La novlangue de Sarkofrance

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Le Monde poursuit une chronique épuisante, désespérante, mais bien écrite. Une enquête sur le mal politique qui nous saisit tous, et dont nous observons chaque jour les signaux faibles qui finissent par devenir collectivement assourdissants.

La politique française s’étouffe ainsi avec un vocabulaire devenu inaudible. Plus personne ne le comprend. Ou plutôt, on y devine vite la langue de bois, le masque, le mensonge.

La novlangue des temps modernes nous a envahi, certain(e)s ne le réalisent plus.

Nous nous sommes ici énervés récemment contre les « tabous« , expression à la mode largement utilisée à « gauche » comme à droite pour ringardiser celles et ceux qui pensent que la solidarité est encore une nécessité.

 

 

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La mort d’un patron

Quand un homme, une femme décède d’injustice, de pauvreté, de misère, de souffrance. Et qu’on l’apprend, le coeur se serre, et parfois/souvent le sentiment de révolte l’emporte.

Un patron, celui de Total, est mort dans un accident d’avion qu’on élucidera plus tard. Le concert des louanges, stupéfiant, en a énervé plus d’un(e). Et Gérard Filoche, que l’on aime bien dans ces colonnes, a commis un tweet à chaud que l’on déteste ici parce qu’il était justement à chaud.

Soudainement, jeudi, quelques comptes que je suis sur Twitter ont multiplié le même tweet, la reproduction de l’exact propos de Filoche.

Filoche est l’un des gars du PS qui me faisait penser que tout n’était pas perdu au PS. Rappeler l’action de Margerie l’exact jour de sa mort m’a fait frémir. J’ai trouvé cela glauque, très glauque. Il y a parfois un moment où l’on peut penser au silence même quand il y a du bruit indécent. Ou, s’il faut réagir, choisir de fustiger les braillards plutôt que le défunt.

Bref, quand Filoche a été menacé d’exclusion du PS ce jeudi, une poignée de dizaines de twittos se sont amusés à reproduire en rafale / retweeter en rafale le même tweet sur Margerie.

Que le PS exclut Filoche sur cela aurait été pitoyable. Qu’il passe peut-être devant une « commission d’éthique » est risible. Que d’autres se saisissent de cela pour le soutenir (après l’avoir conchié parce qu’il ne démissionnait pas du PS) est cocasse.

Mais le plus grave fut l’erreur suivante:

Inutile de préciser qu’il fut difficile, à quelques exceptions près, d’échanger sur ce sujet après un tweet pareil. Il y a pour certain(e)s des émotions légitimes, et d’autres qui le sont moins.

Pour le plaisir, le fun, le souvenir plus tard, il y eut cette réaction, drôle, à laquelle je me résout à rendre hommage.

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Toi aussi, décore Valls

On pourrait ironiser, longtemps, beaucoup, trop, sur cette cérémonie surréaliste qui nous montra Hollande faire l’accolade à Valls à l’occasion d’une remise de médaille.

1. Hollande a même fait de l’humour. C’est sa marque de fabrique, même dans les difficultés les plus insurmontables. Je ne lui jetterai pas la pierre. Les mots étaient bien choisis et sans souci de polémique.

« Vous aimez citer de grands républicains, vous vous inscrivez dans cette tradition (…) Une des figures qui vous sert de référence, c’est celle de Clemenceau. C’est un personnage controversé, y compris au sein de la gauche française. C’est sans doute pour cela que vous l’utilisez. »

2. Hollande a décoré Valls, ce fut filmé, et visiblement, le gouvernement presque au complet était là. Cette situation était grotesque. Distribuer des hochets républicains, même s’il s’agit d’une tradition, est devenu anachronique. Combien de chroniques avons nous écrit sur cette pratique en Sarkofrance ?

3. Hollande a décoré Valls, et il a lancé une pique contre les députés frondeurs. Visiblement, il ne comprend pas, ou n’accepte pas.

« Je salue les députés qui ont eu cette conscience de leur rôle pour permettre que le pays puisse avoir des financements pour les priorités que j’avais fixées, l’éducation, la culture, la recherche, la justice, mais aussi l’emploi, d’abord l’emploi. »

En décorant Manuel Valls, François Hollande nous a fait comprendre qu’il n’y avait pas de malentendu. C’est assez désagréable, difficile et triste pour moi d’écrire cela. Jour après jour, cette chronique d’un aveuglement m’exaspère.

Filoche, quel tweet.

On fait tous des erreurs. On peut écrire, parler, sous le coup de l’émotion. On a tous nos moments de rage.

Pour l’heure, je suis stupéfait.

Filoche, que j’apprécie, a commis un mauvais tweet à la mort du patron de Total. Il sera peut être exclu du PS pour cela, ce qui est encore plus crétin. Mélenchon lui tend la mai pour le PG, ce qui est généreux et crétin à la fois.

Nicolas écrivait hier: « Je ne sais pas si vous vous rendez compte que vous en êtes réduits à regarder votre poste uniquement pour pouvoir sortir des conneries dans Twitter. »

Il a raison. On n’est pas toujours d’accord tous les deux, politiquement j’entends. Mais Twitter dérive. On doit revisiter nos équilibres. J’y ai trouvé une nouvelle fonction, que j’ignorais – masquer les tweets de celles et ceux qui ne m’intéressent plus, sans les bloquer pour autant (certains sont capables de t’en faire des billets).

Je suis tous les jours sur Twitter. Je n’écris que rarement. Certain(e)s comprendront que cette plate-forme n’est plus qu’utile que comme un fil afp.  Twitter avait cette particularité de nous confronter individuellement au monde. Facebook était plus fermé, mais plus intrusif.

Il y aura d’autres réseaux sociaux, plus spécifiques encore.  On y trouveras des limites, des excès.

 

Auteur de Sarkofrance (2007-2012); coulisses personnelles.

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