« Cons », « guignols », « camp de réhabilitation » ? Toi aussi, deviens insoumis.

C’est un billet désagréable à écrire autant qu’à lire.

La mandature Macron libère les énergies. Déjà, l’opposition à Hollande en cours de mandat (2014) avait créé quelques désaccords avec des amis de la blogosphère.

Ce n’est pas grave. Les désaccords politiques sont constitutifs de la vie. Je me souviens que je suis tombé amoureux d’une femme qui ne pensais pas comme moi (et nous toujours d’heureux mariés un quart de siècle plus tard). En d’autres termes, il faut peser comment on répond à un argument politique que l’on désapprouve: veut-on humilier, convaincre, séduire, rompre ?

Quand j’écrivais SARKOFRANCE contre Nicolas Sarkozy, le combat servait la cause de l’opposition toute entière. Après la défaite de Sarko, le front s’est divisé, j’ai quitté les Leftblogs, mais les dialogues restaient respectueux. Les souvenirs d’un combat commun en 2012 ont sans doute limité l’ampleur de certains clashs. Avec Macron, chacun se sent plus libre visiblement. Je lis donc ici ou là que la moindre des interventions d’un insoumis, et peu importe le sujet, est vouée aux gémonies sans parfois plus d’arguments que « vous êtes des cons, des guignols » et autres politesses.

Je ne traite pas les macronistes de « cons« , ni de « guignols« . Je ne promets aucun « camp de réhabilitation » à mes adversaires. J’ai toujours essayé de choisir les qualificatifs de ceux avec j’étais en désaccord: un frontiste est un ennemi, pas un adversaire; un adversaire politique peut être respectable. et puis il y a ceux que je ne désespère pas de convaincre. J’évite de les traiter de cons ou de guignols, sauf s’ils m’agressent de prime abord. Il y a enfin et surtout les camarades de combat avec lesquel(le)s nos chemins ont divergé. Pour nombre d’entre elles/eux que je n’ai jamais rencontré dans la vraie vie, comme pour celles et ceux que j’ai vue irl, j’ai du mal à penser qu’ils sont des « cons » ou des « guignols » parce qu’elles/ils soutiennent Macron. Ce serait bête de penser cela.

Et pourtant, ma rage et ma colère ne font que gentiment grandir à cause de ce que je vois, je lis et je comprends de cette présidence Macron.

J’admets cependant tout à fait que nombre d’anciens hollandistes trouvent repos et soulagement dans cette présidence jupiterienne qui prends le relais d’un échec traumatisant et évite de se poser des questions sur le fiasco précédent. Car rappelons nous la séquence: Hollande a été le président de cette Vème pourrissante à ne pas se représenter alors qu’il était, au moins physiquement, en capacité de le faire.

Je peux comprendre l’énervement, voire la trouille, de voir que la Macronista devienne le même objet de détestation que la Sarkofrance.

Nous n’avons que des désaccords politique avec Macron. Je ne lui trouve en grâce en pas grand chose sauf quelques sujets sociétaux, et son joli sourire. Mais Jupiter est aujourd’hui en passe d’ajouter d’autres inquiétudes.

L’opposition est sacrément calme sur la personne de Macron. Elle est sacrément polie avec les jeunes novices macronistes. Elle tend sacrément la main à une majorité sur-dimensionnée. Que quelques trolls  macronistes ne comprennent pas cela est triste, ou révélateur.

J’essaye parfois d’avoir un peu d’humour contre la République en Marche, leurs nouveaux députés et tout le toutim. La France insoumise que je soutiens est truffée de défauts (dont celui d’avoir raté les élections). Mais visiblement, même l’humour ne passe pas chez quelques amis. Et donc les insultes, que d’aucuns prennent prennent pour des traits d’humour ou des figures de style, volent et fleurissent à l’encontre de nous autres insoumis(e)s, #FI, #PS ou #ecolo, opposés à ce qui déroule sous la direction de Jupiter.

Pas grave les gars.

Il faut être deux pour se haïr.

Ou se parler.

La vie est injuste me faisait remarquer une camarade socialiste.


 

La France d’après commence aujourd’hui.

C’était la joie. Elle est toujours très forte, très grave, quand on gagne une élection. Nicolas Sarkozy avait été défait, hier soir. Sarkofrance va changer. La Sarkofrance allait disparaître. La droite pouvait renaître, mais il fallait licencier Nicolas Sarkozy ce soir;

Il faudra se souvenir de cette période. Une période où un homme sans conviction sauf celles qui servaient sa propre survie politique, a gouverné la France. Nicolas Sarkozy a détruit son camp de l’intérieur. Il a mis 10 ans à gagner contre son camp, 5 ans pour abîmer la France. Nicolas Sarkozy n’est plus, il faudra qu’il ne soit plus, qu’il disparaisse.

