21 avril 2002, tu t’en souviens.

Je n’y arrive pas.

Impossible d’oublier ce jour.

 

 

Il y a de fortes chances que Marine Le Pen se qualifie au second tour de 2017, comme son paternel il y a 13 ans. Mais elle attire encore suffisamment de rancoeurs et d’hostilités contre elle pour qu’on puisse raisonnablement penser que sa défaite sera finalement lourde.

Le problème n’est pas 2017, mais 2022, vingt ans après ce premier choc. Le FN se sera notabilisé localement à force de victoires municipales (2014), départementales (2015) et régionales (2015).  E, 2022, le FN ne sera plus l’épouvantail qu’il est encore aujourd’hui.

Et là, ce sera le drame.

Le vrai.

 

Les impôts m’ont pourri un dimanche

Ce n’est pas grave. Je suis ravi de payer des impôts. Mais j’ai eu un choc.

Je suis ravi de payer des impôts. Mes enfants, je pense, l’ont compris. Nous sommes suffisamment aisés pour payer des impôts sur le revenu. Etant salarié, ma déclaration n’est pas si compliquée. J’ai surtout perdu du temps à comprendre quelles niches fiscales avaient disparu quand le simulateur du fisc m’a annoncé la douloureuse à la fin. Les intérêts d’emprunt de notre résidence principale, le quotient familial, etc, qu’importe.

Les impôts m’ont pourri un dimanche parce que les notices sont complexes, mais notre déclaration était simple.

J’ai lu ensuite qu’un député UMP avait planqué 1,5 million d’euros en Suisse. J’ai de la famille à l’étranger, mais pas encore en Suisse. Nous n’avons pas 1,5 million d’euros, même si j’y travaille. Mais je reste convaincu qu’un exilé fiscal mérite de nous laisser sa carte nationale d’identité au passage. On vit en France parce qu’on paye des impôts en France. Les plus pauvres d’entre nous, n’en sont pas exonérés. Ils payent la TVA dès le premier euro de dépenses, et jusqu’au dernier.

Bref, considérer que l’aisance autorise l’exil fiscal est quelque chose d’indécent.

Dimanche, quand je rédigeais ma déclaration de revenus sur le site de Bercy, j’avais en tête cette révélation de Mediapart, un député UMP qui avait 1,5 million d’euros planqués en Suisse et qui, par ailleurs, fustigeait la fraude au RSA.

« Vendredi 17 avril, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), créée après l’affaire Cahuzac pour contrôler les déclarations de patrimoine des élus, a en effet saisi le parquet de Paris, estimant que Dominique Tian avait rempli un formulaire potentiellement mensonger, « en raison notamment de l’omission d’avoirs détenus à l’étranger ». Le procureur devrait, en toute logique, ouvrir dans la foulée une enquête préliminaire. »

Sans blague.

Qwant, l’alternative à Google

C’est un moteur de recherche européen, développé par une entreprise française. Qwant fait peau neuve au moment où Google fait l’objet d’une enquête européenne pour abus de position dominante.

Le site promet un minimum de respect.

« Nous ne traçons pas nos internautes. Nous n’avons aucun accès à leurs données personnelles » Jean Manuel Rozan, président de Qwant.

Aux Etats-Unis, Google représente encore les 2/3 des requêtes, mais il n’y a rien d’inéluctable. Le souci que nos sociétés ont désormais avec Google est son expansion revendiquée, assumée, et réussie dans tous les domaines de la captation des données personnelles. Sans faire de la mauvaise paranoïa d’anticipation, Google s’approche de SkyNet. Ses patrons sont comme les « vilains » media-moguls de James Bond ou du plus récents « King’s Men« , des gourous dont le succès entrepreneurial a fait dériver la pensée vers des envies de vie éternelle et de domination mondiale.

 

 

 

« Votre ordinateur ne sait pas encore tout de vous. » Larry Page

 

 

Un nouveau populisme de l’internet est à l’oeuvre. Il consiste à disqualifier les institutions politiques, les Etats, l’action publique en général. La « main invisible du net », comme hier celle du Marché chère à Adam Smith, serait là pour servir aux gens ce qu’ils souhaitent, par-delà les mauvaises régulations politiques. Google est l’incarnation d’une décennie: le site vous apporte les réponses aux questions, à toutes les questions, que vous vous posez, avec une rapidité souvent inégalées. Prétendument sans censure si intervention humaine.

La « machine » serait neutre. On sait qu’il n’en est rien.

J’adore Google. Je suis tombé dedans comme bien d’autres. J’utilise Gmail, Google Maps et tout le reste. Sarkofrance a été créé sous Blogger (même si j’ai pris soin de mettre ces Coulisses chez WordPress). Il est très difficile d’en sortir tant l’entreprise est efficace.

