Mensonges sur les « crimes de réfugiés »

Il suffit d’une succession de 4 attentats en Allemagne, sans rapport les uns avec les autres, pour que la fachosphère  (relayée par nombre et nombre d’inquiets survoltés) s’autorise à raconter n’importe quoi à propos des crimes commis par des migrants, réfugiés et autres immigrés.

Si la France n’a reçu que quelques centaines de réfugiés de la crise irako-syrienne, l’Allemagne en a accueilli plus d’un million l’an passé, une augmentation de +440% par rapport à l’année précédente.

Il n’en faut pas plus pour que la fachosphère se répande sur le Net à la moindre occasion pour brailler que ces réfugiés en masse engendrent une augmentation des crimes et délits en masse, que nombre d’entre eux ne sont que des jihadistes dissimulés, sans parler du « Grand Remplacement » dont ils menacent la survie de cette cohorte de suprémacistes blancs à la grammaire aléatoire.

Reprenons.

  • Il y a 10 jours, un jeune réfugié syrien se réclamant de Daech a gravement blessé 4 personnes dans un train en Bavière.
  • Vendredi, un germano-iranien de 18 ans a tué 9 personnes. Manque de « chance » pour nos fachos, le jeune homme n’était pas réfugié, mais plutôt dépressif, « amok » et son acte n’a aucun rapport avec Daech. Nos fachos crient bien sûr au complot.
  • Samedi, un jeune réfugié syrien tue à la machette une jeune femme. C’était en fait un drame passionnel. Le crime n’a attiré une telle couverture médiatique qu’en raison de l’identité de l’auteur.
  • Dimanche, un autre réfugié syrien, dont on avait refusé la demande d’asile, se fait sauter devant un festival de musique dans la ville d’Anspach. Celui-là se réclame aussi de Daesh.

 

Je vous laisse imaginer les messages que l’on peut lire sur les réseaux sociaux émanant de d’une poignée de la fachosphère et autres partisans de la « remigration« .

 

Il faut encore rappeler quelques statistiques pour sortir des fantasmes.

  1. L’Allemagne enregistre entre 6,8  millions de crimes et délits par an (chiffres 2014).
  2. La proportion de crimes et délits attribués à des réfugiés est de 1,7%.
  3. En 2015, les crimes et délits attribués à des réfugiés ont atteint 208 000, en hausse de 79%. Le nombre de réfugiés a lui augmenté de 440%.
  4. Si le nombre de crimes et délits commis en Allemagne était stable en 2015 (les chiffres ne sont pas connus), la proportion attribuable aux réfugiés serait donc de … 3%.
  5. Parmi ces 208 000 actes de délinquance, « les cas de violences graves, délinquance à caractère sexuel et de crimes ou tentatives de crime« , rappelait le Monde en février dernier, sont rares: 1 688 actes de délinquance à caractère sexuel (dont 458 cas de viol ou d’agression sexuelle), 28 meurtres (dont 27 migrants tués), et 222 tentatives de crimes.
  6. Les 28 meurtres sont à comparer aux 2200 meurtres commis en Allemagne par an (chiffres 2014).
  7. Les 2000 actes violents commis par des réfugiés sont à comparer aux 184 000 actes violents commis en Allemagne au global.

 

Un crime est crime. Mais un fantasme reste un fantasme.

 

 

 

Jihadiste niçois

Avec le recul, ce documentaire exceptionnel de France 2, diffusé en juin dernier sur les recruteurs du jihad prend une autre signification. Parmi eux, Omar Omsen, un ancien délinquant niçois devenu recruteur jihadiste pour une branche d’Al Qaida depuis 2013. Lui comme les autres ciblent des jeunes d’une vingtaine d’années.

Des gamins paumés aux prénoms « bien-de-chez-nous » sont exhibés dans le documentaire. Des gamins attrapés à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte, à un moment peut-être plus fragile que d’autres.

Ce n’est plus glaçant, c’est juste triste et absurde.

Il n’y a aucune surprise sur le fond: la même rhétorique est répétée sur la grandeur de l’islam, les mécréants de France, la nécessaire bataille contre Assad en Syrie, etc.

L’intérêt de ce documentaire est de voir, sur une durée plus longue que les habituels micro-reportages, ces jeunes embrigadés. Pour l’athée que je suis, ils m’ont tous paru incroyablement sectaires, coincés dans des croyances, « gouroutisés » par leur mentor.

 

 

Chanson du dimanche: « tristesse estivale »

Difficile de résister. Mais cette mélancolie est finalement rafraîchissante.

Munich, le tueur était d’extrême droite

Ou pas.

On se gardera bien d’avoir le même empressement que les chantres de la fachosphère hier soir quand la peur s’est abattu sur Munich et la bêtise sur certains twittos français.

Vingt-quatre heures après les faits, la police et les autorités allemandes n’ont trouvé aucun lien avec Daech, Al Qaida ou une quelconque autre mouvance islamiste. En revanche, d’autres indices les ont conduit à affirmer samedi qu’un lien avec un autre meurtre, plus massif celui-là, il y a 5 ans leur paraissait « évident« , le massacre d’Utoya par le militant d’extrême droite Breivik.

Les nombreux rebondissements d’une autre enquête, celle sur l’attentat de Nice, me laisse penser qu’il vaut mieux rester prudent et laisser la fachosphère dans son propre trouble. Que le jeune tueur se soit inspiré de Breivik ne signifie pas qu’il soit un fan de Pedida, du NPD ou du FN.

