Le vote utile, c’est le vote nécessaire contre Valls.

« Nous sommes comme nous sommes pour des raisons morales. »

Jean-Luc Mélenchon a tenu un joli meeting le 29 novembre dernier. Il a largement commenté la désignation de Fillon. Nous étions quelques jours avant le renoncement de Hollande. Il a donc déroulé un à un les arguments programmatiques  de casse proposés par le candidat Fillon.

Mélenchon s’est ainsi amusé de cette « urgente nécessité » que ces candidats de droite ont à supprimer l’ISF. Il s’est moqué de cette fascination filloneste pour un apprentissage que le candidat de la droite ne souhaite évidemment pas pour ses enfants. Il a raillé l’objectif nucléariste pour mieux lui opposer celui de 100% d’énergie renouvelable. Et que dire de la privatisation annoncée de la SNCF ?

La désignation de Fillon a l’avantage de poser ce qu’est la droite aujourd’hui dans ses deux plus grandes caricatures: l’ultra-libéralisme et son choc social d’une part, son conservatisme moral d’autre part.

La « France insoumise » est l’exact contraire. Qui peut en dire autant ?

Bien sûr, le chemin est encore long. Surtout, le paysage à gauche mérite quelques éclaircissements. Les Macron, Valls et autres braillent des slogans et autres incantations qu’ils sont incapables de prouver, d’assumer, de servir. On annonce Valls favori des sondages. Qu’il s’abime un peu dans la primaire socialiste. Nous l’aideront à cela.

Valls est responsable d’un bilan et d’une traîtrise.

Cela fait déjà trop.

 

La dérive de quelques trolls

Nous avons déjà parlé dans ces colonnes et ailleurs de quelques insultes (à bien différencier des critiques ou autres contradictions que l’on peut se porter dans l’échange politique) reçues par salves et avec rage de la part de quelques soutiens de François Hollande.

Le renoncement de ce dernier à se présenter à faire perdre le peu de sens politique et de courtoisie à quelques-uns et en particulier de TedLunique.

Non content de poursuivre ses insultes (« pétasse« , « grognasse » etc) à l’encontre de quelques élu(e)s de la République si proches telle Aurélie Filipetti, le voici qu’il s’en est pris à l’un des camarades socialistes, membre de la cellule digitale de l’Elysée, l’accusant de traitrise (« c’est toi qui est à jeter »)

Ai-delà des désaccords politiques, réels et croissants au cours de ce quinquennat, je souhaite courage et réitère mon amitié aux victimes collatérales de ces haines internes qui, malheureusement, existent dans tous les camps.

Bon dimanche.

Chanson du dimanche: « déplaceur de forme »

Lera Lyn, jolie voix de la nouvelle scène.

Hollande, le déni et le courage.

Il était affaissé sur son texte.

Hollande s’en va très dignement. Le plus dignement que l’on puisse imaginer. Reconnaissons lui cela. Hollande semble un chouette type, un gars normal et honnête. Je ne l’ai rencontré qu’une fois, trop peu pour le saisir. La personne de Hollande n’est pas en cause. Il a donné une leçon à bien des candidats et d’ego politiques.

C’était courageux.

L’hommage et les applaudissements s’arrêteront là . Certains hommages étaient curieux. Beaucoup de critiques de cette décision tout autant. Hollande sur son pupitre à l’Elysée ce soir là n’a rien ou si peu reconnu. Il n’a pas reconnu son revirement. Il n’a pas reconnu qu’il n’avait tendu aucune main à la gauche qui l’avait élue. Il n’a pas reconnu que le changement n’était pas là. La personne de Hollande n’est pas en cause. Mais sa politique est un échec et une trahison. Dans son discours d’adieu, il a commis une erreur effroyable. Il a déclaré regretter la déchéance de nationalité car il pensait qu’elle « pouvait nous unir alors qu’elle nous a divisé. « 

Comment penser rassembler un peuple sur une mesure inefficace et d’exclusion ?

