Archives pour la catégorie Chroniques féministes

Pourquoi les mecs ont-ils un problème avec les filles ?

J’aurais pu faire pire, facilement pire. Un titre plus « putaclic » que celui de l’Obs qui citait incorrectement Caroline de Haas récemment. La féministe s’est logiquement attirée tous ses contempteurs sur les réseaux sociaux, et bien d’autres encore.

Depuis que le mouvement #BalanceTonPorc est sorti, il était prévisible qu’il y aurait un mouvement de balancier inverse, un ressac porté par des effrayés et/ou des contrariés.  Nous avons déjà eu la tribune « Deneuve/Millet/Lahaie ». Voici un autre « backlash« , une vindicte contre une féministe bien en vue.

La longue liste des cris, railleries et éructations après ce mauvais titre fut édifiante.

Caroline De Haas s’en expliqué ensuite sur Twitter – non, elle ne sait fichtrement pas quelle est la proportion d’hommes agresseurs. Mais j’aimerai revenir sur le fond de son propos, qui est juste et interroge: si une femme sur deux a été harcelée ou agressée sexuellement (*), combien d’hommes en sont responsables ? Une petite minorité ou un très grand nombre ?

A votre avis ?

Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

De Haas visait un problème, massif.

D’autres ont préféré s’indigner sur une caricature de propos.

Dommage.

 

 

 

(*) sondage.

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Comment ne pas harceler une femme (ou un homme)

Un peu d’humour, nous sommes dimanche.

Rachel Parris est une humoriste britannique très talentueuse et, malheureusement, je n’ai pas trouvé comment vous traduire l’une de ses dernières interventions à la BBC.

 

 

La manipulation du désir 2/2

Et voici la suite de cette analyse de la première partie de « Capitalisme, désir et servitude – Marx et Spinoza« , de Frédéric Lordon.

 

– LA MANIPULATION DU DÉSIR  (2/2) –

 

Le délire de l’illimité, c’est l’intensification de la crainte. Un changement sémantique s’opère aussi : « déficitaire » devient « insuffisamment rentable », qui témoigne de l’intensification du rapport de domination capital-travail.

Et ainsi le capitalisme n’existe et ne survit que parce qu’il est accepté de tous, ou d’assez, pour que ceux qui n’acceptent pas n’aient pas le choix.
 L’individu est tellement aliéné par l’entreprise qu’on en vient à inventer, à mettre en place de nouveaux concepts, qui placent le salarié au centre de problématiques de l’entreprise, alors que celle-ci même se sert de ses employés de la manière la plus totale. Sous couvert de développement personnel, de primes, de comité d’entreprise, on offre un bien-être ponctuel, une « illusion de bien-être » même aux personnes qu’on exploite, afin qu’elles se sentent individus quand elles ne sont même plus individuelles.

On se sert de ces mêmes outils pour diviser la masse salariale, en créant de la compétition dans la production -la productivité-, des avantages en fonction de l’ancienneté, des commissions… Ainsi, en plus de déposséder le salarié de son propre désir intrinsèque, l’entreprise cherche à occuper la moindre parcelle de sa vie ; et donc, à englober, au maximum, son désir résiduel. Cette illusion d’individualité est, pour les salariés, comme un cache-sexe de l’absence de leur individualité dans leur persévérance dans l’être.

L’aliénation totale s’illustre aussi par les changements sémantiques qui émanent de la totalitarisation entreprenariale : avant, on espérait obtenir, aujourd’hui on craint manquer. Un renversement des affects est mis en action dans le processus de reproduction matérielle. Ce qui est produit est capté et se totalise en gain de productivité puis se converti en rendement.

Et que fait-on quand le pouvoir est total ? On cherche à l’étendre. C’est pourquoi on assiste à l’extension du principe de dépendance au corps entrepreneurial-même, avec le recours aux sous-traitants.

L’exploité est tellement aliéné et enrôlé qu’il y sent comme une illusion de libre-arbitre. Une liberté sous forme de contrainte finalement : être libre de faire et faire pour autrui, c’est n’avoir d’excuse que soi-même. Le libre-arbitre est utilisé comme le masque de l’exploitation : on a peur de choisir alors on laisse le choix être fait pour nous.

