Cette drôle de campagne européenne


Il y a 34 listes en France, ça donne le tournis. Ces derniers jours, les panneaux électoraux ont été installés le long des futurs bureaux de vote.

Bizarrement, les odieux propagandistes du mythe du « Grand Remplacement » ont eu le droit à leur liste, incarné par Renaud Camus.

Sans surprise, LREM refait son chantage au FN malgré ses prises de positions factuellement xénophobes à l’encontre des migrants.

Bizarrement, la droite tient sa place autour de Bellamy, le jeune bourgeois ultra-conservateur auquel même Estrosi a fini par se rallier.

Sans surprise, à gauche, chacun y va de ses petites piques contre ses plus proches voisins. A ce petit jeu là, les candidats insoumis sont plus économes ou avares en vacheries. Manon Aubry suit son chemin, merci à elle.

Bizarrement, l’UDI fait chambre à part (qui ça ?).

Sans surprise, les médias ont peu parlé d’Europe; LREM a peu parlé d’Europe et caché son programme. le RN a braillé contre l’Europe mais caché son effroyable et inefficace bilan.

Bizarrement, EELV fait des clins d’oeil à l’électorat macroniste (« écologie pragmatique », « rapprochement des régimes des fonctionnaires et du privé ») et les macronistes font des clins d’oeil appuyés aux sympathisants écolos en verdissant leur discours. Et Le PS moribonds veut chiper la place de EELV, mais ses alliés européens voudraient adhérer au même groupe que les macronistes (vous avez compris ?).

Sans surprise, la campagne insoumise a été calme, argumentée avec un programme plus détaillée et dévoilée plus tôt que les autres principaux partis. Mais parlez de programme en pleine campagne… qui donc s’en soucie ?

 

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86 réflexions sur « Cette drôle de campagne européenne »

  1. Histoire de sourire de ces élections : le maire de la Haute Beaume, dans les Hautes Alpes, village ayant 17 électeurs inscrits sur les listes, a refusé d’installer les panneaux électoraux dans sa commune, au motif que 34 panneaux pour 17 électeurs – dont il présume que la moitié iront en randonnée le jour du vote – c’était bien du tintouin pour pas grand chose . Comme il se fout des éventuelles sanctions à son encontre, il suggérait que le préfet se charge de cette installation .
    C’est dire si les européennes sont motivantes .

  2. Adorable union européenne …

    Lors de la dernière con-sultation la Pologne a snobé ce vote à 75 %

    c’éty pas bien des ingrats quand ce pays reçoit de la dite Zunion un petit 17 milliards d’euros par an
    et refuse énergiquement de recevoir le moindre réfugié traversant la Méditerrannée
    comme Orban et Salvini ? oui
    mais chut le gouvernement bigot-révisionniste est tout heureux de payer
    5 milliards pour accueillir des missiles US pointés sur St Petersbourg
    la base s’appelera Fort Trump.

  3. « Le Praud du pot », voilà une analyse du comment les débats télé sont vérolés. Là c’est sur le réchauffement climatique mais on a les mêmes procédés dans tous les débats politiques. Tout est fait pour flinguer l’invité « qui ne pense pas comme nous ».

    1.  » Tout est fait pour flinguer l’ invité qui ne pense pas comme nous » : une bonne définition des commentaires dè ce blog ! La paille et la poutre…

      1. L’ex carrossier du thorax vient dupliquer les analyses des suces boules du régime en série, dont nombre d’entre elles sont carrément truandées (en anglais fèques nious) sur un blog alternatif..
        il cherche la cogne auprès de gens paisibles, et vient nous faire ensuite son caliméro…..

        C’est à la mode. Les fellateurs de la bananeraie LREM, sont outrés chaque semaine par la violence des gilets jaunes, sans jamais expliquer pourquoi ce sont ces derniers qui se retrouvent assez bizarrement sur les tables d’opération des CHU…

        Pas facile de revenir au sol quand on a décollé…

      2. Sauf que sur ce blog, le parti pris est revendiqué et assumé ce qui n’est pas le cas des médias qui revendiquent une soi-disante indépendance et se voient en champions de la liberté de paroles.

        1. @ Robert Spire

          Mais non, mais non : la plupart de s médias sont politiquement engagés, même si non liés directement à un parti politique, et même si certains publient des tribunes libres ou des interviews de gens opposés à leur ligne générale.

          La question serait plutôt :  » Pourquoi des médias comme l ‘ Humanité ( en quasi- dépôt de bilan), Politis ou Le Monde Diplo ( pourtant d’excellent niveau) , ou à la télé,  » Le Média », attirent-ils si peu de lecteurs ou de téléspectateurs ?( l’ « avant-garde éclairée », je sais, mais quand même…)

          1. Ne déviez pas ce que je dis, vous savez que je parle des TF1, France 2, 3, etc…et de toutes ces chaînes d’informations, aucune ne se revendique d’un parti ou d’un engagement politique, toutes se disent indépendantes et respecter la liberté d’expression.

    2. Il y a eu une autre émission difficile pour une invitée de l’association L214…avec quelques sarcasmes …tous ces gens écolos et défenseurs des animaux viennent pourtant défendre un mieux être et un mieux vivre …ceux qui défendent un libéralisme destructeur sont mieux écoutés et respectés …drôle de monde !

  4. Ce qui est amusant, dans cette campagne, c’est que tous les partis se sont « verdis » , parce que les sondages mettent en avant le souci de l’environnement .
    On verra ce qu’il restera de cette « verditude  » ( pourtant nécessaire ) lorsque le scrutin sera passé !

    1. les politics EELV sont éminement recyclables,
      c’est déjà ça
      mais il en faut de l’énergie pour limiter les fossiles usagés de la pensée libérale thatchérienne.

      Attention merdia e piricoloso marcher dessus

  5. Drôle de campagne, effectivement, vu le contexte actuel, LERM ne peut pas s’étendre sur son projet. Voilà ce que disait Frédéric Farah (économiste) en 2017:  » Pourquoi la France a-t-elle moins ressenti les effets déflationnistes de la crise des années 70 que les autres pays ? Parce qu’elle possède des mécanismes de redistribution sociale sans lesquels la crise aurait eu des effets beaucoup plus violents. L’amortisseur de la crise, c’est l’Etat social. La France a montré à travers différents épisodes la capacité très forte de son peuple à réagir aux politiques d’austérité : en 95 par exemple (échec du plan Juppé de privatisation de la sécurité sociale face à la grève générale), mais aussi sous la réforme Fillon ou El-Khomri. Yanis Varoufakis raconte que Schaüble (ministre des Finances allemand) lui aurait dit : “le véritable objectif c’est Paris, la Troïka veut imposer ses politqiues en France”. Si on accepte cette idée, c’est qu’effectivement l’étape suivante de l’Union Européenne consiste à se porter vers le lien où on trouve la pointe la plus avancée de l’Etat social sur le continent, c’est-à-dire vers nous.

    Imposer à la cinquième puissance du monde une mise sous tutelle comme la Grèce, c’est irrecevable. La Grèce est la première colonie de la dette ; la société a été brutalisée comme jamais depuis la fin de la guerre civile en Grèce. En France, je pense que cette thérapie de choc peut être apportée non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Comme le disait Galbraith, Macron représente en France la “Troïka de l’intérieur”. On se retrouverait avec une troika de l’intérieur : c’est Macron et son gouvernement technique. On ne peut pas apporter en France, comme en Grèce, des experts du FMI en cravate dans les hôtels parisiens pour importer leur politique. En revanche, on peut l’imposer de l’intérieur.

    Je relisais le contenu du mémorandum de 2010 sur les modification du droit grec du travail ; ce qui est souhaitable dans ce mémorandum, c’est que les accords d’entreprise priment sur les accords de branche, que les procédures de licenciement soient allégées ; on retrouve les mêmes attendus dans le programme de Macron.

