Penser ce que l’on veut

La période est gonflante, mais il faut garder le cap.

Le plaisir d’écrire au fil de l’eau, tous les jours ou pas, sur l’actualité ou le temps qui passe, nous amène aussi de drôle de critiques.

Il y a celles et ceux qui comprennent, échangent, même sans désaccord. Il y a les autres. Ces constats, on se les fait depuis longtemps.

J’ai le sentiment que ces derniers temps, les positions se sont tranquillement cristallisées.

Maintenant, à quelques expressions près, on s’ignore.

Tranquillement.

On cesse de lire celles et ceux avec lesquel(le)s ont s’est accroché trop violemment. Cette attitude individuelle parfaitement compréhensible (on n’a qu’une vie, n’est ce pas ? Pourquoi la perdre à s’énerver en vain ?) est plus problématique quand il s’agit de politique.

Comment voulez-vous convaincre et progresser si vous ne lisez plus, n’écoutez plus, ne discutez plus avec celles et ceux qui politiquement pourraient être convaincus qu’il faut faire autrement ?

Seul, on a toujours raison.

En vain.

Dans la rue #JeudiNoir contre #Gouvernement

Sans davantage de commentaires, le communiqué du jour de Jeudi Noir – nous sommes jeudi – suffit.

Après avoir aidé à grand renfort d’argent public les plus riches à acheter des logements pour leurs enfants, Sylvia Pinel, ministre du Logement et de la Défiscalisation, s’est félicitée sans rire devant le Parlement de voir son ministère doté d’un budget « réaliste et pragmatique » : « Réaliste, parce qu’en dépit de la grande diversité des situations, il parvient à dégager des solutions efficaces pour tous. » Efficaces pour tous, peut-être mais on ne le saura que si la température de cet hiver descend en dessous de « -5°C ressenti ». Si, si, vous avez bien lu … -5°C et on invente rien, c’est sur France 3 : Les hébergements d’urgence n’ouvriront qu’à partir de -5°C, les associations en colère – société – France 3 Nord Pas-de-Calais. Et aussi dans la Croix du NordLe dispositif hivernal d’hébergement d’urgence remis en question.
 
En effet la circulaire DGS/DUS-BAE/2014/296 du 10 octobre 2014, envoyée la semaine passée aux préfectures indique que les places d’hébergement supplémentaires n’ouvriront qu’à partir de -5°C ressenti, alors que les ouvertures de places d’hébergement avaient lieu automatiquement les années précédentes dès le 1er novembre. Et encore ne s’agira-t-il que de centres d’hébergement d’urgence et de solutions de bric et de broc appelées à être supprimées au printemps.
 
Une circulaire qui vient contredire les discours officiels annonçant « la fin de la gestion au thermomètre », et méconnaît les réalités de la vie sans logement. Vivre à la rue c’est voir son espérance de vie amoindrie. La rue tue toute l’année, été comme hiver. Conditionner la mise en place d’hébergements aux basses températures relève donc d’une politique meurtrière.

Une réelle politique passerait plutôt par le soutien aux associations et la mise en oeuvre réelle du « logement d’abord » plutôt que d’ouvrir au petit bonheur la chance des structures précaires et inadaptées. Avant de publier de nouvelles instructions aussi scandaleuses, Sylvia Pinel devrait plutôt se charger de faire respecter la circulaire existante Duflot / Valls sur la non-expulsion des DALO ou celle sur le relogement des personnes « évacuées » des bidonvilles. François Hollande était justement à Lille ce week-end, mais il s’est contenté d’aller voir l’équipe de France de Tennis se faire battre par ses compatriotes suisses…

Avoir la peau d’un syndicaliste

Le secrétaire général de la CGT subit une attaque en règle, l’organisation est belle et bien ordonnée.

Thierry Le Paon a été accusé  de plusieurs points. Son appartement de fonction, payé par la CGT, a été rénové pour 105.000 euros. Puis voici qu’on apprend ce mardi qu’une rénovation de son bureau a coûté 60.000 euros au syndicat qui l’emploie.

« L’hebdomadaire satirique a reproduit dans son édition de mercredi l’extrait d’un devis pour des travaux d’aménagement, réalisés au début de l’année, dans le bureau de Lepaon, pour un montant de 62.179,44 euros. Selon le Canard, qui avait également révélé le mois dernier des travaux dans l’appartement de fonction de Lepaon, ce bureau de plus de «50 mètres carrés» a été entièrement rénové, notamment le parquet, le mobilier, l’électricité. » (source)

Tout porte à croire pour penser que ces informations sont exactes.

Les explications de l’accusé sont lunaires, mais autorisons-nous trois remarques:

1. Les deux scoops sont venus du Canard. C’est tout à son honneur, même si nous avons été désarçonnés, il y a 3 ans, sur les révélations quant aux pratiques de l’hebdo satirique.

