Bloguer contre Macron ?

Elie Arié, ancien confrère de blog, et qui commente souvent/toujours de manière critique dans ces colonnes s’est interrogé récemment sur les raisons qui pouvaient me pousser à continuer une critique systématique contre Macron, une décennie après le début d’une autre chronique d’opposition.

Je ne vais pas chercher à répondre à cette psychologie de comptoir (désolé Elie). Mais j’ai une profonde fatigue à poursuivre cet exercice.

1/ Écrire, ou choisir de relayer, suscite des réactions qui en retour constituent ce qu’on appelle une relation humaine. Les commentaires ici et sur les réseaux sont un plaisir à lire, un plaisir sincère, une connexion sociale.

2/ Écrire parfois, souvent, est fatiguant et, parfois, sans intérêt. Et pourtant, cet exact jour où je terminais une chronique désagréable, la dernière en date, il y a quelques personnes que je connais et d’autres que je ne connais pas qui m’ont remercié. Il n’y a pas de quoi, pourtant. Chroniquer les bêtises et la honte de l’autre élyséen n’a rien de compliqué. Mais ces soutiens m’ont fait grand bien.

3/ Emmanuel Macron n’a pas suscité la même stupéfaction initiale que Nicolas Sarkozy. Sarko était vulgaire, rapidement bling-bling, finalement agité mais immobile. Sarko était « inefficace« . Macron semblait plus doux, plus moderne, plus équilibré. Mais finalement ce constat initial était faux. Les deux ont d’abord en commun d’être charmeurs, arrogants, et surtout odieux avec la République. Mais Macron ajoute le sourire à l’ignoble.

4/  Macron est-il ignoble ? Je le crois. La loi Travail est ignoble. La loi sécuritaire est ignoble. Le projet de loi sur l’asile et la politique de terrain contre les réfugiés sont ignobles. Ignoble, le terme n’est pas trop fort car il désigne une situation simple: Macron, avec le sourire et le soutien, pour l’heure, d’une large part d’ex-socialistes, parvient à faire passer des lois qui feront date dans les poubelles de notre histoire commune: la loi travail qui affaiblit les salariés comme jamais, et surtout les femmes, n’est pas simplement une loi « efficace« . C’est un recul historique. La pérennisation de l’état d’urgence dans notre loi commune aurait fait hurler nombre de ses soutiens actuels de la macronista (hey, Barbara Pompili, où te caches-tu ?). Le projet sur l’asile fait frémir jusqu’à l’Eglise ou des très proches de Macron. Je ne cherche aucun autre argument, ce serait inutile, que celui-là.

Macron est ignoble car il a tous les pouvoirs, obtenus sur un large fond d’abstention et, surtout, un référendum anti-Le Pen.

Comment pourriez vous penser qu’il était temps de se taire ?

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Chanson du dimanche: la chanson d’Hélène

Ebdo et LeMedia, ou votre liberté de la presse

Deux médias naissent ce mois-ci. Un hebdomadaire dénommé l’Ebdo, et un média audiovisuel annoncé il y a 3 mois qui ouvre enfin son antenne sur internet après un premier appel de fond réussi de 1,5 million d’euros.

Celles et ceux qui prennent le train ont pu être surpris de le voir en tête de gondole près des caisses avec sa couverture sur la SNCF et ses accidents. Ebdo présente bien, sans pub, pédagogique, accessible, avec des sujets de fonds. Le simple mépris – presque de classe – exprimé par les confrères et consoeurs de ce jeune journal mérite qu’on s’intéresse à son cas.

La presse traditionnelle se porte mal, attaquée depuis des lustres par d’autres sources d’information plus simples, plus actifs, plus diverses. MARIANNE, hebdo chez qui votre serviteur a blogué 4 années durant, a vu ses ventes chuter de plus de 200 000 en 2013 à moins de 150 000 l’an dernier. L’OBS s’est effondré de 520 000 ex par semaine à 350 000 sur la même période. L’Express a suivi la même dégringolade (504 000 en 2013, 371 000 en2016/17, moins de 300 000 au dernier comptage). Le Point ne se défend pas mieux – 417 000 en 2013,  341 000 en 2016/17.  Valeurs Actuelles, l’incarnation médiatique de cette droite furibarde, a bien progressé, mais reste modeste – moins de 100 000 il y a 4 ans, 124 000 l’an dernier. Et que dire de Politis ou l’Humanité Dimanche ?

L’Ebdo a des ambitions modestes: 70 000 exemplaires.

J’ai pu lire cette intrigante brève sur une autre avocate dénommée Collard, soeur de Gilbert le député frontiste.

