Comment le FN se construit pour 2022

Elle: « tu penses que dimanche, ça sera dur ? »

Moi: « Le PS va se retrouver avec 12 départements tel que je le vois. Une raclée. »

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Il s’agit encore de voter dimanche, de tenter de défier l’inéluctable, c’est-à-dire la victoire d’une droite à la ramasse de son extrême. Le Front national gagnera suffisamment d’élus pour se notabiliser à grand pas dans les départements. Ce sera un tremplin pour 2017, mais sans doute insuffisant.

En revanche pour le scrutin d’après, c’est une autre paire de manches. Le FN aura obtenu son ancrage local, acquis au fil des victoires. Rappelez-vous le parti socialiste des années 70. Une décennie pour gagner ensuite le Graal présidentiel.

« Les élections cantonales de 1976 et de 1979, ainsi que les élections municipales de 1977, sont un succès pour la gauche et surtout pour les socialistes, qui devancent nettement les communistes : en mars 1976, le PS obtient 26 % des suffrages exprimés contre 23 % au PCF, quatorze présidences de conseils généraux basculent à gauche, dont neuf pour les socialistes, trois pour les radicaux de gauche et deux pour les communistes ; un an plus tard, la gauche remporte 157 des 221 villes de plus de 30 000 habitants, dont 81 pour le parti socialiste (44 en 1971) ; en 1979, la gauche enregistre un gain net de deux conseils généraux. » (source: Wikipedia)

Le Front national est sur la même trajectoire que le PS d’il y a quarante  ans. 2002-2022, vingt ans pour amener le pays vers l’autoritarisme le plus crétin et le plus brutal ? A nous de le faire dévier de sa route, ou de partir.

 

 

Crash d’avion et dépression

Une vérité se dessine. C’était inéluctable. Trois jours d’élucubrations pour en arriver là. L’exaspération lente et croissante du lecteur ou de l’auditeur devant la fascination morbide d’un fait divers gigantesque.

Ce serait un pilote dépressif et suicidaire qui aurait emmené dans son drame 149 personnes. Sur Twitter, je lis quelques-uns fustiger Hollande ou Valls qui n’auraient pas prévenu qu’on allait savoir si vite. D’autres, aussi hors-sol, qui s’indignent que des gouvernants s’attardent sur la mort de 150 personnes. J’ai même lu un tweet rageur d’un ancien journaliste que j’apprécie où il s’exclamait de voir Hollande en faire autant sur le drame. « Autant » ? 150 personnes pulvérisées sur une montagne, ce ne serait pas un sujet suffisamment grave et triste pour que nos gouvernants s’y attardent, à chaud, quelques heures ? Je m’interroge sur le sens de la mesure que certains ont perdu à force d’être coincé dans leurs rancoeurs politiques. Il y a parfois des drames qui n’ont pas d’enjeux politiques, et qui pourtant restent des drames importants.

A l’inverse, l’excitation médiatique, sans mesure ni nuance, a largement dépassé notre seuil de tolérance. Maintenant que le jeune copilote Andreas qui s’est barricadé dans un cockpit sur-sécurisé a été identifié, les caméras sont au pied de la maison de ses parents. On interroge un voisin borgne (si si) qui ne croit pas au suicide, un autre qui en est convaincu.

Il fallait un hommage rapide, de la compassion manifeste, et du temps à l’enquête, une enquête qui est finalement rapidement efficace.

Rien de plus, rien de pire.

Nous eûmes plus, et pire.

Nous pourrions avoir pire.

Les complotistes, ceux qui vous expliqueront que le vol a été abattu par la CIA, les Juifs, ou des islamo-fascistes, sont déjà en train de travailler leur video de reconstitution pour les poster sur YouTube.

 

Crash d’avion et rancoeurs

Le crash d’un avion de la Germanwings mardi 24 mars 2015, en fin de matinée, a secoué les rédactions des chaînes et radios d’information. Même France Info, que la grève d’une dizaine de pourcent des salariés empêchait d’émettre, a repris du coup ses émissions.

Le citoyen pouvait d’abord être choqué par l’insistance journalistique à émettre toutes sortes d’élucubrations sur les origines du drame. Ce fut pour certains presque un exploit. Les enquêteurs ne cessaient pourtant de répéter combien il fallait être prudent. Qu’importe ! Sur France info, Europe et quelques autres, on voyait la même scène à répétition: un journaliste insister, insister, insister.

2. Le second moment pénible de cette séquence dramatique fut la diffusion de premières photos des proches des victimes, pour l’instant floutées, ou de dos. On attend le pire, quand une presse people captera ces moments de détresse pour vendre un peu de papier.

Un peu de retenue, svp.

Changer ?

Changer ? Pas forcément. Sans doute pas. Hollande ne changera pas, il ne changera rien. Peut-être réalisera-t-il, trop tard, quelque part à l’automne 2016, combien son quinquennat ne s’est pas déroulé comme il aurait du.

Pour l’heure, ce scrutin départemental sonne comme une raclée pour la gauche, et la sienne en premier lieu.

On a le droit de ses opinions

J’ai donc voté encore une fois Front de Gauche. Localement, je connais l’une des candidates, c’est une voisine. Et puis EELV est alliée avec le Parti Radical de Gauche contre le PS local. Les histoires locales déroutent parfois. Pour ce scrutin départemental, la dimension locale doit compter un peu.

A fur et à mesure des mois qui nous éloignent de ce mois de mai 2012, une libération d’après Sarkofrance, il a fallu tenir un cap assez difficile. Comme d’autres, j’ai compris que la politique était devenue caricaturale. Donc les voix discordantes se prendraient quelques coups, quelques désaveux, quelques ennemis involontaires.

Je vote FDG mais Mélenchon m’exaspère. Je déteste la politique de Hollande mais j’apprécie l’homme. Je votais écologiste mais le vote utile est au FDG. Je déteste qu’on désigne les socialistes comme « fauxsocialistes« , mais les socialistes de gouvernement sont stupéfiants.  L’expression « fauxsiaciste » est aussi intransigeante et Mélenchon est « pragmatique » qu’il en appelle à taire nos oppositions droit-de-lhommistes à l’encontre de Poutine ou de Bachar el-Assad pour sauver la paix. La récente séquence qui a suivi les attentats de Paris a ajouté quelques divisions. Je déteste les religions, pas ceux qui les pratiquent. L’islam trop pratiquant ajoute la déchéance des femmes à l’énervement laïcard. Qu’une gauche ait cru bon de minorer les attentats de Paris et d’où ils viennent est stupéfiant. Bref, la liste est longue, trop longue de ces choses qui « ne rentrent pas dans les clichés » qu’on nous impose, ou qu’on voudrait nous imposer.

La vie politique est une affaire de nuances que la période exècre.

Ce n’est pas grave.

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Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles.

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