Chanson du lundi: on s’en fout

C’est Pâques, n’est-ce pas ? On s’en fout.

 

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21 avril, bons et mauvais souvenirs

Il y a des dates qui coagulent plusieurs souvenirs politiques. Le 21 avril est d’abord un souvenir d’école, une date historique qu’on mémorise mal dans les livres d’Histoire., le droit de vote des femmes, le 21 avril 1944.

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Autre souvenir, mauvais celui-là, le 21 avril 2002. Le choc de l’extrême droite xénophobe et antisémite qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle. A l’époque, ce choc a créé un réflexe de front républicain pour nombre d’électrices et d’électeur. On se souvient par exemple des régionales de 2015, ou, plus récemment, de l’élection de Macron en 2017. J’ai été de ces traumatisés du 21 avril 2002, je ne le suis plus. J’avais 31 ans à l’époque, j’en ai déjà parlé dans ces coulisses.

Emmanuel Macron est parvenu à me convaincre de trois choses: en permettant l’élection facile, ce chantage à l’extrême droite caricature et confisque le débat politique, aggrave la misère sociale, sans empêcher la conduite de politiques sécuritaires et xénophobes.

Macron n’est pas Le Pen, Macron sert de tremplin à Le Pen.

Pour le prochain 21 avril, ce sera donc sans moi.

Chanson du dimanche: la loi des Coquettes

Gilets Jaunes, l’incompréhension

Parler des Gilets Jaunes clive fortement, le sujet en stresse si fortement et en réjouit si aisément d’autres. Les Gilets Jaunes ont fait irruption dans notre vie politique il y a bientôt une trentaine de semaines. Et tout a été dit: les accusations ont été variées – populisme, jacquerie, racisme, antisémitisme, fascisme, etc.

Malgré une popularité largement supérieure à celle de l’actuel monarque, sans discontinuité, les Gilets Jaunes continuent d’être méprisés, raillés, marginalisés par les commentateurs du Parti médiatique, les macronistes et tout ce que compte le pays de bourgeois inquiets.

Il n’y a pas un samedi où les critiques ne raillent le nombre de participants, ces mêmes critiques applaudissent à l’incroyable popularité de leur monarque jupitérien. Il n’y a pas un samedi où les critiques ne se moquent des visages les plus connus – Maxime Nicolle, Eric Drouet, Jérôme Rodriguez, etc – et ces mêmes critiques tolèrent la prétention et l’incompétence crasse des jeunes pousses arrivistes de la Macronie. Il n’y a pas un samedi où les critiques n’enjoignent les Gilets Jaunes à se taire, à respecter la légitimité électorale d’un gouvernement élu sur un coup de force démocratique. Ces mêmes critiques ne comprennent pas combien l’action macroniste est jugée illégitime.

Ce mépris effrayé se combine facilement avec une hypocrisie politique: les Gilets Jaunes font peur car leur rage fait peur, car elle n’est pas comprise. L’ampleur de la répression armée surprend les associations humanitaires, mais pas nos « bons bourgeois » pourtant si libéraux. Depuis Décembre, la macronie a fait basculer le pays dans un état qui a la loi pour lui, fut-elle inique, mais plus l’honneur. Imaginez quelques instants que Le Pen agisse ainsi: combien de bons esprits aujourd’hui si tolérants avec cette répression au nom de l’Etat de droit se dresseraient contre elle ?

Il fallait une réponse politique, et non policière, aux Gilets Jaunes.

Elle n’est pas venue. La Macronie peut bien se réjouir de l’éparpillement de l’opposition. Elle peut bien se réjouir d’être en tête des sondages, ou même des élections, avec une quinzaine de pourcents des citoyens en âge de voter (car 25% des suffrages mâtinés de 50% d’abstention comme on nous le prédit pour le scrutin 2019, comme c’est déjà arrivé en 2017), cela n’a pourtant rien de réjouissant. Cela n’annonce qu’un état prochain qui sera de rage et de guerre.

La gauche n’a pas réussi à capter le mouvement des Gilets jaunes. Elle a fait la moue. Elle est de surcroit tellement éparpillée.

Retour vers le futur (#politique)

C’est l’ami @Bembelly qui m’a fait penser à cet exercice que je prisais avant: revenir quelques temps en arrière et lire ce que j’écrivais sur l’actualité. Ces derniers mois, j’ai l’impression d’être coincé dans une mauvaise version de l’excellent « Un Jour Sans Fin« .

Il y a 11 ans, je titrais ma 49ème chronique hebdomadaire, « Sarkozy, chef de clan« : déstabilisation, vacarme, clanisme, politique de classe.

