contre l’islamophobie

Oublions les disputes de vocabulaires du genre « critiquer la religion musulmane est-il de l’islamophobie ? ».

Le vrai sujet est: n’est il pas nécessaire de pointer les dérapages contre l’islam quand cette religion est caricaturée dans le sang et la barbarie par Daech et quelques autres ?

Nous devrions répondre par l’affirmative. C’est un athée qui vous l’écrit.

Bien sûr, quelques esprits faibles vont trop loin dans la démarche. Ils oublient Daech, minorent le sujet. C’est bien au nom de l’Islam que ces malades agissent. Mais c’est l’Islam qu’ils détruisent par là même.

Une plateforme d’information sur islamophobie a été lancée cette semaine.

« Nous sommes un groupe de militants associatifs, de journalistes, de citoyens préoccupés par les dérives auxquelles nous assistons en France et, plus largement, en Europe.  » (lire la suite)

La profession de foi qui se poursuit est éloquente.

« Le racisme gangrène nos sociétés : contrôles au faciès, destruction de camps roms, agressions de femmes musulmanes, discriminations des personnes portant des noms à « consonance étrangère », projets de loi et circulaires ciblant les femmes voilées, interdiction des repas diversifiés dans les cantines… »

Mais ne nous trompons pas. Jamais dans l’Histoire récente (un ou deux siècles) n’avons nous vécu telle attaque contre les fondements de la culture, l’intelligence, la liberté individuelle par les tenants déraillés et barbares d’une religion.

Jamais.

Toute comparaison avec d’autres évènements historiques, comme par exemple les comparaisons entre les persécutions des juifs et la Shoah et les discriminations et dérapages outranciers contre les musulmans n’ont absolument aucun point de comparaison possible.

Il faut défendre des innocents, veiller à ne pas perdre son âme de République – une République déjà abimée par les dérives sécuritaires des lois sarko-vallscistes – mais de grâce, évitons les comparaisons anachroniques.

les auteurs de « Contre-attaque(s) » veulent éviter ses écueils. Et rappellent que l’islamophobie rappelle l’antisémitisme.

A suivre, donc.

Le site « Contre-attaque(s) » entend donc favoriser les mobilisations en publiant des textes d’analyse et de discussion, en dressant une revue de presse de ce que les médias et les politiques disent de l’islam et des musulmans, en relayant toutes les initiatives locales, nationales et internationales contre l’islamophobie. Il vise aussi à offrir à tous des documents et des kits d’information pour aider à ces mobilisations. Il se veut un lieu de large convergence dans un combat qui engage l’avenir de notre pays.

La fracture que l’on refuse

Il est rare, rarissime que je sois d’accord avec Luc Ferry. Ancien ministre de Chirac, un expérience improbable, Luc Ferry est devenu comme l’idiot utile de plateaux radiophoniques et audiovisuels. Il y a peu de chance que ses idées, toujours vagues et libérales, impriment le peuple ou l’Histoire. Mais Luc Ferry sur Europe 1, dernier lundi d’août 2015, a reconnu l’imparable: la gauche est divisée comme jamais. Cette fracture est historique.

Ferry insistait sur combien Macron et Valls n’étaient que des socio-démocrates donc forcément à « gauche » lui qui ne savait s’il était « çà droite ». S’en suivit une déclaration béate d’admiration incroyable pour Macron, allant jusqu’à citer Aristote (on ne donne que quand on a suffisamment gagné, en substance).

Mais Ferry avait raison sur ce constat, la fracture à gauche pourrait être historique.

Je la refuse.

Je sais bien que les vrauchistes traitent de faucialistes ceux d’en face qui sont politiquement pourtant les plus près d’eux. Mais faites vous mêmes les constats suivants:

1: la droite de gauche sans sa gauche  n’est rien. Si le PS s’allie finalement avec sa droite, dont il conduit très largement la politique socio-économique depuis quelques temps, il terminera comme le PRG ou le Parti Radical, c’est-à-dire une force d’appui dont l’immense majorité d’entre nous a oublié jusqu’à l’existence. Qui donc sait que le PRG rassemblait Taubira ET Tapie ?

2: la gauche expurgée de sa droite de gauche n’est pas majoritaire. Politiquement, c’est un souci.

3: les militants et sympathisants sont autre chose que les appareils. Les campagnes et déchirements ont fait du mal, créé des divisions, mais qu’importe. Il faut les dépasser.

4: Hollande adore les synthèses, je préfère celle que Mélenchon tente de faire, enfin, avec EELV vidée de ses groitistes et les frondeurs du PS.  Mélenchon fut parfois un boulet à force d’invectives. Qu’il change enfin, s’il le fait vraiment, est une bénédiction. Je n’y crois qu’à moitié tant ses déclarations contre Najat Vallaud-Belkacem, ce weekend lors de l’université d’été du PG, furent à nouveau violente.

Bref.

Refusez la fracture non pas entre les appareils, mais entre les sympathisants et militants. Celle-là seule serait dangereuse.

C’est la rentrée, mais laquelle ?

La dernière une de Charlie Hebdo, que nous avons postée hier, est assez à l’image de notre moral.

Aucune envie de rentrer, et pourtant la rentrée s’impose à nous. Même quand on n’est pas parti, c’est la rentrée, celle des autres, des enfants, des politiques ou des collègues (quand on travaille), le retour aux horaires « normaux », la fin des travaux estivaux sur les routes, l’approche de l’automne et la fin des beaux jours.

Aux Etats-Unis, la rentrée (« Back to School« ) a déjà commencé. Nos gamins reprennent l’école après 2 mois de congés pour des journées surchargées.