    Macron, c’est la “Troïka de l’intérieur” ; son but est de réduire l’Etat social, c’est de mettre en place ce que Noëlle Burgi nomme “l’Etat social minimal”, avec la transition de notre régime social de l’assurentiel vers l’existentiel. Cette purge-là, c’est le gouvernement technique de M. Macron qui va essayer de la mettre en oeuvre, par des mesures dures à l’égard de la population, du droit du travail, par de l’austérité. Il va le faire prudemment, car il est conscient du rapport de force. Mais la volonté de M. Macron d’obtenir l’assentiment de l’Allemagne peut nous amener, non pas à une “stratégie du choc” à la grecque, mais à un remaniement profond de la protection sociale et du droit du travail ; à moins qu’entre-temps n’arrive l’inattendu, une secousse qui emporterait la zone euro et qui viendrait d’Italie. »
    http://lvsl.fr/parlement-a-botte-de-macron-va-mettre-place-purge-sociale-exigee-lue-entretien-frederic-farah

    1. Voilà….

      L’UE elle même au sortir des années de crise, avant de préconiser la casse sociale dans ses « semestres », avait précisé que la France avait joué l’amortisseur de crise auprès de ses partenaires et voisins puisque les français avaient consommé….(hors Allemagne qui profitait alors de l’expansion des économies des BRICS..)

      Mais la schizophrénie galopante de la bande d’hallucinés de Bruxelles n’est plus à faire…. ça y va la fumette de moquette dans le bordel..

    1. le seul résultat qui compte est de filer le plus gros cocard à Merdon et son gang d’éborgneurs.

      et si ce tout sauf M..on, amène en 2022 le FN au pouvoir et bien qu’il en soit ainsi
      au moins cette opération vérité révélera aux prolétaires leurrés aussi bien par le FN que dégoutés par l’abandon de la lutte des classes par le Ps, la vacuité du vote FN.

      Cette hypothèque levée, la droite dure (macron, Pr, place pudique) ne pourra plus nous dire c’est moi ou le fachisme.

    2. Il faut bien rameuter les copains pour un coup de main ; ODOXA

      mais ça date ça insoumis = RN = fachos.. déjà aux derniers référendums de 2017 les escrocs nous ont fait le coup..

      Sacré Arié quel estomac quand même….

      1. Ah, oui, j’ oubliais : les sondages déplaisants sont forcément truqués ( mais pas les autres, ça va de soi)

          1. @ Stanislas

            « Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’ en rêve votre philosophie  »

            Shakespeare

        1. – crier « au secours le FN risque de passer »
          – rafler les insoumis pour faire un paquet de fachos de gauche
          – rafler les gilets jaunes pour constituer le paquet facho de gauche et de droite.

          Mais Arié le dernier des cons a compris la combine pour gagner une élection, ça se répète depuis 2002.maintenant..

          Et je continue à parier que les fachos vont voter LREM, pour Losieau et pour les excellents résultats hospitaliers des tabassages en règle…

  6. Selon cet article, 60% des personnes interrogées pensent que le RN est un parti raciste et 58% le considèrent dangereux pour notre économie .
    D’autre part, 45% des interrogés ne connaissent pas Salvini et 41% le considère mauvais .
    Soit dit en passant, le parti de Salvini a perdu 7 points dans les sondages italiens !
    Ca relativise, même si il ne s’agit que de sondages !

    1. Sérieusement, Alain Bobards : croyez- vous qu’ aujourd’hui, en France, être perçu comme raciste est électoralement
      aussi rédhibitoire qu’ il y a quelques années ?

      Souvenez- vous des manifs lorsque JMLP est parvenu au 2 ème tour en 2002, et de l’absence de manifs lorsque MLP y est parvenue en 2017…et comparez leurs scores respectifs au 2 ème tour.

      1. Primo, ce n’est pas moi tout seul dans mon coin qui le dit mais un sondage dont vous êtes si friand et qui figure dans l’article que vous nous avez si obligeamment posté . Secundo, si Marion Anne Perrine ( et l’extrême droite européenne ) sont si bien placées – encore que Salvini et son parti soit en perte de vitesse en Italie -, ce n’est pas par leur talent mais par les fautes, erreurs et saloperies de l’Eurogroupe, de la Commission et des chefs d’états et de gouvernements par trop inféodés aux milieux financiers .
        Avoir, par exemple, réussit à remettre en selle Nigel Faradge en Grande Bretagne, alors que l’extrême droite a très longtemps, été plus que marginale dans le pays, et risquer de voir Boris Jonhson, le sosie de Trump à la place de Térésa May, c’est, quand même, un exploit .de l’U.E. !

  7. C’est toujours comme ça : dans l’opposition, quand on promet qu’ on rasera gratis , on a toujours plus de points qu’ au pouvoir, où il faut se coltineravec la réalité…Mélenchon est le seul qui réussisse à faire l » inverse, et à tirer les marrons du feu pour Marine Le Pen, qui n’a pas besoin de faire campagne.

  8. Triste campagne …
    Loiseau qui disparaît des affiches d’un coup d’aile macroniste ( pas très délicat !)
    Édouard Philippe qui offre des km heures …on brade la sécurité routière qu’on avait défendu bec et ongles peu de temps avant …
    Royal qui s’approcherait de Larem …
    34 listes …y a t il seulement 34 idées pour améliorer cette Europe défaillante ?
    Et puis même si je ne partage pas ses idées …il y a une personne intéressante (je me répète !) : Ian Brossat toujours droit dans ses idées ..alors c’est pour quand l’union de la gauche LFI, Génération S , communistes …
    Et après les élections que se passera t il ? Rien …

  9. Et enrichissez-vous, bordel, au lieu de pleurnicher tout le temps ! Ce n’est pas l’ économiste–maison Stanislas qui me contredira ! S’ enrichir, c’ est prendre des risques, pas soupirer avant les  » avantages acquis » condamnés à disparaître!

    https://f7td5.app.goo.gl/422uh

  10. chomage en baisse dit-il.. et radiation en hausse dit l’Insee
    la macronerie ment énormément

    1. On comprend que vous avez une vision de « droite », c’est vôtre droit. Et on ne la partage pas, c’est aussi nôtre droit.

      1. @ Robert Spire
        Ce n’est pas moi qui suis devenu de droite, mais le monde.

        Et la gauche doit inventer ce qu’ elle peut et doit être dans ce monde nouveau, comme elle l’a fait si souvent depuis 2 siècles, en sachant que- une fois de plus- ce ne sera pas ce qu’elle a été à d’ autres époques qui ne reviendront plus.

        1. « Monde nouveau »…Quel monde nouveau??? Nous voilà revenu en 1900, au temps de Jules Vernes où Cecil Rhodes (ultra millionnaire, chantre de l’impérialisme) écrivait en 1902: « L’expansion, tout est là »… »ces étoiles »… »ces vastes mondes qui demeurent toujours hors d’atteinte. Si je le pouvais, j’annexerais les planètes »…même si en contre partie on noie la moitié de l’humanité dans un océan de misère. »
          En un mot, la gauche s’est toujours opposé à ce monde, depuis JJ Rousseau elle dit l’exacte contraire de ce qui se fait. Les lois du marché doivent céder le pas à l’intérêt général. L’intérêt général a toujours été défini contre la liberté économique, (liberté pour le commerçant et les plus riches de s’enrichir indéfiniment). L’intérêt général n’est pas la liberté de la minorité dominante de prendre aux plus faibles par le pouvoir étatique, de prendre à travers des lois écrites par eux et pour eux.

    2. Ah, monsieur Arié, si vous pouviez prendre votre canne et votre chapeau et aller, ne serait-ce que sur le marché de la rue d’Alligre, proche de chez vous, si je ne m’abuse, et écouter les citoyens, au lieu de vous intoxiquer avec vos articles, vous comprendriez ( peut être, à l’impossible nul n’est tenu ), le ressenti des citoyens !