Il convient donc d’aborder ici le moyen de survit du capitalisme : l’argent.
 Celui qui détient l’argent arrive à faire croire à ceux qui ne l’ont pas que sans lui, ils ne pourront jamais satisfaire leurs désirs. C’est ce que Lordon appelle l’ « hétéronomie matérielle », il y existe celui qui a et celui qui n’a pas.
 Alors, le travail est obligé de passer par la satisfaction du désir maître avant celle du sien, car l’argent n’est pas une unité de mesure, mais la croyance qu’il est la condition intrinsèque de la persévérance dans l’être -il faut de l’argent pour manger, se loger, s’habiller…-.  Celui qui détient l’argent peut faire de son désir le désir maître, ceux qui pensent avoir besoin de l’argent, ne peuvent que suivre.
 La monnaie n’est pas l’argent. La monnaie c’est le rapport social et l’argent le nom du désir qu’on donne à ce rapport. La monnaie est une croyance. L’argent, ce sur quoi la croyance est centrée : « Le dieu argent ».

L’argent est donc pensé comme l’intermédiaire obligatoire au désir, et donne naissance à de frustrations qui empêche le plein accomplissement de l’être. La personne désirait. Aujourd’hui, personne désire l’argent pour désirer plus loin. Si le capitalisme survit c’est que les individus voient le désir d’autrui comme les étapes de leur propre désir, dans le sens où, ce que je fais, est ce que autrui1 veut faire et autrui2 a déjà fait. Il s’agit d’un cercle vicieux, celui du « réussir sa vie » , avec la reproduction matérielle comme finalité.

C’est ici que s’achève le résumé de ces quelques pages. Il convient cependant de garder cette maxime en tête : « avant, on espérait obtenir, aujourd’hui on craint manquer ».

 

Bien à vous, Lianne.

(*) Pages 6 à 89.

La manipulation du désir 1/2

Je prête ces colonnes à une auteure de ce billet qui n’est plus une petite racaille sauf pour moi.

—-

LORDON Frédéric, première partie de « Capitalisme, désir et servitude – Marx et Spinoza« , La Fabrique édition, 2010. (*)

 

– LA MANIPULATION DU DÉSIR –

Lordon dresse ici une critique du social-démocrate, celui qu’on appelle « social libéral » et qui se targue aujourd’hui, d’être le dernier défenseur, au mieux de l’objectivité, au pire, de la neutralité.
Que sont-ils ces termes qu’on pose en argument d’autorité, que représentent-ils ? 
La réponse à cette question est bien simple : le libéralisme est aujourd’hui la pensée dominante, et ce qui domine s’impose comme norme, il est normal d’être libéral, normal, normé et donc, se présentant comme le juste milieu -ni de droite, ni de gauche, non, au milieu- le libéralisme est neutre.

On prend donc comme point de départ, comme fil rouge, ce terme pourtant emprunt d’idéologie, on place débats et idées en comparaison avec ce qu’on nous présente comme « le neutre du siècle », un parfait compromis entre la droite et la gauche -on pioche dans les idées de droite pour la sphère économique, parce qu’elles sont réalistes-pratiques-pragmatiques, on se contente de la gauche pour tout ce qui est société « Macron n’est pas à droite, il est pour l’avortement et le mariage gay », on réduit des programmes à deux points conscrits et on met en silence les vrais enjeux de la gauche, la gauche sociale, économique et culturelle-.

Et on appelle ça « compromis », puisque après tout, les seules différences entre le PS et les Républicains sont sur cette nouvelle sphère qu’on appelle « sociétale ». Alors comme il est plus facile de suivre ce qui existe déjà, plutôt que de remettre en cause un système entier de propriété et de domination, on est d’accord pour donner peu à quelques uns, et on crée un nouveau terrain de débats attractifs, qui jouent sur les affects, histoire que chacun aie quelque chose à dire. C’est ainsi qu’on libére-alise la parole : si tout le monde peut parler, alors nous sommes en démocratie.

Et ces « sujets de société », comme on les appelle, sont bien les seuls enjeux que tout le monde peut comprendre -car l’expression, sauf chez certains responsables politiques et membres du gouvernement, n’est permise qu’une fois la question comprise-, ce sont ces mêmes enjeux que l’on donne en pâture aux individus énervés, comme un terrain à catharsis détournée, sur lequel explosent des colères qui n’ont rien à voir avec les sujets donnés. Une fois l’abcès percé, il n’est plus question d’énervement et s’il revient, on trouve un autre sujet.