Hollande a loué son bilan, mais qui le défendra ? Qui l’endossera ? François Hollande ce 1er décembre a décidé de quitter la course à l’Elysée où les premiers décrets de la loi El-Khomri entrent en vigueur.

Il y a des symboles qui font mal.

Ce déni est surprenant. Ou pas.

Manuel Valls tentera de récupérer les derniers fans de Hollande. Il lui faut au moins cela. Son attitude de « traitre de l’intérieur » sera diversement apprécié. Son comportement devrait inspirer

Je suis triste pour mes camarades qui l’ont soutenu ou le soutiennent encore. J’espère qu’ils ne renonceront pas à faire campagne. Quand on soutient Hollande aussi loin, cela signifie que l’on croit en la politique plus loin, plus fort que d’autres.

Adieu François.

Je ne regrette pas la campagne de 2012, mais simplement ce quinquennat qui l’a suivi.

keep_calm_and_carry_on

Pour 2017, Mélenchon.

Une chaîne brisée, mais un actionnaire qui a vidé son « actif » sans s’en rendre compte;  les méfaits de la climatisation; la Commission européenne qui a décidé de mettre en demeure la France qui ne privatise pas assez vite ses barrages, et d’autres sujets encore. Mélenchon poursuit son exercice pédagogique, semaine après semaine, avec calme et sérénité.

 

Le Mélenchon de 2017 n’est pas celui de 2012. Le monde de 2017 n’est pas celui de 2012. Il a sans doute compris qu’il ne saurait élargir sa base électorale s’il continuait à crier davantage contre la gauche gouvernementale que cette droite dure ou furibarde qui se présentera contre nous dans quelques mois.

Chacun trouvera nombre de sujets de désaccords avec les Insoumis ou avec Mélenchon. Il y a quelques jours, l’hommage de Mélenchon à Fidel Castro m’est apparu de prime abord ridicule (autant se le dire franchement). La dictature cubaine est une évidence pour nombre de Cubains. Mais il fallait écouter simplement et surtout directement ce qu’a dit Mélenchon. Il a rappelé l’Histoire, la vraie. Celle qui existe au-delà des raccourcis en 140 caractères sur Twitter ou des petites phrases d’éditorialistes sur les chaînes d’info. Il a rappelé ce que Castro a été été « par dessus la barrière du temps, pour que l’on nous comprenne et qu’on comprenne le sens de la place qu’occupait cet homme pour nous tous ». Il a rappelé qu’il fallait « se souvenir qu’au moment où a éclaté l’incendie merveilleux allumé par l’assaut des nôtres abattant le régime de Batista, incendie qui éclaire l’île, le monde était alors partagé entre les révolutions socialistes qui secouaient à intervalles réguliers et pour ainsi dire chaque année les peuples humiliés, les pauvres, les opprimés contre leur tyran. » Il a rappelé le blocus « interminable » imposé par les États-Unis.

(Melenchon s’est emballé ensuite au-delà de mes capacités ensuite: je suis incapable de défendre une dictature, ce que Cuba est devenue, au nom des circonstances. Nombre de gens, de tous horizons politiques, y arrivent très bien. C’est la limite de mon pragmatisme personnel).

Bref, chacun trouvera nombre de sujets de désaccords avec Mélenchon. Et si Castro en est un pour les centristes/hollando-bayroutistes qui taisent notre business avec le Qatar ou l’Arabie Saoudite, ou les furibards fillonistes qui applaudissent Poutine, je sourirai.

Les deux seuls arguments que je n’écoute pas, que je n’accepte pas, que je j’ignore avec plaisir sont les suivants.

Primo, son opposition à Hollande aurait été si violente et injuste dès le premier jour qu’il serait responsable de l’échec de Hollande et ne mériterait donc aucun soutien. Avec un pareil argument, entendu et rabâché, nombre de politiques auraient du cessé d’être soutenus depuis des lustres. Hollande en premier, qui a trahi sa femme, Ségolène Royal, qui nous plaisait bien ici pourtant en 2007 et au-delà.