2. Ces scoops n’ont pas été relayés avec une ampleur qu’on qualifierait de significative par d’autres médias dit de gauche. Nous aussi, réglons nos comptes et donnons des leçons.

 

Que la première primaire primaire de l’UMP se termine

L’élection sans surprise du président de l’UMP se termine prochainement, enfin. Ce n’est pas notre parti, mais je suis assez enclin à aller voter une nouvelle fois contre Nicolas Sarkozy.
Ce processus de désignation prend des airs de débat identitaire. Eric Besson et Patrick Buisson ne sont plus là, mais chaque jour qui passe délivre son lot de dérapages et d’outrances qui mettent à mal notre destin commun.
Nous sommes en France, un pays qui peut avoir des désaccords et des divisions, mais qui avait un fond républicain qui permettait de vivre ensemble.

Ce 25 novembre, toujours en meeting devant des militants ultra-fans, Nicolas Sarkozy a réitéré l’une de ses plus belles bêtises du moment, la révocation des accords de Schenghen. Il est comme cela Nicolas. Il peut nous sortir des énormités simplement pour le plaisir de se faire applaudir.

Ce soir-là, nous eûmes droit à ceci:

« Je ne crois plus à la possibilité de réformer le système (…). Il faut changer le système. Il faut sortir de Schengen (…) avant d’établir un deuxième Schengen.« 

Nous avons ri.

Mais ensuite, il enchaîna sur un questionnement de la loyauté républicaine des musulmans dans leur ensemble.

« Ne vous demandez pas ce que la République peut faire pour l’islam, mais ce que l’islam peut faire pour la République. »

Nicolas Sarkozy, bizarrement, n’avait pas le même questionnement sur les furibards de la Manif pour tous ni à l’encontre de ces neo-nazis capables de comparer notre Garde des Sceaux à un singe.

Nous avons pleuré.

Imaginez un meeting où Sarkozy aurait pris l’assemblée à témoin de la montée du racisme.

Imaginez.

Et bien, vous rêvez.

Les gauches qui se parlent

Liêm Hoang-Ngoc est l’un des « socialistes affligés » les plus virulents . Il vient de co-signer un ouvrage avec Philippe Marlière, un prof proche du Front de Gauche.

Comme quoi, tout est possible.

« La gauche ne doit pas mourir », le titre est assez clair, pas très original, mais ce type de convergence devrait faire plaisir. Enfin du débat, des rapprochements, et des échanges.

Cependant, si j’étais pessimiste, je dirais que ces déclarations à répétition, écrites ou clamées, sonnent comme les soubresauts de la fin d’une époque. Je ne suis pas pessimiste. Je dirais donc qu’ils aident à clarifier où l’on va.

« La gauche plurielle restait marquée, quoi qu’il en soit, par un équilibre dans la politique menée. Il y a certes eu les privatisations, mais aussi la couverture maladie universelle, les emplois jeunes, les 35 heures… Autant de mesures de « partageux », c’est-à-dire identifiées comme des marqueurs de gauche. Même si le curseur commençait à se déplacer vers la droite sous Jospin, il y a eu le souci de préserver les équilibres politiques – tant au sein du PS qu’avec nos partenaires de gauche. Aujourd’hui, le virage se fait au grand jour, il est assumé à chaque conférence de presse, dans chaque déclaration publique. Et ces déclarations d’amour en direction du Medef deviennent presque obscènes quand on met en regard ce qui est fait, ou pas fait, pour les salariés. »

 

Liêm Hoang-Ngoc apporte donc cet autre commentaire intéressant sur la guerre interne à la gauche qui se déroule sous nos yeux : « Le gouvernement mène une politique de droite, le Parti socialiste reste un parti de gauche ». Tout est dit. On le dit rarement aussi clairement. L’actuel gouvernement bataille pour conserve les faveurs d’un corps militant et sympathisants désemparés. Il ne faut oublier ce point. Certains opposants de gauche à l’équipe Hollande essayent de convaincre les opposants comme Liêm Hoang-Ngoc  ou Gérard Filoche qu’ils doivent quitter le PS. Les plus critiques ne mâchent pas leurs mots en mettant en doute leur opposition à Hollande/Valls.

Je ne sais pas ce qui est plus courageux: tenter de batailler de l’intérieur, ou sortir et fustiger de l’extérieur. La première situation est clairement plus douloureuse à vivre.

Liêm Hoang-Ngoc rappelle aussi l’enjeu à ne pas abandonner le navire.

Les deux auteurs insistent sur les désaccords de fond, des désaccords politique. Ils ont raison. Le plus grand drame politique de la période serait que l’on tombe dans la caricature facile de l’homme qui siège à l’Elysée. Le problème du moment est celui d’une ligne politique et non de la personne de François Hollande – son tempérament, son attitude, ses idées.

A l’instar de ces deux économistes, il faut rappeler pour la route qui est tracée et suivie par Manuel Valls n’est pas la bonne, et sortir des débats et attaques personnelles.

Encore et toujours.

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Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles.

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