Comment Marine Le Pen veut-elle « corriger » les médias ?

Marine Le Pen égrène les noms de journaux, parfois celui de leurs propriétaires ou meilleures plumes, pour mieux les faire siffler dans ses meetings. La petite avalanche de révélations et confirmations sur l’ampleur de la fraude et son organisation au sommet du parti frontiste a ravivé ces haines anti-médias, faisant oublier combien les mêmes médias n’ont cessé (1) d’assimiler Le Pen et Mélenchon ce qui profita à la première bien plus qu’au second, (2) louer la « normalisation » du FN depuis l’accession de la fausse blonde présidente à sa tête.

Alors, juste retour de bâton ?

Oui, assurément.

Car ces « révélations » n’en sont pas. Le FN reste un parti violent, au nombre record de responsables condamnés, et les accusations de détournements de fonds publics ne sont pas nouvelles. La seule info de ces derniers jours est la fraude aux cotisations sociales dénoncée par un député européen ex-frontiste.

Marine Le Pen, comme Fillon, accuse et fustige les médias. A chaque attaque, j’attends qu’un journaliste pose la question ultime: et si vous étiez a u pouvoir, que feriez vous pour corriger les médias ?

J’ai vaguement entendu Florian Philipot promettre l’instauration d’un collège de la société civile au sein du CSA. On imagine déjà des représentants frontistes désignés au coeur de l’institution. Mais pour le reste, le programme du FN à l’encontre des médias est étonnement vide.

Horriblement vide.

Dangereusement vide.

 

 

 

Mélenchon devant Hamon, et après ?

Ami(e)s socialistes, Benoit Hamon est passé derrière Mélenchon dans cette fichue course sondagière. Cela fait des semaines que j’entends que Mélenchon devrait se désister au profit de Hamon pour la même raison inverse.

Le socialiste Benoît Hamon, dont la campagne connaît des difficultés, perd 2,5 points à 11% d’intentions de vote, et cède sa quatrième place au candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, en progression de 0,5 point à 12%. (source)

Et maintenant ?

Devrions-nous te demander, exiger, ami(e) socialiste, de te mettre à genoux ?

Devrions-nous demander encore comme fit le fils Glücksman, charmant par ailleurs, le 4 mars dernier dans les colonnes de l’Ancien Obs, que Melenchon se désiste ?

Au nom de quoi ?

Devrions-nous demander encore comme fit l’ancien ministre Montebourg le 16 mars dernier sur France inter que Mélenchon se désiste ?

Au nom de quoi ?

Parce que Hamon, désormais distancé, déjà coulé par ses pairs, devrait seul porter au nom d’on ne sait quelle légitimité porter seul le combat ?

Valls a planté Hamon. Hamon devrait se sentir responsable. Réfléchir à ses convictions, s’abstenir des pressions de l’appareil.

Et se retirer.

L’appareil socialiste ne soutient pas Hamon. Des cohortes de député(e)s filent chez Macron.

What else ?

 

 

L’après-débat

Il fut moins chiant que prévu, ce premier débat du premier tour de la présidentielle.

Que pouvions-nous retenir ?

Hamon, sympa, hors sol, motivé mais pas là. Hamon voulait nous convaincre qu’un autre futur était possible, sympa, joli, beau.

Mélenchon fut simple, direct. Son message d’introduction fut râté. Mais après, il a emmené le débat. Il a clarifié. Il n’était ni Chavez ni Staline. Il fut courtois avec un Hamon bien en peine mais sympathique. Il fut offensif contre Le Pen. Il fut direct avec Macron. Melenchon était loin des caricatures de lui que d’aucuns propagent. Il était ce prof parfois fatigué d’avoir à rappeler des évidences.

Le Pen, coincée dans sa xénophobie, coincée jusqu’au bout. Même quand elle parle d’écologie ou d’agriculture, elle fustige l’Etranger. Son « moment  » immigration fut orgasmique. On entendait Chatillon ou Loustau faire un pogo en coulisses.