Dans le passé, les Etats sont parvenus à terrasser quelques mastodontes économiques à coup de régulation anti-trust et autres. Les banques américaines, par exemple, ont été démantelées après la Grande Crise. Qu’en sera-t-il avec les géants du Net ?

Pour l’instant, utilisez Qwant, même si le moteur a moins d’efficacité que Google.

Pourquoi être pressé ?

Recul et abstinence, la leçon de Guy Birenbaum

  

Je l’ai lu d’une traite. Cela ne m’est pas arrivé depuis des lustres, de finir un livre aussi vite. Habituellement, un écran m’accroche, une autre envie me décroche. Ou le sommeil a raison de moi. Mais cette fois-ci, le livre de l’ami Guy m’a happé. Il a littéralement frappé au coeur.

Guy Birenbaum avait disparu des antennes radiophoniques entre mars et mai 2014.  Quand je l’ai contacté le 20 mai dernier pour me réjouir de son retour à l’antenne, sans savoir pourquoi il avait disparu, il avait évoqué sa dépression en quelques lignes dans un email.

 Je suis resté désemparé. 

 Revenu sur France info chaque matin juste avant 9 heures, Guy a couché sur le papier son « aventure« . C’est d’abord l’histoire d’une dépression et d’une quasi-guérison. Guy explique qu’il est encore sous traitement. On s’identifie facilement parce qu’on est tous un dépressif potentiel. La description méthodique de Guy est simple. Elle m’a renvoyé à de nombreux mauvais moments personnels après la fin de Sarkofrance.

Guy relate aussi l’enfer de l’hyper-connexion dans laquelle nous sommes, de la socialisation permanente et égotique du moindre geste ou de la moindre pensée. Des travers qui nous privent de recul, où l’esprit s’égare. Nous les avons déjà évoqués ici. En relatant sa descente en enfer, Guy donne les clés à celles et ceux qui ont senti le piège.

Ces clés sont une épouse, des enfants, des proches, des liens amicaux quotidiens, un excellent psychiatre.

Internet n’est pas la cause de ses tourments, le web a plutôt accéléré, fragilisé, confronté Guy avec d’autres angoisses qu’il partage dans son ouvrage. Les réseaux sociaux l’ont éloigné de ses proches, de sa famille, de son histoire familiale. Il l’écrit. Mais les mêmes réseaux sociaux lui ont balancé aussi en pleine figure la haine de vermines antisémites, la rancoeur de ces racailles. La mauvaise parole s’est libérée. Guy en fait les frais. Lui qui était resté presque distant avec sa propre histoire familial se fait insulter sur ses origines juives.  Et ça l’affecte. Internet nous permet de voir le pire et le meilleur. Mais le pire marque forcément davantage que le meilleur.

Guy dresse le portrait d’une époque, d’une dépression collective. Nous ne savons plus où nous allons, nous ne savons plus qui nous sommes, nous sommes terrifiés de comprendre l’absurdité qui nous entoure, le vide de sens et la bêtise politiques, l’absence d’issue politique positive, la perte d’espoir, la déchéance de la culture devant la victoire du superflu et de l’agitation.

C’est une lecture que je conseille à toutes et tous, une lecture émouvante, et qui remplit d’espoir.

« J’ai décidé de me retirer du temps réel ». Guy Birenbaum.

 

On tue donc par centaines

Les proportions meurtrières atteintes en Afrique (Boko-Aram) ou au Moyen Orient (Daesch) dépassent ce que nous appelions l’entendement.

On tue donc par centaines.

Au Kenya, il y a tout juste 10 jours, quelque 150 morts, un massacre commis par des Shebab qui a suscité une indignation… modeste.

« Le jeudi 2 avril 2015, quatre djihadistes appartenant au groupe islamiste somalien Al-Shabbaab franchissent le portail de l’Université de Garissa, ville située dans l’est du Kenya, à moins de 200 km de la frontière somalienne. Sans pitié, ils exécutent les deux gardes avant de se débarrasser d’un groupe d’étudiants priant matinalement à la chapelle universitaire. Pour terminer leur sale besogne, les shebab se réfugient dans l’un des quatre dortoirs du campus. Et pendant onze longues heures le commando islamiste massacre sans pitié les étudiants qui ont eu le malheur de se retrouver dans leur champ de tir ou d’être chrétien.  » (Lire la suite)

Le journaliste malien qui a écrit ses lignes il y a quelques jours s’est énervé sur le double traitement des médias et chefs d’Etat… africains. Ces derniers, si prompts à se joindre aux commémorations post-attentats Charlie furent bien silencieux cette fois-ci.

 

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles.

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