La « rentrée » est  un exercice plein d’espoir, avec ses bonnes résolutions, ou d’inquiétudes, avec ses promesses de changements subis ou de bouleversements. La « rentrée » est comme le changement d’année, un cap symbolique dont on espère qu’il changera tout ce qu’on n’apprécie pas.

 

Chanson du dimanche: être ensemble

Le piège écolo

Un cycle s’achève, François de Rugy a raison. Le député élu sous l’étiquette EELV avec le soutien du Parti socialiste en juin 2012 quitte le mouvement écolo sur ce constat.

« Je quitte Europe écologie-Les Verts car pour moi EELV, c’est fini. Le cycle ouvert par Daniel Cohn-Bendit en 2008 est arrivé à son terme. »

Un cycle s’achève sans qu’on devine encore le suivant. Les écologistes se divisent, et durement, puisque Jean-Vincent Placé à son tour a quitté le parti. Très franchement, j’attendais ce craquement. Incapables de choisir entre soutien et opposition, EELV est dans une posture politiquement intenable.

Objectivement, et quelque soit l’avis que l’on porte sur l’actuel gouvernement, EELV n’a absolument rien à attendre en matière de transformation écologique. Nous entamons la dernière année « normale » d’un quinquennat épuisant. sur quoi donc ces écologistes veulent-ils peser « de l’intérieur » pour faire avancer la cause de l’écologie politique « réaliste« . Fermer eux-même la centrale de Fessenheim ?

Hollande ne comprend que le rapport de force. Se priver de cet atout est dommageable et politiquement crétin.

De Rugy et Placé ne pèsent plus. Mais sans doute gagneront-ils un strapontin lors du prochain remaniement de décembre.

Les écologistes ont deux possibilités. S’allier rapidement au Front de gauche sur la base d’un programme négocié. Ou faire pression sur Hollande pour obtenir le scrutin proportionnel, même partiel, lors des prochaines législatives de 2017.

Dans les deux cas j’applaudirai.

Mais sinon.

Comment dire…

 

 

Pourquoi et comment Tsipras dérange jusqu’à Jacques Sapir

Alexis Tsipras casse les codes d’analyse fréquemment utilisé ici ou là en France.

C’est un leader présenté de la gauche radicale. Tous les commentateurs politiques français l’ont fait,  gauche comme à droite. Pour celles et ceux qui se sentaient simplement de gauche, Tsipras était simplement de gauche. Quand Tsipras a cédé au diktat européen, il est soudainement devenu l’homme de gauche pragmatique. Les europhiles français eurent toutefois besoin d’enfoncer l’homme et d’insister sur son échec. Il fallait que #TINA l’emporte.  De leur côté, les gauchistes étaient sonnés, tristes, en colère ou solidaires. Tsipras, en France, n’avait plus les mêmes soutiens.

L’échec en politique existe. Tsipras n’a pas échoué parce que son programme était théoriquement mauvais mais parce que le rapport de forces lui était défavorable. Nous avons dans ces colonnes et ailleurs toujours insisté sur ce B-A-BA de la politique – le rapport de forces. La réalité politique n’existe qu’en fonction des rapports de forces qu’on n’arrive à créer. Ces derniers sont aussi importants que les idéaux. Certains, à gauche, l’ont oublié. D’autres, à gauche, ne pensent plus qu’à ça. Tsipras nous rappelle que la politique est une affaire d’équilibre.

En Grèce, à la différence du gouvernement français depuis 2012, Tsipras s’est battu, il a essayé. Tous ne peuvent pas dire autant.

Il a échoué, pour l’instant. C’est la vie, c’est comme cela. L’accord qu’il a accepté pour la Grèce est inacceptable. Il doit être combattu. Celles et ceux qui se réjouissent de l’échec au nom d’une mauvaise real-politik ne comprennent pas les dégâts que l’échec de Tsipras a fait à l’idéal européen. On retiendra que les services publics de la Grèce seront vendus à des entreprises étrangères au motif qu’il faut privatiser pour rembourser.

En Grèce, on surveillera le score d’Aube Dorée. Ailleurs en Europe, l’échec de Tsipras et le Diktat européen ont déjà fait d’autres dégâts. On lit ici que Jacques Sapir s’est décidé à souhaiter un rapprochement avec Le Pen.

« La présence de Jean-Pierre Chevènement aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan lors de l’Université d’été de Debout la France est l’un des premiers signes dans cette direction. Mais, ce geste – qui honore ces deux hommes politiques – reste insuffisant. A terme, la question des relations avec le Front National, ou avec le parti issu de ce dernier, sera posée. Il faut comprendre que très clairement, l’heure n’est plus au sectarisme et aux interdictions de séjours prononcées par les uns comme par les autres. La question de la virginité politique, question qui semble tellement obséder les gens de gauche, s’apparente à celle de la virginité biologique en cela qu’elle ne se pose qu’une seule fois. Même si, et c’est tout à fait normal, chaque mouvement, chaque parti, entend garder ses spécificités, il faudra un minimum de coordination pour que l’on puisse certes marcher séparément mais frapper ensemble. C’est la condition sine qua non de futurs succès » Jacques Sapir (lire la suite)

Sapir évoque une « virginité politique » à gauche. Le viol des principes démocratiques et républicains qu’il réalise en envisageant de travailler avec les héritiers du pétainisme franchouillard au motif que ces derniers s’opposent comme lui à la construction européenne est hallucinant. La question des relations avec un parti comme le FN ne se pose pas. Point barre.

Cette crise a cassé l’Europe. Il est aussi terrifiant d’imaginer que l’image européenne est suffisamment abimée pour que certains envisagent donc un rapprochement avec des nationaux-socialistes.

Les europhiles béats, du PS à l’UDI et ailleurs, doivent le réaliser.

 

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles. "Ce n'est pas le désaccord qui gêne mais la façon dont il s'exprime."

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