Si encore on parlait de ces « questions de société » dignement, alors la question de la « catharsis déviée » ne serait pas pertinente. Mais ce n’est pas le cas : l’écriture inclusive, les violences sexuelles faites aux femmes, les PMA et GPA, excluent de la scène médiatique, et donc du débat public et publicité, les questions sociales et économiques, sur lesquels l’avis du peuple semble inopportun. On discrédite donc de « vrais sujets » -vrais dans le sens de légitimes- en invitant, dans les médias qui en parlent, des hommes et femmes hétérosexuels pour l’ouverture des PMA-GMA aux couples gays, des hétérosexuels en faveur contre des catholiques intégristes pour le mariage gay, des Académiciens connus pour leur engagement politique dans l’avancée de la langue pour ce qui est de l’écriture inclusive.

Il n’y a pas de compromis possible dans le libéralisme du capital, car le compromis, c’est la fin des rapports de domination entre le travail et le capital. Le capitalisme ne fonctionne que parce que le travail est aliéné par le capital, et qui est aliéné est autre -chantage, affects et autres- et ne peut consentir, alors compromettre, discuter de nouveaux rapports, c’est à l’évidence, tout à fait impossible.
 L’universalisation du conatus c’est la fin du compromis, dans le sens où faire d’un désir l’unique, c’est mettre en silence et en incapacité de compromettre ce silence, ceux qui n’ont pas les moyens d’imposer leurs désires comme désirs-maître.

On en vient donc au sujet traité dans le livre : il n’y a pas de compromis dans les rapports de domination, c’est le dominant qui parle et le dominé qui acquiesce, tant il est aliéné, en silence.

Ainsi, on « sociétalise » le compromis pour le rendre illégitime sur la scène économique. Il n’y a de compromis que dans les sphères sociétales, pour permettre à ceux qui sont frustrés de n’avoir pu être entendus.
Fachos, racistes, nazis et les autres ont prétendument une légitimité à être entendus parce qu’ils sont de classes supérieures, des hommes, des blancs.
Et parce que c’est le peuple après tout, « laissez le peuple français de France s’exprimer ».
On ouvre de fait, sur ce qu’on pourrait appeler la « scène publique » ; on donne l’impression d’une fin de domination intellectuelle -des « bien-pensants », de l’élite- ; d’anciens débats, afin de passer sous silence les processus de domination patronale.

Il s’agit d’un déplacement de la notion d’une sphère à une autre.
 Déplacer, c’est faire oublier et rendre impossible la contestation : il est hystérique aujourd’hui de parler de « système », de « capital », d’« exploité » : le glissement sémantique discrédite et amoindrit, rend obsolètes et, au mieux « radicales », au pire « extrêmes », des situations, des conditions, des « acquis » -dans le sens, non « naturels », contraire d’inné- et permet la pérennisation non d’une pensée, mais d’un système de domination inattaquable, parce qu’impensablement dominant.

Cette instrumentalisation des différentes scènes du politique est une illustration intéressante du « désir-maître » dont parle Lordon dans son livre. Les dominants, ceux qui détiennent capital et, ou pouvoir, contrôlent les « tendances » et les imposent. Les individus pensent choisir les sujets, ils ne choisissent que de réagir, et encore. Jamais on a vu un sujet s’imposer sur la scène médiatique ; les médias se sont emparés de tous ceux qui sont sortis de l’ombre, pour donner la parole à ceux qui n’en parlaient pas -le hashtag balancetonporc, par exemple, a donné lieu à de nombreux articles sur des hommes qui se rendaient compte qu’ils n’étaient pas tous des « mecs bien, parfois », on a donc centré le débat sur les seuls qu’on entendait…déjà- .

Ainsi, pour reprendre les termes « désir-maître » , Lordon parle d’extension du conatus à autrui -le conatus de Spinoza, soit la persévérance dans l’être de chaque individu- pour en faire l’intérêt commun. Le dominant étend donc sa persévérance dans l’être aux dominés, le transformant de ce fait en « norme du désir », en « désir commun », en « intérêt commun ». Il est impensable d’être contre l’intérêt commun. Et l’intérêt commun c’est le projet démocratique. Alors universaliser le désir d’un, c’est aliéner ceux qui ne peuvent que suivre parce qu’ils n’ont pas les moyens -légitimité, capital, audience- d’universaliser/de suivre leur propre désir.
Le conatus étant la persévérance dans l’être, persévérer pour autrui, c’est être privé de soi.

