Archives pour la catégorie Chroniques personnelles

« Les gens ont envie de quelqu’un d’honnête »

On parle souvent politique avec mon épouse. Mais jamais ne m’avoue-t-elle pour qui elle vote in fine. Je devine parfois qu’on suit le même raisonnement. Nous partageons certaines indignations. Elle en a de plus virulentes. Mais son histoire politique vient d’ailleurs.

Elle est mon baromètre.

Juan: « Tu as vu les sondages de second tour ?

Olive: « Non. »

Juan: « Mélenchon perd contre Macron. »

Olive: « C’est normal ».

Juan: « Mais on a Mélenchon largement vainqueur contre Le Pen ou Fillon s’il est qualifié. Je n’y aurai pas cru il y a quelques mois. »

Olive: « Oui,  les gens ont envie de quelqu’un d’honnête. »

Juan: « … »

Olive: « Mais fais gaffe, Fillon remonte. »

Juan: « … »

Chanson du lundi: « j’ai osé » J-7

Tu es jeune, vote.

Cette élection est aussi une affaire de génération. A en croire les sondages, quelque 40% des jeunes de 18 à 24 ans qui ont l’intention de voter penchent pour Jean-Luc Mélenchon. Et 40 autres pourcents n’ont pas l’intention de voter.

A l’inverse, François Fillon fait le plein chez les plus de 65 ans. Nicolas Sarkozy en son temps rassemblait également large chez les seniors. La formule est connue: effrayer sur le monde qui nous entoure, se servir de tous les bouc-émissaires qui peuvent faire peur, promettre de faire travailler les plus jeunes plus durement, et le tour est joué. Car, évidemment, « c’était mieux avant. »

« Pour OpinionWay, au 7 avril, 51 % des 65 ans et plus ont choisi François Fillon ; chez Elabe au 11 avril, 39 % ; et chez Ipsos, les 70 ans et plus choisissaient au 26 mars à 44,5 % le poids lourd politique de la Sarthe. » (source)

Si tu es jeune, ne laisse pas Fillon se qualifier. L’homme a commencé à salarier sa femme avec l’argent des impôts de mes parents salariés que tu n’étais pas né(e). J’étais collégien. Il a toujours été élu depuis. Il a toujours salarié sa femme puis ses enfants avec l’argent de nos impôts pour des salaires que les Français ne connaîtront jamais.

Il te promet de travailler plus longtemps sans être rémunéré pour tes heures supplémentaires, de t’assurer dans le privé, de te laisser défendre tes droits dans l’entreprise sans la protection d’une branche professionnelle. Il promet du sang et des larmes si tu n’es pas dans les tranches favorables des revenus du pays. Car pour celles-ci, il s’agit de les préserver pour « préserver l’investissement ».

« Pourquoi pas ? » Voilà ce qu’a répondu François Fillon sur l’éventualité d’une présence de personnalités de Sens commun au sein d’une future équipe gouvernementale, s’il était élu en mai. Les membres de Sens commun, émanation politique de la Manif pour tous, font « partie des hommes et des femmes qui sont des Français fiers de leur pays, attachés à leurs traditions, pour lesquels j’ai beaucoup de respect », a-t-il déclaré dans un entretien qui sera diffusé dimanche 16 avril sur Radio J. (source)

Fillon fait le plein de ses suffrages chez les seniors qui, eux, votent. Ami(e) jeune, viens voter.

Ne les laisse pas décider de ton avenir.

 

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Chanson du dimanche: applaudissez

« Don’t be scared to make a change »

« Ne soyez pas effrayé de changer »

Ce que Najat Vallaud-Belkacem nous dit de la France

Je me souviens d’un soir, dans ce bistrot qui fait l’angle avec le Boulevard Saint-Germain et la rue de Solférino, près du siège du Parti Socialiste. Je rencontrai, anonyme, l’une des porte-paroles de campagne du candidat Hollande. NVB avait pris l’initiative, via les réseaux sociaux. La campagne hollandaise avait besoin d’antisarkozysme. Cette anecdote personnelle n’a qu’un objectif, rappeler que l’auteur de ces lignes n’est pas neutre quand il parle de Najat Vallaud-Belkacem. Nous avons conservé le contact, aujourd’hui encore. Et je m’en réjouis.

Cinq ans plus tard, celle qui est encore ministre publie un ouvrage qui n’est ni une biographie, ni un pamphlet (1). C’est un essai sur la destinée d’une jeune berbère marocaine, « née il y a deux cent ans » qui est devenue ministre de la République. Ses confessions personnelles, presque intimes, sont rapidement évacuées, mais elles sont suffisamment précises pour qu’on mesure le chemin parcouru depuis ce puits au Maroc où, enfant, elle allait chercher de l’eau pour la famille.

Le parcours qu’elle décrit vous fait aimer la France. J’ai pourtant tendance à détester l’image que la France donne d’elle-même depuis quelques temps: un pays rance, terrifié et terrifiant; un ensemble nauséabond où la haine décomplexée côtoie le mauvais goût. La lecture de ce livre est vivifiante car elle donne une autre perspective.  Son attaque contre celles et ceux, du FN aux rives de la droite furibarde, réclament la suppression du droit du sol et l’assimilation est simple et directe: « cette logique absurde est une machine à fabriquer du ressentiment identitaire. » Une logique qui sert les intérêts de celles et ceux qui font commerce politique de la peur.

Najat relate que tout est possible. Que la République a su, et sait encore offrir ce qu’il faut pour permettre à une enfant d’ailleurs de s’intégrer et de trouver son chemin. Que l’Education nationale, l’apprentissage de la lecture, ou les concours de la République, permettent d’aller loin. Son témoignage, comme celui d’autres femmes politiques, est aussi celui d’un combat féministe au quotidien. Le monde politique est âgé, blanc, aisé. Il ne comprend pas la vague qui vient, jeune, décontractée dans ses rapports hommes/femmes. La souffrance des attentats (« comment ne pas se sentir salie, ravagée, trahie ? ») a sa part. Son envie de rencontrer pour comprendre comment agir. Ce livre dépeint une femme d’avenir.

Najat est loyale, incroyablement loyale. Loyale à Ségolène, loyale à François, loyal à Manuel pendant la primaire, loyale à Benoit malgré cette campagne présidentielle ratée. Loyale à son passé, son parcours et à la France. Loyale jusqu’au bout.

Cette loyauté puise sa force dans un besoin de comprendre et de saisir la complexité du monde qui l’entoure. Ce que NVB décrit très justement tout au long de son ouvrage.

« Ne nous précipitons pas dans des récits qui se veulent simples mais occultent la complexité des parcours. »

Bravo madame.

(1) « La vie a plus d’imagination que toi »Najat Vallaud-Belkacem, Grasset, mars 2017 .

Marine, fille de Jean-Marie

« S’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque. Ce n’est pas la France. (…) la France a été malmenée dans les esprits depuis des années» car «en réalité, on a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer, de n’en voir peut-être que les aspects historiques les plus sombres. »

Il a suffit d’attendre, d’attendre un peu pour voir Marine Le Pen renier l’Histoire et cette reconnaissance il y a deux décennies de ce qui s’est réellement passé.

La rafle du Vel d’Hiv fut organisée, conçue et mise en œuvre par l’État français. Jacques Chirac en son temps avait rétabli la vérité et les responsabilités que l’ancien Mitterrand n’osait avouer.

Marine Le Pen rejoint la cohorte pétainiste.

Qui est surpris ? On retrouve l’influence des Chatillon et Loustau, mais aussi l’héritage paternel.