 

Ce lundi, un autre média, audiovisuel celui-là, se fait jour. Le Média TV a été caricaturé comme le canal officiel de la France insoumise. Certains de ses contributeurs, venus du Figaro et d’ailleurs, apprécieront. La critique, d’ailleurs, provient plutôt d’éditorialistes si prompts à placer leur macronisme béat ou leur libéralisme naïf en tête de gondole de leurs analyses.

Aphatie

Le Media cherche à combler un vide que nous connaissons bien, que nous comblons tant bien que mal à travers d’autres videos et émissions que les biais audiovisuels des principaux médias – des « vlogs » de député(e)s, des billets pédagogiques mais ponctuels, des retransmissions de discours dont les médias audiovisuels principaux.

Depuis lundi, j’ai pris l’habitude de regarder ce JT d’un autre genre, parfois brouillon, toujours pro, et éclairant sur le fond. Et qui s’améliore chaque jour. Des têtes nouvelles, des sujets ou des angles que l’on traite peu ailleurs.

Bref, bienvenue à l’Ebdo et au Media, et que chacun se fasse son opinion.

 

Chanson du dimanche: des gens bien élevés

Réhabilitons DSK

Il faut comprendre le propos de cette tribune, l’angoisse de quelques femmes d’un « retour au puritanisme », le besoin de se démarquer d’un mouvement de fond, l’envie de défendre quelques mâles qui ont mal.

Mais quand même…

Quelle insondable bêtise.

Pas d’autres mots pour qualifier la tribune de 100 femmes dont on ne retient que leur protestation contre les centaines de milliers de cas de harcèlements et d’agressions sexuelles. Il y en a même qui ont voulu faire cette gigantesque pirouette et accuser les « délatrices » de faire le jeu de l’islam radical.

Raaaaaaa….

Pouvez-vous simplement voir le sujet tel qu’il est ? Pouvez vous comprendre que l’attitude misogyne, machiste, dominatrice des mâles qui ne sauraient contrôler leur pulsions est la justement la première excuse des bigots musulmans qui exigent de voiler les femmes ?

Bravo à la séquence humoristique qui s’en suivit sur France inter. Il fallait a minima rire de ces bêtises.

 

 

Toujours macroniste ?

Les premiers plans collectifs de « licenciement à l’amiable » se font jour, dès ce début d’année 2018, à peine entrées en vigueur ces fichues ordonnances Macron sur la loi Travail.

200 suppressions de postes chez Pimkie, 1300 chez PSA.

Chez Pimkie, les syndicats ont dit halte au feu. Le projet a fait long feu.

Voici les premiers effets, directs, immédiats et sans débat, de la loi Macron que d’aucuns ont tenté de nous « vendre » l’été dernier comme un grand progrès. Des employeurs qui vont mettre une autre pression, parfois échouer, parfois réussir.

Pourtant, naïfs, on croyait que des centaines, des milliers, des dizaines de milliers de créations d’emplois allaient plutôt être enfin annoncés par des patrons aux anges d’avoir été « libérés » de cette « peur d’embaucher« .

Macron exécute. Le Medef se réjouit. Les salariés dégustent. Les godillots macronistes se taisent.

Cette loi Travail est une tâche, une bonne grosse tâche. Le retour à « avant« , il y a très longtemps. Une « modernité » qui a le goût rance du Comité des Forges.

Quand on interroge les Muriel Pénicaud, Benjamin Griveaux et autres laquais d’une France d’en haut qui n’en demandait pas tant, ils ne s’excusent même pas, ils expliquent que la loi prévoit que les salariés, représentés par ces syndicats que les mêmes jugent si peu représentatifs, ont leur mot à dire. Quel mot ? L’accord majoritaire, c’est-à-dire la signature d’une majorité de représentants syndicaux au bas d’un accord posé le flingue sur la tempe ? On nous dit aussi que si on se fait virer volontairement, on évite le « traumatisme du plan social« … Ne pleurez pas.

Bizarrement, le recours au référendum n’a pas été prévu pour les cas de plans de ruptures conventionnelles collectifs.

Bizarrement.

Les salariés qui partiront dans ce nouveau cadre n’auront pas accès au contrat de sécurisation professionnelle.

L’administration a 15 jours pour faire ses remarques, sinon le plan est tacitement accepté: « L’absence de réponse du DIRECCTE dans le délai de 15 jours (à compter de la réception du dossier complet) vaut décision d’acceptation de validation. »

Un détail.

Merci Macron, merci patron.

 

 

 

 

 

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles. "Ce n'est pas le désaccord qui gêne mais la façon dont il s'exprime."