Cet argument est inepte. J’ai confié dans ces colonnes combien il était pénible de se faire insulter par sa gauche quand on soutient Hollande. J’ai raillé dans ces colonnes cette « vraie gauche » jusqu’à inventer ce qualificatif de « vrauchiste » dont on m’affuble/je m’affuble aujourd’hui. Et alors ? Hollande a gentiment glissé vers la droite et tourné le dos à une fraction croissante de son électorat de 2012. Certains n’étaient pas convaincus dès 2012; d’autres ont craqué à l’automne 2012. D’autres encore au printemps 2013. Ma rupture a commencé avec l’ANI (janvier 2013), elle a été consommée avec la nomination de Valls en 2014. Chacun son rythme, chacun son histoire. Mais la politique est une affaire de convictions et de compromis. Accepter les voix des vrauchistes un jour, fustiger de les soutenir quand ils sont mieux placés pour gagner le lendemain est une attitude irresponsable ou immature. Ou les deux.

Secundo, on reproche à Mélenchon de n’être pas crédible pour gouverner. de qui se moque-t-on ? Nous avons eu Chirac, Sarkozy puis Hollande. Qui peut croire que ces gens étaient capables de gouverner a priori ? Qui peut croire qu’ils ont finalement réussi à gouverner ?

Mélenchon est l’un des rares candidats de stature nationale à refuser le culte de la personnalité égotique qui frappent la totalité des apprentis Napoléon de l’extrême droite au parti socialiste en passant par les Républicains.

Mélenchon est le seul candidat à réclamer une Constituante, à louer les rapports de force, à s’en remettre à la voix majoritaire; à applaudir aux corps intermédiaires.

Ces deux accusations étant mises de côté, confrontons désormais les idées, les programmes, les actions.

Si l’utilité de 2012 était de licencier Sarko, celle de 2017 est de comprendre qui peut comprendre, capter et soigner la rage populaire sans tomber dans les affres de l’extrême droite ou de la droite furibarde.

 

 

Fillon, notre adversaire

Avec ou sans surprise, il a gagné. François Fillon a transformé l’essai. Quelques minutes avant l’annonce du résultat, un journaliste de TF1 explique qu’ils ont « fouillé les poubelles des bureaux de vote » et qu’ils y ont trouvé plus de bulletins Juppé que Fillon. Certains journalistes d’investigation se réfugient comme ils peuvent.

Fillon était serein. Il a passé l’après-midi à regarder un spectacle de Formule Un.

Avant 21 heures, Juppé a reconnu sa défaite, écrasante. Je me suis souvenu de ce billet, il y a deux ans, quasiment jour pour jour, qui pronostiquait comme d’autres la défaite de Juppé l’archi-favori des sondages. La victoire de Fillon est une clarification. La droite s’est choisi un champion sans les travers Bling Bling outranciers de Sarkozy, mais à peine réconcilier avec la laïcité, et effarant réactionnaire en matière de libertés publiques et de diplomatie.

La défaite de Juppé devrait interroger chez Hollande, Macron et quelques autres. Car il va y avoir du monde au centre. Bayrou devrait se présenter. Macron continue son chemin. Valls va se lancer. Hollande aussi. Peut-être.

Le centre s’éparpille, se disperse. Il nous fatigue. L’échec de Juppé montre que le centre mou ne correspond à rien ni à grand monde. Il a suffit d’une primaire rassemblant moins de 10% du corps électoral pour que la France politique soit toute retournée.

Aux Etats-Unis, Donald Trump conteste le résultat des votes à l’élection présidentiel qui donne 2 millions de voix supplémentaires à Hillary Clinton après le comptage définitif.

 

Qui a pu imaginer ce bordel ?

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles. "Ce n'est pas le désaccord qui gêne mais la façon dont il s'exprime."