Il y a 10 ans, je m’inquiétais de la fatigue de l’ancien monarque: « Après une semaine internationale très chargée par un G20, un sommet de l’OTAN et un déplacement à Prague, Nicolas Sarkozy a levé le pied. A l’exception d’un bref déplacement surprotégé en province, le président français s’est surtout reposé. Mal lui en a pris. Avec une loi piratée à l’Assemblée, un contre-discours de Ségolène Royal à Dakar et quelques mensonges médiatiques sur les banques et l’immigration par Eric Besson interposé, cette 101ème semaine de Sarkofrance ne fut pas des plus agréables. »

Il y a 9 ans, « Sarko, faux président, vrai fébrile: cette 153ème semaine de Sarkofrance a débuté comme souvent depuis 2007 : vaudevillesque, ridicule et incontrôlée. Sarkozy avait lâché ses proches et une partie de l’appareil d’Etat à l’assaut des auteurs des rumeurs d’infidélités conjugales au sein de son couple. » Et oui, la fébrilité de Sarkozy faisait enfin débat. Il fut finalement impossible à l’ancien monarque de se « re-présidentialiser » avant son échec en 2012.

Il y a 8 ans, on croit qu’il y a un rebond: « 206ème semaine de Sarkozy : pourquoi Sarkozy sent bien sa réélection. » Éparpiller les centristes, faire croire à la reprise, jouer social, rester présidentiel et anxiogène, tout était encore possible.

Il y a 7 ans, on approche de la fin, on a fait campagne avec Hollande pour dégager Sarkozy. On sent qu’on y est enfin: « 258ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, assiégé par la réalité: Le 8 avril dernier, le candidat sortant trônait en couverture du Journal du Dimanche: je sens la vague monter, déclarait-il, sûr de lui. De quelle vague parlait-il ? Comme un coup du sort, sa cote sondagière s’effondra soudainement quelques jours plus tard. Rien n’était perdu, voulait-il croire. Il en appela à la « majorité silencieuse ». Il se mit à hurler contre François Hollande, promettant la faillite de la France « en deux jours » si son rival l’emportait le 6 mai. Ce regain de hargne cachait mal son doute ou la prise de conscience que la fin du sarkozysme peut-être finalement très proche. »

Il y a 6 ans, le président Hollande souffrait déjà beaucoup. Il « accélère
… et une France a peur. On lui reprochait d’être lent, malgré une multitude de réformes qui frise la boulimie. On lui reprochera de vouloir accélérer. La « vraie » Gauche s’en indigne par avance. Billets, tweets et articles pullulent contre cette perspective. On veut débattre des réglementations immobilières ! Si, si, on vous l’assure ! La Gauche, même la vraie, est moins unie quand on évoque la taxation (ou la réduction) des allocations familiales pour les familles aisées. La caisse sera déficitaire de plus de 2 milliards d’euros par an jusqu’en 2016. Bizarrement, l’UMP et le Front de Gauche sont ensemble pour dénoncer une attaque à la politique familiale. »

Il y a 5 ans, Valls est nommé premier ministre et c’est la goutte d’eau qui fait déborder mon vase. « Le pire avait dépassé le ridicule. »

VISUEL+JUAN+SARKO+CE+VIRUS

Il y a 4 ans, je m’amuse, avec l’aide de l’ami Croisepattes: « Sarkozy, Le Pen, Hollande… Ils ont tous changé !! »

Tous, sauf Valls.

« Manuel Valls n’a pas changé. On attendait un Patriot Act à la Française après les attentats de Charlie. On s’en approche. Pour l’heure, le projet de loi légalisant sans mesure ni contrôle ni validation judiciaire un espionnage informatique massif de nos concitoyens déboule à l’Assemblée. Le Sénat de droite n’y a rien trouvé à redire. Après les lois sécuritaires de Sarkofrance, voici une nouvelle pièce au puzzle.

Que dira-t-on le jour où l’effroyable troupe du Rassemblement Bleu Marine s’emparera du pouvoir ? Elle n’aura rien à faire. Les outils seront là, en place et bien rôdés pour tirer le trait sur la République et ses contre-pouvoirs.  »

Il y a 3 ans, je m’amuse encore: « comment Macron rate son entrée en politique« . Je ne sais pas que je me trompe. Macron a finalement gagné. Pour le reste, on comprend vite que Macron n’est qu’un défenseur de l’oligarchie. « Micro collé au menton, il présente son « mouvement politique qui ne sera pas à droite, qui ne sera pas à gauche ». Ou plutôt « ni de gauche, … ni de gauche ». Ses fondateurs, ses soutiens, ses références et ses idées, tout arrime ce mouvement à la grande tradition du conservatisme libéral depuis Smith, Ricardo et les autres. Même les Français sondés ne s’y trompent pas: selon une récente enquête Odoxa, l’actuel ministre est jugé plus proche de Juppé que de Hollande par deux tiers d’entre eux. Macron peut être ministre de Hollande, et jugé premier ministre potentiel d’un Juppé président après 2017. »

Il y a 2 ans, je m’inquiète. Est-ce enfin la fin de la Vème République ? #présidentielle

Il y a 1 an, …

 

Chanson du dimanche: l’échappée belle

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles. "Ce n'est pas le désaccord qui gêne mais la façon dont il s'exprime."