Toi aussi, deviens député LREM

Ce n’était pas prévu, ils/elles ont été élu(e)s si facilement, si rapidement. Les nouveaux députés de la république En Marche ne connaissaient pas suffisamment le fonctionnement de la République. Les voici formés en rythme accéléré alors qu’ils ont déjà voté les pleins pouvoirs au gouvernement pour modifier le code du Travail par ordonnance et la prolongation de l’état d’urgence.

L’ampleur de l’abstentionnisme de ces nouveaux députés macronistes étonne. Entre la moitié et les deux tiers sèchent les séances au parlement. On attend les bilans complets, avec présence en commission etc.

Pour l’heure, je vous invite à lire les documents de formation pour ces députés novices publiés par l’Assemblée nationale. La prochaine fois, pourrait on prévoir un test avant l’élection ? La première page est simple, et glaçante: « la loi voit son domaine défini par la Constitution; et est votée par le Parlement. » Dans la suite, le nouveau député apprend qu’une loi et un projet de loi sont deux choses  différentes.

 

L’eau, le ciel, le feu.

La prochaine fois, pourrait on prévoir un test avant l’élection ?

 

 

(A télécharger)

Loi Travail: contre les leurres idéologiques de la novlangue macroniste

Deux économistes peut être atterrés se sont récemment émus d’une autre manipulation de vocabulaire de la novlangue en vigueur pour justifier la contre-réforme du code du travail sur la base des quasi-pleins pouvoirs attribués par cette majorité « novice » mais surtout docile au gouvernement Macron.

« Cette réforme du marché du travail parachève la fusion entre technocratie et autoritarisme » expliquent-ils. Ils fustigent les postures de prétendus experts.
Mais ils rappellent une évidence historique: le libéralisme n’a jamais existé autrement que la loi et la répression. La libre et simple loi du marché , en particulier en matière de travail, n’a jamais existé. Elle s’est imposée à coup de lois et/ou de répression.
Depuis le XIXe siècle, le libéralisme n’a jamais hésité à la coercition au nom d’une certaine conception de la liberté, voire à recourir à la violence armée (comme en témoigne l’histoire de la colonisation) ou briser les solidarités populaires (comme le montre l’histoire du mouvement social) pour mettre en œuvre un laisser-faire qui est tout le contraire d’un non-interventionnisme.
Le non-interventionnisme , prétendument perturbé par l’intervention étatique au cours du XXème siècle est une chimère. La loi libre du marché s’est imposée parfois dans le sang, toujours par la force de la loi, pour contraindre la libre-force des inte-actions et rapports sociaux. Pour vous le dire autrement, la lutte des classes est la loi libre et naturelle du « marché« .

Ne pleurez pas.

Le patron « moderne » a besoin de loi qui le protège. Les explications « techniques » selon lesquelles la future loi travail « d’assouplissement » du code du travail serait une nécessité « naturelle » sont simplement des présupposés idéologiques et/ou des ressentis personnels sur des rapports sociaux en entreprise qui n’existent que par la bonne volonté du législateur.

Sans rire.

Seconde imposture de la novlangue macroniste, le mythe d’un « marché du travail » « libre et équilibré« . Quel rapport entre une TPE et une multinationale ? Pourquoi donc réclamer des assouplissements au nom de la première pour cacher les intérêts de la seconde ?

Quel rapport entre un artisan et un instituteur ? Pourquoi donc vouloir « réduire le lien social à un lien marchand, ignorant l’ensemble des mythes, d’histoires, de mœurs et de coutumes fondant notre identité collective et vouloir enserrer celle-ci dans un marché ‘autorégulateur’  » qui n’est qu’une « dangereuse utopie » ?

N’en déplaise à la ministre du travail, la législation sociale n’est pas une « friction« , elle est la norme des rapports sociaux. Son libéralisme bisounours qui masque mal le projet de dérégulation contrainte des grandes entreprises serait une exception historique que seul le hold-up politique de ces élections 2017 aura permis.

 

 

Les insoumis à l’Assemblée

Il applaudit une députée LREM pourtant peu conciliante dans la commission qu’elle préside à l’encontre des propositions de l’opposition.

 

Mais pourtant, il faut parfois faire des procès d’intentions. On est obligé, comme l’explique Danièle Obono. Observez l’hémicycle, les rangs LERM sont … déserts.

 

Parfois il faut en rire. Rire de la « pensée complexe » du jargon de langue de bois de la loi d’habilitation.

 

 

Parfois, il faut poser de fausses énigmes. Qu’est ce qui dans la loi Travail va protéger les agressés des agresseurs ? Rien explique Ruffin.

 

 

Il faut parfois encourager les député(e)s En Marche à sortir de leur majorité. A comprendre d’où ils viennent. Et leur expliquer où ils vont.