      1. Et oui Alain bobards,
        la gauche se cherche
        mais la droite de soumission on sait où la trouver et spécialement dans l’hémicycle Bruxelleux
        objet de tous mes voeux de disparition

        1. Si vous étiez moins obtus, vous comprendriez qu’un projet, ça se bâtit sur le ressenti des citoyens et pas sur les intérêts d’une caste .
          Sinon, vous faites le lit de l’extrême droite !

          1. Une caste qui a une vision de l’organisation du monde qui lui convient l’emportera toujours sur une masse qui ne sait que manifester son mécontentement par des jacqueries .
            D’ailleurs, ce fut le cas pendant des siècles, non ?

            1. Pourquoi voudriez vous que ce soit la caste dominante qui l’emporte systématiquement ?
              L’information circule de plus en plus vite et les masses que vous semblez mépriser se rendent de plus en plus compte qu’elles se font malmener . Regardez au Brésil : ça ne fait guère de temps que Bolsonaro est au pouvoir et il a réussit à mettre les étudiants et les classes moyennes dans la rue … !
              Ca ne prendra plus très longtemps avant que les  » masses » réagissent puissamment

              1. C’est bien ce que vous ne voulez pas comprendre : les étudiants sont dans la rue ( et alors ?), mais c’est Bolsonaro que le peuple a élu et qui est au pouvoir.

                1. Mais si, j’ai parfaitement compris . Sauf que le peuple, comme vous le dites, a vite pigé qu’il s’était fait avoir . En conséquence, Bolsonaro n’aura pas les coudées aussi franches qu’il l’avait cru !

    1. Il faut absolument prendre une trottinette pour aller voir ça de près.
      Soyez prudent ! Ne dépassez pas la vitesse autorisée.
      Vous nous ferez un petit article dimanche.🥴

    1. Il faut bien convaincre pour mieux justifier la fin d’un statut …après les 35 heures c’est quoi…? Ce n’est que basse politique …les générations futures pourront les remercier d’avoir tout saccager !

  11. « 38 ans de promesses d’Europe sociale » des gouvernants de droite et de gauche PS…2019, ça continue, etc…patati et patata. « L’Europe se raconte des histoires en couleurs à base d’« Union bancaire », son « bouclier contre les crises » mais en carton, et qui ajoute le défaut des moyens à celui de la conception. » https://blog.mondediplo.net/apres-l-europe-sociale-l-europe-democratique-ou-l
    L’Europe est truffée de paradis fiscaux…Quand aux représentants RN, ils votent toujours contre toutes les mesures de protection des travailleurs européens.

    1. Le vice 1er ministre Autrichien d’extrême droite vient de démissionner, empêtré dans un scandale avec la Russie . Salvini est en perte de vitesse en Italie, les Italiens lui reprochant son côté ventilateur et, par ricochet, son absence chronique dans son ministère .
      Vu que même Trump l’a viré, Bannon n’est pas forcément une référence !

      1. Suite au scandale, le Chancelier annonce des élections législatives anticipées…La France, donneuse de leçon de démocratie, n’a jamais recours aux urnes dans des cas similaires.

  12. Petite enquête sur « le terrain « …
    ______

    « Gilets jaunes » : après six mois de contestation, l’heure du découragement

    Leurs convictions demeurent, mais de nombreux manifestants, de toutes les mobilisations depuis le 17 novembre 2018, constatent que le mouvement recule.

    Par Aline Leclerc 

    Il y eut soudain un grand silence dans la conversation. Mélissa, 20 ans, était en train de raconter tout ce que ses six mois de manifestation en gilet jaune lui avaient apporté. Elle disait : « Ça m’a ouvert l’esprit. Aujourd’hui, je suis moins centrée sur moi, je fais plus attention aux autres, à nos anciens. » Et aussi : « J’ai pris de l’assurance, de la maturité. On a su dépasser nos peurs d’aller manifester, ça fait grandir. » Et puis elle a ajouté solennellement : « Ça nous a forgés. » Et c’est là que sa voix s’est brisée. L’émotion témoignait de sa fatigue. Mais y résonnaient aussi toute la sincérité et la profondeur de son engagement dans cette révolte inédite pour elle – comme pour la France. « Ce n’est pas juste une simple manifestation, c’est bien plus que ça… En discutant avec les gens, j’ai pris conscience de toute la misère qui existait… », explique-t-elle, bouleversée.

    Comme il semble loin ce 17 novembre 2018 où elle était venue manifester pour la première fois de sa vie, avec ses « petites revendications », comme elle dit désormais – « j’ai appris à relativiser » : ses galères d’étudiante, qui pour vivre doit travailler en parallèle de sa formation d’éducateur spécialisé et rembourser un prêt, sa famille ne pouvant l’aider. Ce samedi-là, ils étaient, se rappelle-t-elle, « dans le flou total » :

    « On ne savait pas si ça allait durer deux heures ou trois semaines. Beaucoup ne se projetaient pas au-delà du week-end. Je n’aurais pas imaginé que ce serait pris autant au sérieux, que cela aurait un tel impact social. »

    Pour ceux qui la mènent toujours, la lutte a pris, en six mois, une envergure imprévue. Les espérances ont grandi à mesure que durait la mobilisation. Ils demandaient moins de taxes sur l’essence, ils se sont pris à rêver de pouvoir changer le monde. Et si elles ne les ont pas satisfaits, les mesures concédées par le chef de l’Etat, le 10 décembre, après seulement quatre semaines de manifestations, les ont finalement confortés dans l’idée que ce mouvement avait une force exceptionnelle, historique même.

    Ancienne militante de Sud-PTT, rompue aux mouvements sociaux, Françoise, qui garde des enfants quatre jours par semaine pour compléter sa petite retraite, confie n’avoir jamais connu cette intensité en quarante ans de manifestations. « Il y a un bonheur de se retrouver, une solidarité toutes générations confondues que je n’ai jamais vus dans les cortèges syndicaux,constate-t-elle. Quand on dit qu’on est une famille, c’est vrai ! » Elle s’est ainsi surprise à écourter ses vacances de Pâques pour ne pas manquer sa manifestation parisienne hebdomadaire. « C’est un truc qui vous attrape, dit-elle, ça devient vital de se retrouver, d’échanger, de débattre, ça fait un bien fou. Si ça s’arrête… » Elle n’a pas fini sa phrase. « Oui, on a peur que ça s’arrête et on ne sait pas quoi dire pour faire penser aux gens qu’on doit continuer. »

    Pour la première fois depuis six mois, cette inquiétude était partagée par tous les « gilets jaunes » que Le Monde a contactés cette semaine. Alors qu’ils continuent de se mobiliser pour une cause dont ils sont plus que jamais persuadés qu’elle est juste, un certain découragement pointait chez ces irréductibles. Daniel, bientôt 62 ans, qui vend des chaussures sur les marchés, peste :

    « Je suis un peu dégoûté. Ça n’a pas été assez explosif, il aurait fallu que ça pète partout ! Mais les gens, ils ont des prêts, ils ont leurs gamins, on leur fait peur de tous les côtés… »

    Il raconte fièrement ses premiers faits d’armes en novembre sur les Champs-Elysées, s’asseyant devant les policiers, tirant une barrière pour entraver la chaussée, avec écrit sur son gilet : « Aujourd’hui, nous sommes le 14 juillet 1789. » « J’avais besoin de lâcher ma colère, celle de ne pas y arriver dans la vie alors qu’on travaille. Ça rend méchant. »Six mois après, sa colère est toujours là : « Qu’est-ce que j’ai de plus ? » Pour lui, c’est pourtant très concret : 400 euros, obtenus en demandant la prime d’activité. « Ce sont les “gilets jaunes” de mon rond-point de Beauvais qui m’ont dit que j’y avais droit. Quémander m’a toujours fait honte. Mais ce que je voudrais moi, c’est pas des aides, c’est vivre dignement de mon travail ! »