Ali David Sonboly est un Germano-Iranien de 18 ans. Ce fils d’un chauffeur de taxi et d’une ancienne employée d’une chaîne de grands magasins est né et a grandi à Munich. Ses parents sont arrivés en Allemagne à la fin des années 1990 comme demandeurs d’asile. Selon le ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière, le jeune homme, issu d’une famille à l’origine chiite, s’était converti à la religion chrétienne, d’où son prénom David.  (source)

Une vidéo, authentifiée depuis et assez surprenante, montre le tueur et un habitant en train de s’insulter. On comprend que le moment a été capté juste après les premiers tirs. Le tueur, sur le toit du centre commercial, est interpelé par un habitant d’un bâtiment voisin qui le traite de branleur. On l’entend répliqué « Je suis allemand ! Je suis né ici ! Je sors d’un traitement hospitalier« .

Hier soir sur Twitter, tandis qu’une partie de ma belle-famille allemande  se faisait rassurer sur le sort de nos proches restés à Munich, j’ai lu tant de bêtises chez les fachos que j’ai fini par être surpris.

L’une d’entre eux dénommée JeuneAthena, adepte des thèses du Grand Remplacement, publia ainsi une photo flou de tueur assortie du commentaire qu’il ne pouvait être aryen. Une autre disait « espérer » qu’il soit islamiste car « cela sert la cause dans les urnes ». Un troisième écrivait qu’il « espérait » qu’il soit migrant car cela serait une nouvelle bonne leçon pour Merkel.

Etc, etc.

 

 

 

Dora Bruder

En 1942, à Paris et dans la plupart du pays, les juifs ne pouvaient faire du  vélo, ni détenir une TSF ou un poste de téléphone.  Entre autres choses.

Ces détails d’une vie quotidienne effarante qui cachait mal un projet d’extermination raciste inédit dans l’Humanité sont rappelés dans un ouvrage publié il y a tout juste 20 ans par Patrick Modiano, « Dora Bruder ».

L’auteur expose une obsession personnelle née d’une petite annonce retrouvée des décennies après sa publication dans Paris Soir:

 

« PARIS. ON RECHERCHE une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m. 55, visage ovale, yeux gris marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41, boulevard Ornano, Paris »

 

L’ouvrage est passionnant de précisions, et d’un faux suspense auquel on se laisse prendre. Car on revit cette horreur, à travers des détails administratifs de la Collaboration. On devine le destin tragique de Dora Bruder.

Dora Bruder avait 16 ans quand elle fut déportée. Difficile d’éviter de penser, comme à chaque fois après l’expérience d’un témoignage ou d’un rappel historique sur cette période, à quelques jours de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv à ses propres proches, ses enfants, ses voisins, ses congénères d’une époque.

Dora Bruder avait 16 ans, un père autrichien et manoeuvre, une mère couturière et hongroise. Tous trois se sont retrouvés, croisés, perdus à Drancy en 1942 avant de disparaître à Auschwitz.

Modiano est précis dans son enquête parisienne, dans un XVIIIème qui fut mon quartier pendant 15 ans, entre la mairie et le métro Simplon, les rues Hermel, Duhesme, Custine et le boulevard d’Ornano. Il y a aussi cette caserne des Tournelles, boulevard Mortier, un camp d’internement spécialisé pour femmes, avant Drancy puis les camps de la mort.

« Dora Bruder  » est un roman documentaire avec peu de documents. Un parcours triste, simple mais qui révèle ce décalage que je ne comprends pas entre notre humanité et son absence chez d’autres.

 

Un conseil de lecture estivale !

Valls contre Wauquiez: 1-0

Pour une fois, je vais applaudir Manuel Valls. L’applaudissement sera de courte durée, donc profitons-en.

Il a eu raison dans sa réponse à ce nouveau parangon de la droite furibarde. Malgré mes critiques et mon opposition contre ce gouvernement, il faut lui reconnaitre cette réponse, et refuser de céder à cette facilité du braillement collectif « yakafokon » qui fait sombrer notre pays depuis l’attentat du 14 juillet dernier.

Valls a plein de torts, nous en faisons la chronique hebdomadaire depuis longtemps dans ces colonnes. Mais cette fois-ci, il a parfaitement résumé, comme d’autres à droite ou à gauche l’auraient fait, notre sentiment devant les propos fascisants de Laurent Wauquiez.

Le sieur Wauquiez réclamait de « changer le droit’ pour que l’on puisse enfermer sans preuves et sur simple suspicion de terrorisme. Le droit, le vrai, celui qui nous différencie des dictatures de l’arbitraire, se fonde sur des principes et sur des faits qui ne varient pas malgré les soubresauts de l’Histoire.

Valls, ce mardi 19 juillet, répondit donc à Wauquiez:

« La notion même de suspect, Monsieur Wauquiez, a entrainé ce pays, dans son histoire de ces deux derniers siècles, dans le pire. »

Merci.

 

 

Ce remerciement étant fait, il faut que je concède immédiatement une forme de gêne, comme une démangeaison qui enfle, un accès d’allergie qui perturbe mes applaudissements quand Valls les mérite.

Valls et Wauquiez s’écharpent sur un amendement. Mais le texte de base, l’extension pour 6 mois d’un état d’urgence inutile, a été voté à la demande de Valls et par Wauquiez.

Ne s’agirait-il donc que d’un jeu de théâtre ?

On nous aurait menti …

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles. "Ce n'est pas le désaccord qui gêne mais la façon dont il s'exprime."

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