Archives pour la catégorie Chroniques féministes

Les derniers râles du patriarcat

La fin de l’épopée des Bleues à la coupe du Monde a permis quelques commentaires à nouveau sexiste. Forcément, l’irruption des dames dans l’univers footballistique médiatique visible a suscité un immense stress chez nombre de virils velus. Plutôt que de laisser le spectacle tranquille, plutôt que de s’abstenir de « politiser » une compétition qui ne demanderait rien d’autre que de se dérouler, il a fallu que quelques-uns se lâchent dans leurs commentaires machistes comme si le foot pratiqué par des femmes était une intrusion. Même Finkelkraut s’est lâché.

Je ne suis pas fan de foot, ni pratiqué par des hommes ni par des femmes.

J’ai même raté, volontairement, la finale de la Coupe du Monde l’an passé, c’est dire. Mais le foot est un sport simple qui fait rêver des centaines de millions de personnes dans le monde.

Il est presque si universel que ses coupes du monde rassemblent vraiment des pays du monde entier, à la différence de la totalité des sports collectifs. C’est dire son importance, et aussi l’importance qu’a revêtu les grognements salaces ou misogynes de quelques mâles à l’encontre cette compétition et, surtout, de sa médiatisation. Car cette coupe du monde a, en France, rassemblé de très belles audiences télévisuelles.

Il faut voir ces éructations mâles comme un chant du cygne, l’un de ces derniers râles, certes bruyants et désagréables, avant la fin du patriarcat.

 

Publicités

Ce voile qui nous obsède

J’ai sans doute évolué sur la question du voile. Je m’explique.

1/ Il me semble que c’est aux femmes d’en parler en premier lieu, les hommes devraient se placer derrière le débat. Il ne s’agit pas de taire son opinion, ni ne s’interdire d’en avoir une, mais simplement de reconnaitre que l’avis positif ou négatif d’une femme sur le port du voile d’une femme a plus de signification et de portée car elle est davantage intimement concernée par le sujet. Le port du voile touche à l’intime, aux relations entre hommes et femmes, à la place de la femme dans la société. Je sais que des lectrices de ce blog et de nombreuses amies et proches haïssent le port du voile, et je respecte cet avis. Je ne cherche même pas à le contredire. Mais quand un homme me tient de grandes théories sur le sujet, je n’ai plus envie d’écouter. Personnellement, je suis aujourd’hui davantage choqué quand je croise un homme laïc portant la barbe longue et non taillée des musulmans ultra-pratiquants avec la tunique traditionnelle. J’y vois un signe de défiance et d’intrusion de la religion dans l’espace publique.

2/ J’ai de plus de plus l’impression que l’on fait fausse route à donner autant d’ampleur au port du voile: primo, c’est clairement une nouvelle forme empruntée par le racisme, qu’il soit « bien-pensant de gauche » ou outrancier d’extrême droite. Secundo, c’est contreproductif si l’on cherche à convaincre de l’émancipation des individus: interdire l’espace public à une femme voilée sous la contrainte de son mari ou de son père est une double peine pour elle.

3/ Ceci étant dit, le port du voile comme protection contre le regard des hommes me semble une régression individuelle, en plus d’être d’être une oppression patriarcale dans nombre de pays. J’ai du mal, même en France, à observer ces femmes surtout quand elles sont jeunes, voilées de la tête aux pieds, laissant seulement leur visage apparaitre. C’est un avis d’homme privilégié par la vie et la nature, rien de plus.

Après la tuerie raciste de Nouvelle Zélande dans deux mosquée, retransmise en direct par Facebook (un autre sujet), de nombreuses femmes, y compris des policières, ont porté le voile en signe de solidarité avec la communauté musulmane.

C’était utile, apaisant et bienvenue.

 

Les droits des femmes ont droit à leur journée…

Même si l’une de petites racailles devenue grande apprécie le garçon rappeur, j’ai conservé en travers de l’esprit sa fumeuse chanson, il y a une dizaine d’années, qui jouait paraît-il au second degré.

J’adore le rap, même parfois le rap français. Mais Orelsan, j’ai toujours quelques difficultés, moins à cause de son « flow » que de cette chanson.

Ce jeudi 8 mars 2018, les droits des femmes sont honorés d’un hommage de 24 heures, juste avant la journée mondiale du rein. Cette année, la journée internationale des droits des femmes coïncide même avec celle consacrée à l’audition

Tout un symbole…

home-participer

 

Bref…

 

 

Pourquoi les mecs ont-ils un problème avec les filles ?

J’aurais pu faire pire, facilement pire. Un titre plus « putaclic » que celui de l’Obs qui citait incorrectement Caroline de Haas récemment. La féministe s’est logiquement attirée tous ses contempteurs sur les réseaux sociaux, et bien d’autres encore.

Depuis que le mouvement #BalanceTonPorc est sorti, il était prévisible qu’il y aurait un mouvement de balancier inverse, un ressac porté par des effrayés et/ou des contrariés.  Nous avons déjà eu la tribune « Deneuve/Millet/Lahaie ». Voici un autre « backlash« , une vindicte contre une féministe bien en vue.

La longue liste des cris, railleries et éructations après ce mauvais titre fut édifiante.