    Pendant des semaines, lorsqu’on leur demandait chaque week-end s’ils retournaient manifester, Laurent, informaticien de 51 ans, dans le Val-de-Marne, répondait : « Toujours motivé ! »,quand Fabienne, 53 ans, vendeuse de nappes en Saône-et-Loire lançait : « On lâche rien ! » Cette fois, Laurent a dit d’emblée : « Je pensais que ça allait prendre, ou au moins se maintenir, malheureusement, j’ai l’impression que la mobilisation périclite. Après, tout est fait pour : la répression policière fonctionne, les gens ont peur. »

    Fabienne a dit : « On est dans la lutte, on y croit encore. » Avant d’ajouter : « Mais on est tous plus ou moins à bout. » Pilier des « gilets jaunes » de Montceau-les-Mines, elle a passé des nuits entières sur son rond-point. Après six mois, elle n’a, dit-elle, « rien gagné, à part de belles rencontres, et un peu d’espoir » : « Voir les gens se bouger m’a rendu moins pessimiste. » A Noël, elle a été placée en garde à vue pour avoir lancé un « p’tit con » à un policier. « Il m’avait donné un coup de matraque sur la main. »

    Elle qui n’avait jamais eu affaire à la justice s’est retrouvée quarante-huit heures en garde à vue : « On se sent moins que rien. »Condamnée avec dispense de peine, elle souffle : « Ça refroidit. Maintenant, j’ai peur de me faire reprendre lors d’une manifestation. » Tous font de la répression du mouvement la raison principale des baisses de mobilisation. Ils ont d’ailleurs radicalement changé de point de vue sur les forces de l’ordre : « Une perte totale de confiance dans la police », résume Laurent.

    Aujourd’hui, ils accusent le coup. « On cherche une méthode pour faire face à la répression, peut-être en se recentrant sur notre région », confie Mélissa, qui vit dans le Calvados. A Paris, Françoise explique :

    « Je ne suis ni pleine d’espoir ni désespérée. Mais déboussolée. On veut continuer, mais la question c’est comment ? Ceux qui ont appris l’histoire un peu vite croient que la Révolution s’est faite en un jour, le 14 juillet 1789, mais c’est faux. Ni en un jour, ni en six mois, d’ailleurs. »

    En attendant le résultat des élections européennes, ils continuent de manifester, comme pour entretenir la flamme. « On maintient une présence, en espérant que les gens finissent par revenir », explique Laurent. Une victoire de la liste LRM soutenue par Emmanuel Macron serait assurément un coup dur pour ce mouvement qui en a fait son ennemi juré.

    « Gilets jaunes » : moins mobilisés, toujours aussi visibles ; où en est le mouvement cinq mois après le début de la mobilisation ?Histoire d’un mouvement hors normes ; né sur les réseaux sociaux, il s’est mué en vaste colère populaire.« Le mouvement des “gilets jaunes” traduit un épuisement démocratique » : l’historien Quentin Deluermoz voit dans cette colère les symptômes d’une crise sociale et politique.Que reste-t-il après avoir payé les factures ? Ou comment les dépenses contraintes minent le pouvoir d’achat.Vote blanc, référendum, services publics… Les annonces de Macron ; au terme de trois mois de « grand débat », l’exécutif a apporté sa réponse le 25 avril.Pourquoi est-il si difficile de maintenir l’ordre dans certaines manifestations ? Nos explications en vidéo alors que la France rejette les critiques de l’ONU sur l’usage excessif de la force par la police.

    1. Bannon, qui pourrait se balader avec une mèche et une petite moustache, n’a pas, vraiment pas, le profil du G.J . dont les fins de mois sont difficiles !

        1. Bannon est un facho raciste, diplômé, il n’aime pas être comparé aux « geux » blancs suprematistes, incultes, des losers. Lui se voit en suprématiste « winner »…:-)

          1. Non, Bannon est plus compliqué et intelligent que ça ; il a toujours été anti-suprématiste blanc et anti-ethnicité, et défendu la massse des « petits » qui ont cru au système et se.sont fait bouffer par les élites au nom du libéralisme économique – un discours qui a fait le succès de Trump et de son protectionnisme nationaliste et antimondialiste ( ainsi que ses propos  » politiquement incorrects « ) et qui colle assez bien aux discours nationalistes et anti-UE de certains partis européens ( Farage, Le Pen, Salvini, Mélenchon, Vrais Finlandais, etc.) soutenus par la Russie.

  13. Je vais être hors sujet, mais j’avais envie de la faire : dans les années 1920, Il y a eu Sacco et Vanzetti, condamnés pour anarchie . En 2019, il y a Sarko et Balkany bien partis pour être condamnés pour friiquomanie !
    C’est le progrès !

    1. Tiens moi aussi je fais un hors sujet …et c’est au sujet des propos choquants de la ministre de l’enseignement supérieur sur le bug de parcoursup …et de simples excuses face au désarroi de nombreux étudiants c’est pour quand ?

    2. Sacco et Vanzetti étaient innocents et ces hommes étaient aussi à tout point de vue d’une autre trempe que les Balkani, Sarkozy.

      1. Robert
        C’est l’évidence même !
        La tête de Balkany lorsqu’il a entendu le réquisitoire : quatre ans de tôle et dix ans d’ inéligibilité . On aurait cru voir feu Louis Klotz, ex ministre des finances de Clemenceau, condamné en 1928 pour des faits identiques et qui ne comprenait pas qu’on le condamne LUI !

          1.  » Taule « ….J’adore la vision de l’Etat de droit de certains « démocrates  » de gauche pour des procès qui ne sont pas commencés (Sarlozy) ou terminés (Balkani)…

        1. Alain Bobards

          Mais non, mais non : c’est vous qui ne comprenez rien à ce que vous écrivez.
          Veuillez donc nous expliquer le rapport entre ces 3 procès :

          – Sacco et Vanzetti : attaque de banque avec mort d’homme ( débouchant sur une double erreur judiciaire ),

          -Balkani : fraude fiscale et blanchissement de fraude fiscale,

          – Sarkozy (qui n’en est pas encore au stade du procès et dont l’instruction n’a pas encore commencé ) financement illégal de campagne électorale.

          1. Pour Sarko, le C.C l’a renvoyé dans les cordes . Ne lui reste plus que la Cours de Cass’ pour, peut-être, échapper à la justice .
            Sacco et Vanzetti ont été condamnés à mort, surtout pour leurs convictions anarchistes . Sarko ( parce que ça fait un jeu de mot pas très fin, je vous l’accorde, avec Sacco ) et Balkany, sont embringués dans des affaires de financements illégaux, blanchiments, corruptions, avec, au maximum, cinq ans de taule à la clé .
            Conclusion : vaut mieux pomper l’argent public que d’avoir des convictions !

  14. Mes commentaires ne passent pas sur la « semaine » mais je vois Arié être convaincu que le RN est une expression spontanée de ces cons de manants. Les méprisants ne font jamais dans le détail. Il ne s’agit donc pas de complexité comme répond Juan, rigolard mais d’une intelligence artificielle binaire 1-0 (comme une bécane quoi )

    A moyen terme la société va glisser lentement mais sûrement dans une forme totalitaire que j’appelle néo facho, où les armes ne seront que la fin, mais dont les moyens du système policier seront basés sur la numérisation totale de la société..
    Sur ce point il y a quelques faibles contre pouvoir (CNIL, la quadrature du net…etc) . Pour combien de temps ?

    Quand le système devient totalitaire, la préoccupation principale des mieux placés reste de se trouver et se maintenir du bon côté du manche… et ainsi de suite en descendant dans la hiérarchie des strates de niveau de vie.
    A l’autre bout, les moins gagnants peuvent finir par se trouver des opportunités d’intégrer des milices privées ou des groupes de foulards rouges.. etc…
    Il suffit de relire les trajectoires des totalitarismes d’antan.. D’ailleurs les plus zélés ne se trouvent pas forcément en haut de la hiérarchie. Le gouvernement et les hauts fonctionnaires executent, les ordres viennent des coulisses, hors des caméras, là où est l’argent en masse pour payer et récompenser les mercenaires

    LREM et RN comptent l’un sur l’autre pour réussir, coopérer dans quelques temps, et ajouter ensemble leurs logiques et logistiques complémentaires liberticides pour les quelques manants qui vont se révolter.. Serrer la gueule au manant n’est pas du registre de la Politique, mais de celui de l’efficacité, du rentable, de l’optimisation, de l’utilitaire.