 

 

Ces députés remplissent l’un de leur rôle, témoigner, critiquer, expliquer, proposer. Ces débats, comme d’autres sous d’autres majorités, sont assez réjouissants. Ils révèlent aussi combien le groupe LREM, confronté au direct du débat, est souvent nu, ou absent.

 

 

Ciel d’un jour #70

OMG! Raquel Garrido prend l’argent de Bolloré!!

 

L’une des porte-paroles de la France insoumise devient chroniqueuse dans l’émission de Thierry Ardisson à la rentrée, sur C8, chaîne propriété du groupe Canal+, lui-même appartenant à Vivendi que le magnat Vincent Bolloré contrôle depuis 3 ans déjà.

Sur France 2, Laurent Ruquier élimine la dispensable Vanessa Burgraf dans son émission « On n’est pas couché » (ONPC)pour la remplacer par Christine Angot, cet écrivaine qui porta le fer dans la plaie vive à l’époque d’un François Fillon ultra-favori des sondages présidentiels.

Sur les réseaux sociaux, la première s’est vu critiquer par des zélotes « marcheurs« , aussi véhéments qu’ils sont silencieux sur les pleins pouvoirs accordés à leur monarque pour saccager le code du travail, ou les déclarations insupportables de Gérard Collomb à l’égard des associations de soutien aux migrants à Calais (pour ne citer que deux exemples récents de cette version rajeunie mais tout aussi rance de Sarkofrance que nous vivons désormais). On a les combats qu’on peut et que l’on veut.

Autant se le dire très vite, ces émissions de faux débats et véritables énervements ne sont plus depuis longtemps ma tasse de thé. Et ce n’est pas le renouvellement de leur casting, fut-il à mon sens positif, qui devrait changer quelque chose.

Mais combien de fois nous sommes énervés contre les biais politiques, l’uniformité idéologique, la bienséance systématique des « grandes gueules » et autres porte-voix de ces talk-show télévisés ? J’aurai par exemple aimé qu’une Raquel Garrido (ou une autre) soit invitée permanente des Grandes Gueules de RMC quand cette stupide polémique contre la députée Danielle Onobo fur attrapée dans une sale et stupide polémique il y a 3 semaines. Nous étions satisfaits – autant qu’on peut l’être, c’est-à-dire somme toute assez peu – quand Mélenchon, Hamon, Corbiere, Ruffin, Joly, et toute autre voix discordante se retrouvaient enfin invitée dans ces barnums hebdomadaire.

Il faut comprendre que notre société du spectacle s’incarne aussi par ces émissions aux fausses joutes, qui laissent croire à l’existence d’un débat sans oser toucher aux fondamentaux. La victoire politique passe par la victoire des idées, c’est le B-A-BA politique que tout un chacun devrait comprendre, et surtout retenir à l’aune de ces micro-changements de la sphère médiatique. Je ne crois pas une seconde que les présences dans ces deux talk-shows de mesdames Garrido ou Angot feront avancer le sort de l’humanité , mais on peut espérer qu’elles agiteront davantage les esprits que si le statu quo avaient perdurer, d’abord parce qu’elles expriment habituellement une pensée plus sophistiquée que les amuseurs publics superficiels que l’on rencontre habituellement dans ces enceintes; ensuite parce que leur pensée est plus souvent contradictoire avec le discours libéral défaitiste et la novlangue.

Où voulez-vous porter la contradiction à cette novlangue sarko-macroniste qui renomme contrat précaire en « CDI de chantier« , ou réduction des protections des salariés en « amélioration du dialogue social » si ce n’est dans ces instances médiatiques regardées par le plus grand nombre où elles se véhiculent ?

L’ampleur des moqueries, rages et railleries qui ont particulièrement visé Raquel Garrido, à cause de son statut auprès du mouvement de la France insoumise, laisse penser qu’une partie du pari médiatique est gagné: sa présence ne laisse pas indifférent, et c’est justement l’un des objectifs d’aujourd’hui: face à l’omniprésence de Jupiter et la fracturation de l’opposition en sous-groupes minuscules, il faut crier plus fort, interpeler pus vivement, que d’ordinaire pour se faire entendre.

Vient ensuite la question de l’indépendance d’esprit de ces chroniqueurs vis-à-vis de leur employeur. Ce n’est pas une mince question. Raquel Garrido osera-t-elle dénoncer Vincent Bolloré ? Nous verront bien. On peut penser que Raquel Garrido et Christine Angot ont été embauchées pour ce qu’elles sont et ce qu’elles défendent. Si elles glissent et « trahissent« , gageons qu’elles seront les premières à en souffrir.

Personnellement, je ne crois pas que Raquel Garrido tiendra bien longtemps dans cette émission de C8, malheureusement. J’écris malheureusement car le manque de présence de voix dissonantes dans nos lucarnes médiatiques les plus regardées n’est pas un état de fait satisfaisant.

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles. "Ce n'est pas le désaccord qui gêne mais la façon dont il s'exprime."