Caroline De Haas s’en expliqué ensuite sur Twitter – non, elle ne sait fichtrement pas quelle est la proportion d’hommes agresseurs. Mais j’aimerai revenir sur le fond de son propos, qui est juste et interroge: si une femme sur deux a été harcelée ou agressée sexuellement (*), combien d’hommes en sont responsables ? Une petite minorité ou un très grand nombre ?

A votre avis ?

Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

De Haas visait un problème, massif.

D’autres ont préféré s’indigner sur une caricature de propos.

Dommage.

 

 

 

(*) sondage.

Comment ne pas harceler une femme (ou un homme)

Un peu d’humour, nous sommes dimanche.

Rachel Parris est une humoriste britannique très talentueuse et, malheureusement, je n’ai pas trouvé comment vous traduire l’une de ses dernières interventions à la BBC.

 

 

La manipulation du désir 2/2

Et voici la suite de cette analyse de la première partie de « Capitalisme, désir et servitude – Marx et Spinoza« , de Frédéric Lordon.

 

– LA MANIPULATION DU DÉSIR  (2/2) –

 

Le délire de l’illimité, c’est l’intensification de la crainte. Un changement sémantique s’opère aussi : « déficitaire » devient « insuffisamment rentable », qui témoigne de l’intensification du rapport de domination capital-travail.

Et ainsi le capitalisme n’existe et ne survit que parce qu’il est accepté de tous, ou d’assez, pour que ceux qui n’acceptent pas n’aient pas le choix.
 L’individu est tellement aliéné par l’entreprise qu’on en vient à inventer, à mettre en place de nouveaux concepts, qui placent le salarié au centre de problématiques de l’entreprise, alors que celle-ci même se sert de ses employés de la manière la plus totale. Sous couvert de développement personnel, de primes, de comité d’entreprise, on offre un bien-être ponctuel, une « illusion de bien-être » même aux personnes qu’on exploite, afin qu’elles se sentent individus quand elles ne sont même plus individuelles.

On se sert de ces mêmes outils pour diviser la masse salariale, en créant de la compétition dans la production -la productivité-, des avantages en fonction de l’ancienneté, des commissions… Ainsi, en plus de déposséder le salarié de son propre désir intrinsèque, l’entreprise cherche à occuper la moindre parcelle de sa vie ; et donc, à englober, au maximum, son désir résiduel. Cette illusion d’individualité est, pour les salariés, comme un cache-sexe de l’absence de leur individualité dans leur persévérance dans l’être.

L’aliénation totale s’illustre aussi par les changements sémantiques qui émanent de la totalitarisation entreprenariale : avant, on espérait obtenir, aujourd’hui on craint manquer. Un renversement des affects est mis en action dans le processus de reproduction matérielle. Ce qui est produit est capté et se totalise en gain de productivité puis se converti en rendement.

Et que fait-on quand le pouvoir est total ? On cherche à l’étendre. C’est pourquoi on assiste à l’extension du principe de dépendance au corps entrepreneurial-même, avec le recours aux sous-traitants.

L’exploité est tellement aliéné et enrôlé qu’il y sent comme une illusion de libre-arbitre. Une liberté sous forme de contrainte finalement : être libre de faire et faire pour autrui, c’est n’avoir d’excuse que soi-même. Le libre-arbitre est utilisé comme le masque de l’exploitation : on a peur de choisir alors on laisse le choix être fait pour nous.

Il convient donc d’aborder ici le moyen de survit du capitalisme : l’argent.
 Celui qui détient l’argent arrive à faire croire à ceux qui ne l’ont pas que sans lui, ils ne pourront jamais satisfaire leurs désirs. C’est ce que Lordon appelle l’ « hétéronomie matérielle », il y existe celui qui a et celui qui n’a pas.
 Alors, le travail est obligé de passer par la satisfaction du désir maître avant celle du sien, car l’argent n’est pas une unité de mesure, mais la croyance qu’il est la condition intrinsèque de la persévérance dans l’être -il faut de l’argent pour manger, se loger, s’habiller…-.  Celui qui détient l’argent peut faire de son désir le désir maître, ceux qui pensent avoir besoin de l’argent, ne peuvent que suivre.
 La monnaie n’est pas l’argent. La monnaie c’est le rapport social et l’argent le nom du désir qu’on donne à ce rapport. La monnaie est une croyance. L’argent, ce sur quoi la croyance est centrée : « Le dieu argent ».

L’argent est donc pensé comme l’intermédiaire obligatoire au désir, et donne naissance à de frustrations qui empêche le plein accomplissement de l’être. La personne désirait. Aujourd’hui, personne désire l’argent pour désirer plus loin. Si le capitalisme survit c’est que les individus voient le désir d’autrui comme les étapes de leur propre désir, dans le sens où, ce que je fais, est ce que autrui1 veut faire et autrui2 a déjà fait. Il s’agit d’un cercle vicieux, celui du « réussir sa vie » , avec la reproduction matérielle comme finalité.

C’est ici que s’achève le résumé de ces quelques pages. Il convient cependant de garder cette maxime en tête : « avant, on espérait obtenir, aujourd’hui on craint manquer ».

 

Bien à vous, Lianne.

(*) Pages 6 à 89.