    Nous sommes dans l’utilitaire. Regardez les dispositions actuelles vis à vis des retraités, des vieux dans les EPHAD privés, des malades dans les hôpitaux, des chômeurs, des laissés pour compte
    Lisez le policy briefs 46 de l’OFCE et la note 37 de l’IPP. (institut des politiques publiques) ça aide à comprendre les trajectoires…

    Les manants qui vont voter RN ou LREM, les deux faces d’une même pièce, vont se jeter sur leurs futures chaines avec avidité.. Ce ne sera plus le moment ensuite de crier maman…

  15. Stanislas,
    Bien rédigé, agréable à lire, et, finalement, ça compte plus que le fond.
    (Vous vous faites des illusions, les EPHAD privés et publics se valent.)

    1. Ho M’sieur Arié, votre nouveau style pour vous foutre de ma gueule est assez agréable sur la forme, mais reste perceptible sur le fond…

      Quant aux EHPAD, je maintiens qu’il y a une différence notoire dans la gestion, les objectifs et les rendements qui créent des problèmes d’injonctions paradoxales sur les personnels soignants (et selon la répartition des GIR )

      au moins pour ceux que je connais ; du secteur non marchand (plutôt que public,) ou à capitaux privés…

  16. Non, vous vous trompez: les EPHAD publics manquent d’argent, et les privés sont des pompes à fric, mais le résultat est le même : pas assez de personnel, donc maltraitance obligée, non par sadisme, mais faute de temps pour s’ occuper de chaque patient.

  17. Et puis, en voilà un qui s’exprime bien et fait qu’ on se sente plus intelligent après l’ avoir lu
    ______

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    L’Obs  > BibliObs  > IdéesRégis Debray: « Une fois perdus le bon Dieu et les lendemains qui chantent, que reste-t-il ? »

    Régis Debray. (THOMAS EHRETSMANN POUR “L’OBS”)

    A la veille des élections européennes, Régis Debray, qui publie « l’Europe fantôme », parle de Paul Valéry, des « gilets jaunes », des black blocs, du déclinisme, de Macron et de Notre-Dame. Grand entretien.

    Par Marie Lemonnier

    Publié le 19 mai 2019 à 08h00

         

    Caustique, brillant, inclassable, Régis Debray a toujours pratiqué la parole dissidente. Dans « l’Europe fantôme », il porte une fois de plus la plume dans la plaie : « Nous sommes tous en mal d’Europe, mais l’Europe nous fait mal », écrit-il. L’essai, décapant, inaugure la nouvelle collection « Tracts » de la maison Gallimard, reviviscence du lieu où étaient publiés dans les années 1930 des textes d’intervention de Gide, de Thomas Mann ou de Giono.

    Au même moment, paraît aux éditions Equateurs « Un été avec Paul Valéry », en hommage au poète et philosophe, qui eut voici tout juste cent ans cette parole fameuse : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

    Car si ce sont les vers du « Cimetière marin » qui ont autrefois ressurgi de la mémoire du guérillero dans la solitude d’une geôle bolivienne, c’est le prosateur de génie, auteur de sentences visionnaires, que Régis Debray admire et fait sortir du purgatoire académique. Accueillie par des lilas odorifères, trois poules en liberté et deux chats enjôleurs, nous l’avons rencontré chez lui, en Eure-et-Loir. Entretien.

    A l’occasion du centenaire de « la Crise de l’esprit » (1919), vous publiez « Un été avec Paul Valéry ». Vous y dressez le portrait du poète dont Julien Gracq disait qu’il était « l’esprit le plus méphistophélique de notre littérature ». D’un côté, la figure « des petits classiques illustrés » ; de l’autre, « le sacripant drolatique », écrivez-vous. Pourquoi voyez-vous en lui un « contemporain » à relire de toute urgence ?

    Parce que c’est un emmerdeur patenté, un imperturbable impertinent, qui nous révèle le dessous des cartes et nous assène en pince-sans-rire des vérités que nous n’osons plus dire. Avec des aphorismes qui font réfléchir. Par exemple : « Deux choses menacent le monde : l’ordre et le désordre. » En termes d’aujourd’hui, monsieur Castaner et le black bloc. Cela dit à titre anecdotique. Et puis, il y a le lanceur d’alerte. Celui qui avertit, vers 1900, que nous allons avoir un problème avec trois jeunes nations : l’Allemagne, l’Italie et le Japon. Celui qui décrit la mondialisation avant l’heure, qui a prévu le réveil et la prépondérance de l’Asie. Mais aussi le règne de l’image ; il a annoncé que « vont apparaître des sociétés de distribution de réalité sensible à domicile », à savoir nos chaînes de télé.

    Il a aussi prédit l’omniprésence de la musique et la fin du silence dans les lieux publics. Ou encore le zapping, la réduction inéluctable de notre capacité d’attention. Et ainsi de suite. Il a tout deviné. Dire en 1937 que « l’Europe aspire manifestement à être gouvernée par une Commission américaine », c’est prémonitoire. Dire en 1945, au moment où va se lancer la future Union européenne, « L’Europe est finie », c’est paradoxal, mais profond. Et tout cela, sans jamais gonfler le biceps.

    Au fond, Valéry est un type très dérangeant et c’est pourquoi on l’a mis de côté dans un frigidaire académique. C’est tout de même un bonhomme qui a dialogué d’égal à égal avec Einstein et que Jean Moulin voulait nommer président de la République ! Au sens IIIe République bien sûr. Il ne pouvait pas y avoir à ses yeux meilleur représentant de la France. C’est Daniel Cordier, le grand résistant, qui me l’a appris en me montrant ses carnets. Cela vous dit le prestige qu’il avait et l’importance du fait littéraire à cette époque. Quand il meurt en 1945, le général de Gaulle lui accorde des funérailles nationales. Il ne faut pas faire d’un prophète étincelant une statue, sous prétexte qu’il avait un nœud pap et la raie au milieu.

    PAUL VALERY, vu par THOMAS EHRETSMANN.

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    « Bruxelles a épousé la hiérarchie des valeurs propres aux USA »

    Quelle est l’Europe de Valéry, et celle que vous faites vôtre ?

    Vous avez raison de dire « l’Europe de Valéry », parce qu’il y a eu beaucoup d’Europe depuis 1919 – puisque nous fêtons le centenaire de « la Crise de l’esprit ». L’Europe de Valéry, la meilleure et la plus belle, c’est celle de l’entre-deux-guerres. Avant, il y avait eu l’Europe-Chrétienté, chère à Claudel. Après l’Europe de la force, chère à Drieu la Rochelle. Car il faut se souvenir qu’on n’aura jamais autant parlé de la forteresse Europe que sous l’Occupation, avec la division SS Charlemagne, où des milliers de Français se sont enrôlés parce qu’ils ne croyaient plus dans nos « petites patries ».

    L’idée de Valéry, au contraire, c’était de créer une « société des esprits ». Il sortait de la Grande Guerre et, comme toujours, c’est après l’hécatombe fratricide que naît le besoin d’unité fédérale. Il était convaincu que « les hommes de l’esprit » pourraient influer sur « les hommes de l’événement », les politiques. Il a ainsi animé une conversation européenne sans égale entre Italiens, Espagnols, Allemands, Anglais, à travers la Société des Nations, une circulation cosmopolite extraordinaire entre scientifiques, écrivains, artistes… Quand vous revoyez les Décades de Pontigny et les congrès pour la défense de la culture, vous voyez l’Europe palpiter, vibrer, exister vraiment.