Macron, « premier de la classe« , fut nul sur son programme, une gigantesque ventilation, un long moment gênant. Il veut prolonger la loi El Khomri. Il veut aller « plus loin » que Fillon. Mais Macron fut bon, très bon, quand il fut attaqué par Marine Le Pen. Son image joue pour beaucoup.

Fillon, le visage pincé, la croix au-dessus de la tête. Le candidat de la droite, mouillé dans des affaires qui ont révélé sa cupidité, était constipé, minoritaire et braqué.

Les bons moments

Il y eu quelques moments, trois au moins, où l’on a vu que Macron, Hamon et Mélenchon étaient irréconciliables avec Fillon et Le Pen. Et c’est sans doute que ce que je retiens:

D’abord ce moment, nécessaire, quand Mélenchon rappela que seuls Fillon et Le Pen étaient visés par des enquêtes pour détournements de fonds.

Il y a eu ensuite ce moment où Le Pen a éructé sur la laïcité. Elle fut taclée sur le concordat alsacien. Le Pen dut concéder que sa conception de la laïcité ne concernait évidemment que l’islam.

Quand Fillon a expliqué la suppression des heures sup (i.e. des 35 heures), nous avons eu un moment savoureux. « Quelle est votre référence légale pour les heures sup ? » a demandé Macron. « Il n’y aura pas de référence légale » a répondu à contre-coeur Fillon. « Les gens, ce gars vous prend 4H » a complété Mélenchon à propos de Fillon.

Ce débat a eu aussi son lot de surprises: Marine Le Pen fut mauvaise, taclée, coincée, parfois ridiculisée. Macron parut éteint la plupart du temps. Hamon était sympa mais plus lunatique et hors sol que toutes les caricatures que l’on a faites de Mélenchon.

 

Mélenchon, la force tranquille

Le rassemblement de la France insoumise a dépassé les 100 000 participants samedi 18 mars à Paris. Si nous étions fillonesques, nous dirions qu’ils étaient 3 millions. Contentons-nous de 100 ou 130 000, un joli score.

Un score hors d’atteinte pour le candidat socialiste qui pourtant s’obstine à poursuivre sur la base de sondages à peine favorables.

« Entre Bastille et République, Mélenchon réussit son pari » (Le Monde)

« Démonstration de force de Mélenchon, pression maximale pour Hamon » (Le Parisien)

« Présidentielle, Jean-Luc Mélenchon monte en puissance » (La Croix)

« Mélenchon remet sa candidature en marche » (Les Echos)

 

Cette manifestation, calme, simple, massive, fut une réussite.

Bravo aux organisateurs.

 

Bien sûr, il y aura les grincheuses et râleurs, les effrayés devant ces appels à l' »insurrection » (mon dieu !). En 2012, Mélenchon avait réussi pareil succès au même moment dans la campagne, dans une autre campagne qui était d’abord un référendum contre Sarkozy. Les temps ont changé. Il s’agit d’éviter le faux dilemme que Hollande, Macron, Valls, ou Juppé préconisent, ce tête à tête entre l' »UMPS » et le FN.

Ce scenario, également souhaité par le Front national, est le pire, la fin de la République puisqu’il signifierait la fin de tout débat politique.

Mélenchon a montré ce samedi 18 mars que l’on pouvait refuser ce destin.

 

 

 

 

Chanson du dimanche: Saint James Infirmary

Une chanteuse disparue il y a tout juste vingt temps, une grande voix.

 

Merci à La Revue Dessinée

Ne te trompe pas #presidentielle

On peut douter de #Macron.

On doit douter.

Le candidat assure la brillante relève de Hollande. Voici le cercle des jeunes juppéistes qui le rejoint.

On peut s’amuser aussi.

 

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles. "Ce n'est pas le désaccord qui gêne mais la façon dont il s'exprime."