Là est l’aliénation du travail et l’ignorance de la morale kantienne qui interdit l’utilisation d’autrui comme moyen.

Ce désir-maître, qu’on institue en désir commun, c’est la production, à qui on donne la valeur, non seulement de désir, mais aussi de besoin.

Cependant, l’aliénation des individus n’est pas complète. Il reste ce qu’on appelle le désir résiduel. « L’angle alpha ». Le but du capitalisme c’est que ce désir résiduel atteigne zéro : le dominé devient exploité, l’individu est totalement aliéné, il ne reste donc que le désir-maître. Cette aliénation est double : d’abord, l’exploité suit le désir maître de l’exploitant, qui devient son désir intrinsèque propre. On dédouble ensuite le désir-maître de production en y ajoutant une valeur numérique : il ne s’agit plus de produire, il s’agit de produire « toujours plus ».

(…)

 


 

La suite, bientôt. !

Se saisir de l’Assemblée pour parler de la vie réelle.

 

Alors que le jeune monarque croit régler l’affaire des violences faites aux femmes d’un discours sans moyens un samedi matin, d’autres députés poursuivent leur travail d’explication du réel grâce à la tribune de l’Assemblée nationale.

On ne présente plus François Ruffin et son travail pédagogique. Mais il y a aussi Ugo (faut améliorer la prise de son, Ugo!), Danièle , Adrien, et les autres.

 

Ces gens donnent envie de faire de la politique. Après cette décennie fatigante, ces gens font plaisir.

 

Ils ne sont pas les seuls. Il y a aussi quelques députés communistes, et même des modemistes. Et même des socialistes comme Boris Vallaud qui se sert de cette même tribune pour rappeler l’Histoire avec un grand H, à l’occasion de l’ineffable loi Travail.

 

 

Je m’obstine d’essayer de trouver celles et ceux qui sont dans l’opposition à cette Macronista pour l’intérêt général. Les insoumis sont les seuls à porter une parole fortre, simple et claire. Les socialistes méritent de faire un tri, ils vont disparaitre sinon. Les rares élus écologistes ont été absorbés par la macronista (de Rugy, Pompili).

Bref.

J’admire ces explications de résistance. Elles n’étaient pas si nombreuses ni cohérentes au début du quinquennat de Sarko. Pourtant à l’époque, l’opposition était facile tant la Sarkofrance était caricaturale. Sarkozy portait une dimension xénophobe dans son action qui n’a cessé de s’aggraver tout au long de son quinquennat. Macron n’est pas dans ces extrêmes. Il s’est « contenté » de faire voter une loi sécuritaire pire que toutes les précédentes, qui s’ajoutent à toutes les précédentes. Mais il présente bien. Il ne prononce mot de trop. Il est souriant et mesuré quand il explique à une immigrée marocaine qu’elle n’est pas éligible à l’asile car le Maroc n’est pas une dictature (?).

Macron laisse son ministre Collomb exprimer la rage xénophobe officielle. Car les propos de Collomb à l’encontre des migrants ont été indignes. Mais Macron n’a pas théorisé sa politique migratoire. Il n’a pas créé de ministère de l’identité nationale comme Sarko en son temps.

Pour le reste, Macron est pour l’instant pire que Sarko. Le débauchage récent d’Olivier Dussopt me fait penser à celui de Besson en 2007. Rejoindre la Macronista pour appliquer un saccage des droits sociaux et une politique de classe assez inédite s’apparente à une belle trahison.

Point.

 

Harceleurs.

Une émission péruvienne.

Tout est possible, partout.

Heureusement.

Au Pérou, les candidates à l’un des plus ringards spectacles – l’élection de la Miss locale – se sont décidées à témoigner des violences faites aux femmes au meilleur moment. Celui où nombre d’hommes concupiscents observaient ce concours de bétail.

 

Puis il y a eu cette autre émission de real-TV, où les mères de harceleurs étaient maquillées et transformées pour piéger dans la rue leur propre gamin adulte en situation de harcèlement.