    Valéry s’est fait le commis voyageur de ce qu’il appelait « l’Europe possible » à travers toutes nos capitales, Alger et Tunis incluses. Car pour lui, l’Europe, c’était le bassin méditerranéen. C’est devenu Bruxelles, Strasbourg et Francfort, une Europe du Nord qui ne voit plus dans le Sud qu’un Club Med. Quand Valéry dit : « Nous autres, civilisations », il pense à la civilisation méditerranéenne. Valéry était un homme de « la pensée de Midi » qui voyait jusqu’aux échelles du Levant.

    Sa définition de l’Europe me semble d’ailleurs toujours valide : « là où ont conflué la géométrie grecque, le droit romain et la conscience chrétienne. »Oui, l’Europe européenne, c’est bien ça. L’Europe managériale d’aujourd’hui, la dernière en date, c’est tout autre chose, c’est la défaite de Valéry et du mare nostrum. Ce qui a fait dire à de Gaulle, peu avant de mourir, que « l’Europe dont les nations se haïssaient avait plus de réalité qu’aujourd’hui ».

    Car Valéry est aussi exemplaire de ce cheminement d’un homme traumatisé par la Grande Guerre, et qui passe du « plus jamais ça » au « tout ça pour ça », vingt ans après. En 1945, il devine que la civilisation atlantique va remplacer la méditerranéenne. Il a perçu que la victoire anglo-saxonne de 1945 impliquait un transfert du centre de gravité mondiale vers l’outre-Atlantique, et que de dominium, nous allions devenir dominion. C’est pourquoi ses « Notes sur la grandeur et la décadence de l’Europe » sont d’une terrible actualité.

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    Dans votre bref et incisif essai « l’Europe fantôme », vous dressez un constat très sombre de l’Union européenne, presque un avis de décès, à la manière de Valéry…

    Parce qu’on peut se demander si l’Union européenne, dans son esprit, n’est pas une anti-Europe, auquel cas il nous resterait à souhaiter que l’UE n’extermine pas notre culture. Nous sommes le continent du temps, non de l’espace. L’Union européenne n’a pas d’histoire, et n’en veut pas. Nous sommes l’endroit du monde où l’économie ne fait pas loi, où le politique a le pas sur le business, et le forum sur la banque.

    Bruxelles a épousé la hiérarchie des valeurs propres aux USA. On y parle anglais et on y pense américain. D’où ce cercle vicieux : cette construction artificielle, et qui l’est chaque jour plus, est devenue l’expression du néolibéralisme économique le plus destructeur, et par-là même, en réaction, le fournisseur des nationalismes les plus obtus. Vous avez ici un libéralisme de moins en moins démocratique et là, effet boomerang, des démocraties de plus en plus illibérales. L’Europe de Jean Monnet a pour ADN une naïveté d’économiste, à savoir qu’une union douanière peut créer à la longue une communion des cœurs et des esprits, et qu’on peut faire un peuple avec une monnaie. C’est idiot. Ces gens auraient dû faire un peu d’histoire, et à force d’être fascinés et formatés par les Etats-Unis où les hommes d’affaires sont aux commandes, ils ont oublié ce qui fait concrètement un peuple.

    Au fond, l’utopie des pères fondateurs a porté à son comble l’américanisation de l’Europe, avec l’Homo œconomicus au centre de tout. Cela ne tient pas la route et cette fantasmagorie finira par ce que Valéry avait pressenti : un « amollissement général ». Personne ne sait combien de temps cela prendra, mais peut-être le même temps qu’aura demandé le jeu de construction, un demi-siècle à peu près.

    TRIBUNE. « Pourquoi je suis un Européen un peu fatigué »

    « L’Europe actuelle n’est pas réformable »

    Pouvons-nous au moins réformer l’Union européenne ?

    Cette Europe-là n’est pas réformable. Les traités ne peuvent être modifiés qu’à l’unanimité des 27, donc ils ne le seront jamais. Et l’ordolibéralisme allemand donnant le « la » à l’ensemble, il y a désormais des règles intouchables, et qui ne respecte pas le code est mis hors jeu. Cela dit, mon enquête n’a pas eu pour objet le fonctionnement interne de la machine, mais la croyance qu’elle a pu susciter au départ chez beaucoup. Le désir d’Europe est légitime bien entendu, il est même incoercible comme le désir de bonheur ou de paradis, et cela nous mène à Freud : « Une croyance est une illusion dès lors que dans sa raison d’être le désir prédomine, sans tenir compte de son rapport à la réalité. » Travaillant sur l’histoire des religions depuis très longtemps, je me suis intéressé à l’Europe comme phénomène d’opinion et de croyance, un ersatz de la religion civile, aujourd’hui bien estompée mais qui a eu son heure de gloire dans nos élites. Chaque époque a son horizon indépassable. Je crains qu’on ne doive bientôt en changer.

    Souvenez-vous que le drapeau européen avec ses douze étoiles, inventé vers 1950 par un peintre strasbourgeois très catholique, vient de l’Apocalypse de saint Jean, où la Vierge réapparaît dans le ciel entourée de douze étoiles d’or. Le plus drôle est que les députés européens n’en savent rien. Il y a eu, au départ, la rencontre de deux messianismes : un messianisme laïque, de type social-démocrate, la paix et la Raison tout au bout de l’histoire, et un messianisme spirituel, avec la démocratie chrétienne, Jacques Delors faisant le pont entre les deux. Tout ça faisait sens tant que les deux idéologies étaient actives. Maintenant qu’on a perdu et le bon Dieu et les lendemains qui chantent, que reste-t-il ? La concurrence libre et non faussée. Ce qui n’est pas la meilleure façon de rassembler les gens, surtout à l’heure des centrifugeuses culturelles où l’on voit se défaire toutes les fédérations politiques.

    A quoi sert donc cette Europe-UE que vous décrivez comme « la cristallisation d’un libéralisme mondial à l’échelle d’un continent » ?

    A masquer la démission des politiques et, plus profondément, le renoncement à toute volonté politique. C’est l’Europe-alibi, une façon pour la classe dirigeante de se cacher à elle-même qu’elle n’a plus prise sur grand-chose, et que cela sera bon pour en finir avec le modèle social français et l’Etat providence. C’est une façon de donner une couleur progressiste à ce qu’il y a de plus rétrograde au monde, la domination des riches sur les pauvres, par sélection darwinienne des premiers de cordée. Tout cela sous couvert d’un moulin à prières, et des incantations qu’on entend chaque soir à la télé. Désengagement de l’Etat, privatisation des services publics, dérégulation de l’économie, mais vive l’Europe sociale de demain ! C’est difficile à faire accepter au Français moyen, mais si vous lui dites que c’est pour son bien, que « austérité, flexibilité et compétitivité » est une pilule à avaler mais qu’ensuite viendront la liberté, l’égalité, la fraternité… On est proche du moment où la tromperie sur la marchandise va se révéler comme une escroquerie à l’espoir.

    Pourquoi, alors qu’approche la date des élections, l’Europe peine-t-elle tant à intéresser les électeurs ?

    Regardez un billet d’euro. Il ne nous raconte, contrairement au dollar, aucune histoire, paysage ou personnage. « Que serions-nous donc sans le secours de ce qui n’existe pas ? », disait Valéry qui rappelait très réalistement que « tout état social exige des fictions ». L’Europe n’a pas de légende. Ni même de lieu connu de représentation et de division. Le mot de Kissinger est toujours valable : « L’Europe, quel numéro de téléphone ? » A qui s’adresser ? A monsieur Draghi, à la tête de la Banque centrale européenne ? A la Cour de justice, au Parlement, au Conseil, à la Commission ? Là où il n’y a pas de corps, il n’y a pas d’âme. Et de fait, il n’y a pas de cinéma européen, sinon des europuddings qui n’intéressent personne.

