair et établi d’opposition systématique, de celles qui émanent d’électeurs sincères mais déçus. Car ces derniers souffrent au moins autant que ceux qui restent supporteurs à supporter les critiques.

2.  On a un désaccord politique. Les procès en gauchitude ne servent à rien, les procès inverses non plus. On mérite mieux, tous ensemble. Mais ignorer que François Hollande a changé, durci, glissé, c’est un peu fort.

3. Nous ne refaisons pas le match. Des amis du Front de gauche le regrettent . C’est la vie, c’est comme cela. On cherche à voter utile, c’est-à-dire pour plus fort et plus grand.

4.  J’ai fait campagne pour Hollande, sans regret, sachant qu’il était plus à droite que moi sur nombre de sujets (je résume en disant "à droite").  Si je suis déçu au point de m’opposer, alors qu’il n’y a aucune alternative solide à gauche, cela veut dire plusieurs choses (choisis la bonne réponse): (a) je suis fatigué; (b) je suis déçu; (c) je suis naïf.

5. Nous sommes d’une incroyable clémence dans l’opposition à Valls/Hollande. Très sincèrement, relisez ce que nous écrivions sur Sarkozy. Je dis "nous" pour désigner celles et ceux qui sont partis dans l’opposition alors qu’ils ont fait campagne pour Hollande.

unfollow

Le jeu meurtrier d’Israel que Valls ne voit pas

La réaction de l’ambassadeur israélien à Washington, ce 22 juillet 2014, est à vomir. Après les débordements lunaires et contreproductifs d’une manifestation pro-palestinienne samedi dernier, cette actualité poursuit son triste cheminement dans nos colonnes.

"Je pense qu’Israël devrait gagner l’admiration de la communauté internationale pour la retenue dont il a fait preuve au regard des menaces qui pèsent sur lui."

Il faudrait comprendre: Tsahal ferait attention dans ses attaques, hier aériennes, aujourd’hui terrestre.

600 morts palestiniens en une quinzaine de jour. Des civils pour l’immense majorité des victimes. Des milliers de blessés.

Le décompte macabre devrait inciter a la prudence, au cessez le feu immédiat.

Il n’y a rien, et même le contraire. Israël a perdu. Le Hamas a gagné. Chaque mort civile réactive notre indignation collective.

Au passage, il paraît que Hollande s’est "démarqué" de son premier ministre trop sinistre par rapport à l’offensive israélienne. Nous y reviendrons.

Je réalise surtout les limites de l’efficacité vallsienne. On connaît nos désaccords. J’en ajoute un, Manuel Valls est inefficace. Qu’il soit incapable de saisir la dangerosité de la situation, ici comme ailleurs, témoigne d’une bêtise assez crasse.

Dire Non

C’est le dernier bouquin d’Edwy Plenel.

Il mérite plusieurs chroniques. En voici une première.

La lecture de cet ouvrage est l’occasion de revisiter quelques désaccords.

On pourrait refaire le match. Dès les premières heures du quinquennat Hollande, Edwy Plenel, et Mediapart  tout entier, se sont attachés à brocarder violemment Manuel Valls. Nous avons cru qu’il fallait au contraire "laisser sa chance au produit", que l’homme participerait à l’aventure collective hollandaise, mais aussi normaliserait des sujets qui étaient devenus les fers de lance de l’instrumentalisation politique extrême-droitiste de Sarkofrance – nommément l’immigration et la sécurité.

Deux ans plus tard, Mediapart avait raison. Ou plutôt, nous faisons aussi le constat que Manuel Valls a échoué sur ces deux terrains. Et qu’il n’est du coup plus que la caricature qu’on faisait de lui en mai 2012. Mais je reste dubitatif, et parfois en rage, contre la tactique initiale de l’opposition d’alors, qui consista à adopter une posture ultra-clivante.

Si "l’équipe" socialiste dans son ensemble a perdu la confiance des Français, ce n’est pas grâce au travail de conviction de son opposition de gauche mais à cause de son propre échec.

—–

Le chapitre sur l’identité est essentiel. Oui, "la France est un pays d’origine étrangère". Plenel multiplie là encore les références et les rappels. Mais il explique la montée du racisme et de la xénophobie depuis 30 ans par "l’inconscient toujours enfoui du rapport colonial, y compris au sein de la gauche française".  Pour lui, nous Français n’avons jamais digéré la fin de notre Empire. Notre décolonisation s’est faite dans la douleur, la quasi-guerre civile, les excès et le drame. Cette incapacité collective à "dénouer" pacifiquement les fils de la colonisation dans les années 50-60 expliquerait le ressenti xénophobe d’aujourd’hui.

Plenel néglige l’impact de l’Islam. L’Islam, quand il s’exprime de façon radicale, transporte une image de la femme plus terrifiante pour les laïcs (et l’athée que je suis) que les pires clichés de l’extrémisme juif ou catholique. Plus d’un siècle après la loi de 1905, nous pensions en avoir (presque) fini avec l’irruption du religion dans notre vie politique. Le mariage pour tous a montré que les réacs religieux sont plus vivaces qu’avant.  Il n’empêche que les réactions anti-Islam rallient aussi des laïcards de gauche, parfois avec excès.

 

 

Pourquoi tout comparer à Sarkozy ?

C’est un commentaire de l’ami Nyantho hier sur Sarkofrance#2, qui me pousse à écrire.

"Je ne comprends pas ce besoin de comparer sans cesse ce nouveau gouvernement à Sarkozy. Faudrait sortir de ce référentiel."

1. Sarkozy est un référentiel essentiel. Cet homme politique illustre une dérive incroyable de nos moeurs démocratiques. Il fut également un rouage décisif de cette dégradation. En résumé, Sarko a accéléré la décomplexion du "Monstre", c’est-à-dire l’expression libre et sans gêne des sentiments haineux les plus simples. Je ne vais pas revenir là-dessus.

2. Je suis devenu blogueur à cause de Sarkozy. Je l’ai toujours à l’esprit, à tort ou à raison. Et il faut bien, après cinq années d’opposition, prendre le temps, parfois, pour se rappeler d’où l’on vient.

3. Ce gouvernement Valls singe par bien des aspects les pratiques de l’équipe précédente. Je n’ai jamais fait accepter ni promu l’équation Hollande=Sarko. Je ne crois même pas que Valls équivale à Sarkozy. Mais notre actuel premier ministre croit moderne d’adopter des tics d’attitudes; des idées "post-gauchistes", des postures si répandues en Sarkofrance comme cette stigmatisation de quelques boucs-émissaires pour mieux faire diversion.