    Une communauté politique suppose un imaginaire en commun, et notre seul imaginaire partagé vient de Californie. Donc ça reste une idée, bonne pour les idéologues. Un objet de pensée, non un sujet vivant. Une idée sans émotion n’est pas motrice. Comme disait de Gaulle à Malraux : « Bonne chance à cette fédération sans fédérateur ! ». En ajoutant, un peu tristement : « S’il nous faut regarder mourir l’Europe, regardons. Ça n’arrive pas tous les jours. »

    Gilets jaunes, zadistes, écrivains… mais qu’ont-ils tous à vouloir construire des cabanes ?

    Quels sont les enjeux des élections européennes, finalement ?

    Ils sont domestiques et n’intéressent au fond que les politiciens et les sondeurs, pour savoir si Trucmuche passe avant Trucmol ou l’inverse. Qu’est-ce que ça peut changer d’envoyer 70 députés français sur 700 à un Parlement sans vrai pouvoir, quand les choses sérieuses se passent ailleurs, à Francfort, dans la Banque centrale, à Bruxelles, dans la Commission, où personne n’est élu. Restent des formules toutes faites, comme l’inénarrable « couple franco-allemand » qui n’existe que dans notre tête ou encore « l’Europe qui doit conquérir sa souveraineté », qui fait penser à l’amour selon Lacan : donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. Les Européens, nous compris, avons remis notre Défense à l’Otan, c’est-à-dire à Washington, et l’extraterritorialité du droit américain ne fait même plus problème. Alors, on fait de la com’ avec des vœux pieux. Ça meuble. Pas très sérieux.

    L’incapacité de l’Europe à trouver une réponse concertée sur la crise des migrants en Méditerranée, est-ce son déshonneur ?

    Hélas, oui, et aussi un révélateur. Le signe d’une désunion croissante dès qu’il s’agit de choses sérieuses, et de ce qu’il n’y a pas d’intérêt général européen. Chacun joue sa partie en solo. Madame Merkel ouvre sa porte un moment et fait ensuite un pacte avec la Turquie sans prévenir ni consulter personne. Chacun passe la patate chaude à son voisin, en donnant quelques gages rhétoriques à l’opinion. Un crève-cœur.

    « Le meilleur reportage sur les ‘gilets jaunes’ se trouve dans ‘les Misérables’ »

    Vous qui avez connu l’expérience révolutionnaire et qui n’avez jamais renié vos engagements militants, comment regardez-vous le mouvement des « gilets jaunes » ? Y voyez-vous les prémices d’une révolution ?

    On ne peut qu’avoir de la sympathie pour ces hommes et surtout pour ces femmes, un fait nouveau, qui ont envie d’être respectés. Une réclamation de dignité, par principe, cela se respecte, et je me sens en consonance avec le texte de Danièle Sallenave, « Jojo, le gilet jaune », paru dans la collection « Tracts » que nous avons relancée avec Antoine Gallimard et Alban Cerisier. Assez de condescendance. Evitons de nous pincer le nez, sauf à répéter le mépris des bons bourgeois pour les communards en 1871, où ils voyaient des sauvages et des hirsutes à passer par les armes.

    Danielle Sallenave, une académicienne en gilet jaune

    Cela dit, une révolution c’est une promesse, et une révolte c’est une colère. On ne voit pas ici la ligne directrice ni de perspective d’avenir. René Char disait : « Agir en primitif, penser en stratège. » Là, je vois bien le primitif, mais on se demande où est la stratégie ou quel est le programme. La violence, cela, à la fin, doit se maîtriser ou alors cela fait le jeu des partis de l’ordre. C’est dommage.

    Vous savez, quand les forces révolutionnaires disparaissent reviennent les révoltes et les jacqueries. On en revient à l’anarchisme et aux bombes de la fin du XIXe siècle, avant le mouvement ouvrier et les associations syndicales. Avant la naissance du socialisme organisé. Cela, ce n’est pas la faute des « gilets jaunes », mais d’une gauche étrangère à elle-même qui a jeté la lutte des classes au panier, en confondant pragmatisme et capitulation. Et puis, il y a aussi le déclin de la culture écrite, qui était au cœur de l’apprentissage révolutionnaire.

    Les « Gilets jaunes » vus par THOMAS EHRETSMANN.

    On a pourtant vu, sur les ronds-points, des livres et des pensées s’échanger. Il y a là un laboratoire du politique…

    Effectivement. Mais si vous voulez trouver le meilleur reportage sur les « gilets jaunes », lisez le chapitre des « Misérables » sur l’enterrement du général républicain Lamarque, en 1832, Hugo décrit tout : la naissance d’une émeute, la surprise des forces de l’ordre, le retournement de la boutique contre les émeutiers, les marchands qui veulent protéger leur vitrine et leurs biens, la façon dont l’émeute est tout de suite caractérisée comme un soulèvement de la canaille… Il montre bien le méli-mélo car dans ceux qui entourent le corbillard, il y a de tout, des bonapartistes, des républicains, des légitimistes, et, dit-il, « bientôt les voyous arrivent ». C’est là où Victor Hugo invente le terme d’« ochlocratie », en grec, le gouvernement par la foule. On a beaucoup repris en haut lieu cette formule célèbre « la foule contre le peuple », mais Hugo ajoutait ce mot, qui donne à penser : « La canaille, c’est le commencement douloureux du peuple. » Il ne condamne pas l’émeute, il l’interroge sans fermer la porte.

    Les black blocs de l’époque ?

    Oui, Victor Hugo ne se fait pas du tout une vision idéaliste du peuple ; les Misérables, c’est aussi bien Jean Valjean que les Thénardier. Aussi bien les corsaires que les pilleurs d’épaves. En plus, la perte de légitimité des courants politiques organisés a créé un appel d’air pour cette violence nihiliste. Le black bloc, c’est la rançon d’une dépolitisation, du chacun pour soi en règle suprême. Vous ne pouvez pas à la fois détruire le mouvement ouvrier, les centres Allende ou Gérard-Philipe en banlieue, et ensuite avoir un haut-le-cœur devant le retour des nihilistes. Là où il n’y a plus le drapeau rouge, il y a le drapeau noir, ce n’est pas nouveau !

    Regardez au XIXe siècle, il y a eu une poussée anarchiste et terroriste d’une bien autre grande ampleur que celle d’aujourd’hui. La moitié des têtes couronnées y est passée entre 1880 et 1900. Puis se sont constitués les syndicats de masse, un mouvement socialiste, puis communiste, et la bande à Bonnot est partie au musée. Il y a urgence à vouloir reconstituer l’alliance qui a éclaté entre le monde du travail et le monde de la culture. Parce que si vous regardez bien, vous voyez que le mouvement ouvrier n’est fort et influent que lorsqu’il peut rallier une partie de l’intelligentsia.

    Pour ma part, je suis content d’avoir été invité au congrès de la CGT, à Dijon, et j’irai bien sûr. On n’a pas besoin d’espérer pour entreprendre, non ? A dire vrai, on est tous un peu perplexes. Nous sommes à la fin de quelque chose, et on a du mal à voir le nouveau en gestation. C’est le vieux problème des transitions. En tout cas, on peut trouver la crise actuelle assez bénéfique, possiblement féconde, si elle nous aide à prendre le taureau par les cornes.

    Soutenir les « gilets jaunes » et résister aux réseaux sociaux : on a parlé avec Alain Damasio

    « Place Beauvau, on devrait relire la lettre admirable adressée à tous les policiers par Maurice Grimaud, préfet de police en mai-68 »

    Quelle est votre réaction vis-à-vis des violences policières exercées à l’égard des manifestants ?

    Il y un homme que je respecte beaucoup, c’est Maurice Grimaud, qui était préfet de police pendant les événements de Mai-68. Dans une lettre admirable à ses subordonnés, à la fin du mois de mai, il félicite les policiers d’avoir tenu le coup, mais surtout il leur rappelle leurs devoirs : pas d’usage abusif de la force, ne jamais frapper un homme à terre, ni après son interpellation. En ajoutant : « Toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. » Grimaud était un républicain exigeant et, de plus, cultivé. Place Beauvau, on devrait relire sa lettre, elle a été rendue publique, pour ne pas perdre les pédales et tempérer l’ardeur des troupes et surtout renoncer à des décrets qui tournent le dos à des principes républicains élémentaires. Encore une fois, je recommanderai de méditer Valéry : « La faiblesse de la force est de ne croire qu’à la force. »

    Que vous a inspiré la conférence de presse d’Emmanuel Macron du 25 avril qui devait répondre à la crise ?

    N’étant ni politologue ni économiste, je ne peux vous répondre qu’en médiologue, sous l’angle de l’efficacité symbolique. Trop long, trop disert. J’aimerais rappeler à notre président l’autorité du bref, la force illuminatrice du court. « Veni, vidi, vixi. » La brevitas romaine. De Gaulle met fin au putsch d’Alger avec une allocution de quelques minutes. En politique, le moins est plus, ou less is more. D’où le rôle considérable des petites phrases dans l’Histoire. Un oral de l’ENA, c’est un autre registre, celui du commentaire, non de la décision. Pensons au mot cruel de Flaubert : « Nos gouvernants sont des dindons qui passent pour des aigles et font la roue comme des paons. » Ce serait bien s’il pouvait devenir anachronique, mais il est vrai qu’à l’ère de la communication, c’est difficile.

    Macron, ancien élève de l’ENA qui souhaite mettre fin à l’ENA…

    Oui, peut-être parce que notre jeune président avait voulu inaugurer le « technopopulisme », en mariant la tranquille expertise de l’inspecteur des Finances à un certain goût pour la démagogie. Résoudre les problèmes par le haut tout en sautant les corps intermédiaires pour se rapprocher du peuple, en accès direct. C’est original.

    Macron, Salvini, Trudeau, Bolsonaro… les nouveaux « Princes » solitaires

    En 2017, vous aviez déclaré que « le clivage gauche-droite faisait désormais partie du mobilier national ». Etes-vous encore de gauche ?

    Ça dépend de quelle gauche vous parlez. Si c’est celle de Jean Zay ou de Marc Bloch, du Front populaire et du CNR, de Mendès France et de Stéphane Hessel, oui, bien sûr. Mais cette gauche s’est évaporée. La gauche officielle, dite gouvernementale, s’est ralliée depuis longtemps au néolibéralisme en économie, et aux néoconservateurs à l’internationale. Quand vous apprenez que des notables socialistes, pendant la guerre d’Irak, sont allés à l’ambassade des Etats-Unis pour s’excuser du discours de Villepin à l’ONU, on a un peu honte, non ? Cette gauche chic fait dans le sociétal. Avec un résultat pathétique : la résistance à l’argent maître qui passe à la droite de la droite. Un comble.

    « La décadence est un thème à manier avec précaution. Le fascisme s’en est beaucoup servi »

    Comment avez-vous vécu l’incendie de Notre-Dame de Paris ?

    Comme tout le monde, les larmes aux yeux. Une impression d’apocalypse, un début de fin du monde, de notre monde en tout cas. Comme une mise en image de l’avertissement de Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Cette lecture symbolique, iconique, de l’événement doit beaucoup à la télévision, qui mondialisait instantanément l’événement, donnant à Trump l’avantage d’un tweet impérieux.

    Mais d’un mal a pu sortir un bien, un sentiment de communion, patriotique certes, mais aussi catholique au meilleur sens du mot, universel. Avec la révélation soudaine de tout ce que notre présent doit au passé. On a vu se réveiller, durant quelques minutes, la longue durée. Du Braudel à l’écran, en temps réel. Une leçon de choses.

    Ce passage prémonitoire de Victor Hugo dans « Notre-Dame de Paris »

    Que pensez-vous de la volonté du président de reconstruire la cathédrale en cinq ans ?

    Ce volontarisme est sympathique, mais le calendrier politique est une chose, un édifice religieux en est une autre. La parole est aux professionnels de la restauration et aux Compagnons du Devoir. Ce pourrait être une belle occasion pour la démocratie participative si les citoyens pouvaient être, d’une façon ou d’une autre, associés à la décision. Notre-Dame, après tout, est un symbole national.

    Vos constats désolés sur notre époque font-ils de vous un « décliniste » ?

    La décadence est un thème à manier avec précaution. Le fascisme s’en est beaucoup servi : on commence par un « tout fout le camp », et on finit par le camp de concentration. Le recours à la force pour remonter la pente. Cela dit, une décadence n’est pas une catastrophe. « Au point doré de périr »,comme dit Valéry, il y a un moment délicieux et fécond d’efflorescence, en tout cas pour les arts et les études, une occasion de récapituler ce qu’on a de meilleur. Et ça vaut pour toutes les civilisations. « Tout ce qui est né mérite de périr », disait Hegel, et je ne vois pas comment ce qui vaut pour un organisme individuel ne vaudrait pas pour les collectifs. La transmission de flambeau d’une civilisation à une autre, c’est une histoire millénaire, pas de quoi s’arracher les cheveux.

    Et puis, pratiquement, il y a un recours à la mélancolie de la décadence, c’est la nostalgie, qui n’est pas du vague à l’âme, plutôt un coup de pied dans le cul. Les révolutionnaires sont des nostalgiques actifs, parce qu’ils sentent qu’il y a eu des révolutions inachevées et que le passé ne doit pas se clore sur lui-même, qu’il y a toujours de quoi poursuivre et reprendre le travail. Tous les subversifs que j’ai connus, je parle des vrais, étaient des lecteurs de livres d’histoire et des Mémoires. La classe dirigeante a raison de ne pas faire trop enseigner l’histoire à l’école… Parce que l’histoire, ça donne des idées aux jeunes gens, notamment celle qu’on peut et doit récidiver. Vous voyez : tout n’est pas perdu.

    Régis Debray, bio express

    Né en 1940, Régis Debray est philosophe, écrivain et médiologue. Auteur de nombreux ouvrages, dont « le Pouvoir intellectuel en France » (1979), « Civilisation » (2017) ou « Bilan de faillite » (2018), il publie aujourd’hui simultanément : « Un été avec Paul Valéry », aux éditions Equateurs, « L’Europe fantôme », dans la collection « Tracts », Gallimard, ainsi que, sous sa direction, le dernier numéro de la revue « Médium », « Comment peut-on être Européen ? ».

    Paru dans « L’OBS » du 16 mai 2019.

  18. Bon je répondais à Arié à propos de l’état de droit, j’ai essayé deux fois, mais les commentaires sont en attente de modération.

    Décidément l’extrème centre marroniste a une veine de cocu

  19. Après 30 ans de combats pour le déremboursement de cette arnaque que sont les médicaments homéopathiques ( des gélules ne contenant que de l’eau sucrée ), je touche au but: après l’ Angleterre et l’ Espagne, la France pourrait décider de les dérembourser début juin ( c’est quand même 130 m€ d’économies pour la Sécu et 280 pour les assurances complètementaires.

    Évidemment, Boiron à commencé son habituel chantage à l’ emploi…

    http://www.psyvig.com/index.php?menu=9&page=10

    Quand on voit le temps nécessaire pour une petite réforme en France, il y a de quoi être découragé !

    1. Homéopathie, suite et fin .

      -En Chine, il y a des super-hôpitaux modernes, mais réservés aux membres importants du PC et aux nouveaux millardaires; le reste de la population doit se contenter de la « médecine traditionnelle  » ( crapauds desséchés, etc.) ;

      -Idem en Russie, où Poutine a démantelé le système de soins de l’ex-URSS, qui etait assez bon et accessible à tous; aujourd’hui, pour les pauvres, c’est le triomphe des guérisseurs et charlatans, qui ont leurs émissions officielles à la télé ;

      -mais le grand triomphe commercial des laboratoires homéopathiques , c’est qu’ils ont réussi à ce que ceux qui ont recours à cette pseudo-médecine la réclament eux-mêmes au nom de la liberté ! À quand les manifs pour le retour à l’esclavage ?

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